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Tom Dumoulin, la belle mécanique

Dumoulin, la belle mécanique

Le 29/05/2017 à 08:01Mis à jour Le 29/05/2017 à 08:16

TOUR D’ITALIE - Tom Dumoulin (Team Sunweb) a brillamment transformé l’essai en remportant dimanche une édition historique du Giro. Révélé par ses talents de rouleur, le Néerlandais abordait pour la première fois de sa carrière un Grand Tour avec l’ambition d’y jouer le classement général. La suite s’annonce brillante.

Dimanche, dans les rues de Milan, Tom Dumoulin a parfait sa mutation. De machine à rouler en puissance, le papillon de Maastricht s’est fait vainqueur de Grand Tour. Et pas n’importe lequel. Sur des routes qui ont consacré tant de légendes, il est devenu le troisième Néerlandais à remporter une épreuve de trois semaines, le premier depuis Joop Zoetemelk en 1980.

Jamais un de ses compatriotes n’avait remporté le Giro. Lui l’a fait, à 26 ans, sur une 100e édition historique de la course au maillot rose. Et au prix d’un dernier assaut inédit : il est le premier à remporter un Grand Tour dont il abordait la dernière étape en quatrième position au classement général.

Vidéo - Le sacre de Dumoulin

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Le roman de ce Giro, une nouvelle fois enthousiasmant jusque dans ses derniers instants, acte la trace historique que Tom Dumoulin est désormais certain de laisser. Il aide à écrire celle qu’il gravera dans les coeurs. Celle, notamment, d’un coureur élégant dont le travail patient et précis est aussi apparent que sa facilité à écraser les pédales est époustouflante.

De la Vuelta 2015 au Giro 100, une progression limpide

J’étais aux premières loges lorsque Tommy D a fait irruption, presque par effraction, dans la caste des prétendants à la victoire finale sur les Grands Tours. À l’occasion de cette Vuelta 2015, il était parmi les premiers surpris de ses exploits : vainqueur au sommet devant Chris Froome, porteur du maillot rouge dans la dernière semaine avant de céder sous les coups de boutoir des Astana menés par Fabio Aru. La Vuelta venait de nous offrir un superbe scénario et de faire naître un nouveau champion pour les courses de trois semaines.

Sa prise de pouvoir dans la 5e étape de ce Tour d’Espagne est symbolique de l’incrédulité qui a accompagné la progression de Dumoulin. Le Néerlandais profite alors de cassures sur la ligne d’arrivée pour déposséder Esteban Chaves du maillot rouge. Mais il faut aller le chercher au bus de son équipe pour le faire monter sur le podium : le principal intéressé ignorait qu’il avait pris la tête du général.

Tom Dumoulin en rouge sur la Vuelta 2015

Tom Dumoulin en rouge sur la Vuelta 2015Imago

J’étais également sous la grêle andorrane, lorsque Dumoulin est allé s’imposer sur la montée d’Arcalis quelques jours avant de surclasser Chris Froome dans le chrono de la caverne du Pont-d’Arc. Face aux éléments, le Néerlandais restait ce papillon agile et séduisant - même si lui récuse ce surnom. Ces derniers jours, les comparaisons avec Miguel Indurain ont fleuri. Il y a référence plus honteuse, mais, du “Big Mig”, je connais surtout ces reportages dans lesquels affleurent une pointe de regret au moment de conter une course étouffée par l’intraitable rouleur espagnol.

Tout aussi beau sur sa monture, Tommy D est un conquérant dont les derniers assauts ont largement séduit. Comme Indurain, Dumoulin gère parfaitement ses efforts pour résister aux purs grimpeurs. Mais sa palette peut lui permettre de briller dans d’autres registres : l’Amstel Gold Race est taillée pour lui, par exemple, et il compte déjà plus de victoires que l'Espagnol dans des étapes en ligne sur les Grands Tours (3 à 2).

Face aux accusations, une légende en construction

Cette progression a également suscité des interrogations - et même des accusations, certains ne s’embarrassant pas d’interrogations au moment de mettre en cause la probité d’un coureur. L’Italie s’est encore posée la question pendant trois semaines : comment un géant néerlandais peut-il dompter les grimpeurs (et notamment Vincenzo Nibali) ? La réponse peut être très simple : la cylindrée Dumoulin est dotée d’un formidable moteur, d’un très bon pilote et d’une équipe d’ingénieurs (son équipe, avec qui il dispute déjà sa sixième saison) qui mène un excellent travail de développement avec ses jeunes talents. On appréciera également sa volonté affichée de transparence avec la publication de données sur ses performances.

Sur ce Giro, il n’était donc plus question d’incrédulité. Au milieu d’un casting XXL, Tommy D savait ce qu’il venait chercher. Face à Nairo Quintana, Vincenzo Nibali et, au moins pour le public français, Thibaut Pinot, la belle mécanique néerlandaise n’était certes pas celle qui attirait le plus d’attentions au départ de Sicile. Avant d’attaquer ce Giro, on le créditait de moins de faits d’armes enthousiasmants face à des aînés qui ont déjà triomphé dans les plus hauts lieux du cyclisme. Trois semaines plus tard, Dumoulin est un vainqueur de Grand Tour fort de quelques épisodes qui nourrissent sa légende naissante.

Sa mésaventure dans la 16e étape, qui l’a vu tomber le cuissard pour satisfaire un besoin pressant, restera dans les mémoires pour le cocasse de la scène. Cette scène traduit également la fragilité d’un physique poussé à la limite et la force de caractère de Dumoulin. Elle a participé aux escarmouches par médias interposés qui ont opposé le Néerlandais, réputé pour sa loquacité, à Nibali et Quintana. Des paroles accompagnées d’actes, avec une tension prégnante pour magnifier cette dernière semaine de course haute en couleurs et en suspense.

Quant à sa victoire au Sanctuaire d’Oropa, terre à la fois bénie et maudite par Fausto Coppi et Marco Pantani, elle offre à Dumoulin la dimension mythologique qui épouse si bien les exploits des forçats de la route. Pas de doute, ce Giro a marqué l’avènement d’un grand.

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