"Rien ne changera"

Parfaite incarnation du gregario et quasi-inconnu avant le départ du Tour de France, Lorenzo Bernucci (Fassa Bortolo) a surgi dans la lumière jeudi en s'offrant son tout premier succès chez les pros au terme de la 6e étape Troyes-Nancy. Mais l'Italien l'a

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Crédit: Eurosport

De modeste extraction, rejeton d'un père ouvrier à la Spezia (la ville natale d'un certain Alessandro Petacchi, son leader chez Fassa Bortolo) et d'une mère assistante scolaire, Bernucci est l'héritier d'une race de sportifs élevés à la dure mais ayant, aussi, donné des lettres de noblesse à une discipline où le dévouement et la rigueur ne sont pas des vains mots.
Membre de la puissante Fassa Bortolo, dans les filets de laquelle il a été entraîné par Giancarlo Ferretti, il est resté simple dans la victoire. Mais, il s'agit là d'une seconde nature pour ce garçon athlétique (1,84 m pour 75 kg). Souriant, mais jamais extravagant, cet amateur de grande musique qui apprécie également le disco, l'avoue: il prend un certain plaisir "à prendre les relais pour emmener ses coureurs protégés et à leur porter les bidons".
Les micros plutôt que la douche
D'ailleurs, il le promet: "rien ne changera". Les médias en ont accepté l'augure, étonnés de le voir débarquer sous leur tente de travail après avoir répondu à de nombreuses questions lors d'une vidéo-conférence. Il a ainsi sacrifié la douceur d'une douche, les félicitations de ses proches, et les instants de détente essentiels après une étape aussi dure, pour se présenter, encore, davantage.
Cependant, il n'avait pas échappé aux spécialistes que ce jeune marié, sans enfant, de 25 ans, avait démontré des belles qualités, très tôt, en terminant, notamment, troisième du Championnat du monde juniors organisé en 2000 à Plouay, en Bretagne, et que l'an dernier, il était encore avec les meilleurs à 18 kilomètres du but dans Paris-Roubaix, cet enfer du Nord qui le passionne.
"Pour ma femme"
Une fracture d'un poignet en décembre dernier avait empêché l'ex serviteur de Landbouwkrediet de se lancer dans son péché-mignon: les classiques. Les pavés le font, en effet, autant vibrer que le timbre de voix d'un Pavarotti, et l'évocation de Roubaix et des Flandres que la Traviata. C'est donc sur le Tour de France qu'il a cueilli sa toute première victoire, pour sa première participation à la grand Boucle.
En coupant la ligne à Nancy, c'est vers son épouse que ses pensées sont allées. "Cette victoire, je la dédie à ma femme qui a été très présente auprès de moi ces dernières semaines ", explique-t-il. Presque incrédule, il ne se fit pas prier pour revenir sur un final déroutant, où il a su jouer les opportunistes comme un vieux briscard. "Lorsque j'ai passé la ligne, j'ai vu qu'il n'y avait personne d'autre devant moi. Alors j'ai su que j'avais gagné". Jusqu'à cet instant, personne n'y croyait. Pas même lui.
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