Le grand bluff

Eurosport sur Google

Jens Voigt a remporté une drôle d'étape à Montélimar, où le peloton est arrivé avec 30 minutes de retard. Floyd Landis n'avait visiblement pas très envie de conserver le maillot jaune, qui atterrit du coup sur les épaules d'Oscar Pereiro. Battu par Voigt

Eurosport

Crédit: Eurosport

Décidément, ce Tour 2006 n'est pas un Tour comme les autres. On croyait avoir trouvé quelques certitudes dans les Pyrénées. Raté. Il aura suffi d'une étape de transition, dans le Midi, pour bouleverser le fragile ordre établi. Cette 13e étape entre Béziers et Montélimar n'avait pourtant rien pour rester dans les mémoires. Et pourtant. Fait unique dans l'ère moderne, un coureur a effacé plus de 28 minutes de retard au classement général pour endosser le maillot jaune. Profitant de l'extrême mansuétude du peloton, Oscar Pereiro a réussi ce tour de force, ou plutôt ce tour de farce.
Samedi matin, l'Espagnol pointait à la 46e place, à 28'50" de Floyd Landis. Le voilà désormais installé au sommet de la hiérarchie. Il n'est pas loin d'être le plus improbable maillot jaune de l'histoire. Non qu'il n'en possède pas les qualités. 10e à Paris ces deux dernières années, Pereiro n'est pas le premier venu et rien ne dit d'ailleurs que certains ne regretteront pas de lui avoir alloué une telle liberté. Mais compte tenu de sa position de départ, son accession sur le trône semblait plus qu'invraisemblable.
L'aveu de faiblesse des Phonak
Comment en sommes-nous arrivés là? Il faut chercher les explications du côté de chez Phonak. Contrairement à ce qu'il affirmait voilà encore deux jours, Floyd Landis ne doit pas être complètement rassuré par son équipe. L'Américain avait déjà permis à Yaroslav Popovych de se replacer samedi à Carcassonne. Cette fois, il s'est carrément débarrassé du maillot jaune. Il n'y a pas d'autres mots. La formation suisse n'aura donc pas le poids de la course en entrant dans les Alpes, mardi. Tactiquement, le coup s'avèrera peut-être payant. Mais quel aveu de faiblesse, tout de même...
Pour Pereiro, l'aubaine était trop belle. Lorsqu'il s'est échappé après 20 kilomètres de course, soit à 210 bornes de l'arrivée, le coureur de la Caisse d'Epargne était sans doute très loin de s'imaginer en jaune quelques heures plus tard. Il n'avait alors que l'étape dans la tête, comme ses quatre compagnons d'échappée, Jens Voigt, Sylvain Chavanel, Manuel Quinziato et Andrei Grivko. Pourtant, à 25 kilomètres du but, l'incroyable devint réalité: Pereiro était maillot jaune virtuel. "Merci les Phonak pour cette journée de tourisme", pouvait lancer un Christophe Moreau hilare, au coeur du peloton.
Chavanel, encore raté
Sous la canicule, il y avait bien deux courses, l'impression visuelle suffisant à elle seule à traduire la différence de rythme entre l'échappée et le gros de la troupe. Devant, on ne musardait pas. Grivko fut le premier à se découvrir, mais l'Ukrainien n'en pouvait plus. Chavanel et Quinziato, les plus rapides au sprint, semblaient également les plus costauds du groupe, mais ils allaient se laisser piéger par l'accélération de Voigt à quatre kilomètres de l'arrivée. Seul Pereiro avait suivi. Dommage pour Chavanel, dont le profil de puncheur collait à cette étape. Il laisse filer une nouvelle occasion d'ouvrir son palmarès sur le Tour.
Dans ce genre de final, ce n'est pas toujours le plus fort qui gagne, mais le plus malin et le plus volontaire. Jens Voigt l'a prouvé en s'arrachant pour régler Pereiro au sprint. Cinq ans après son premier succès, à Sarran, l'Allemand décroche un nouveau bouquet. Il redonne le sourire à une équipe CSC maudite depuis le départ de Strasbourg. Mais Pereiro n'a vraiment pas tout perdu. Jusqu'au bout, le peloton est resté fidèle à son train de sénateurs, pour arriver avec 30 minutes de retard. L'Espagnol est en jaune, avec 1'29" d'avance sur Landis. Drôle de journée. Drôle de Tour...
Rejoignez Plus de 2M d'utilisateurs sur l'app
Restez connecté aux dernières infos, résultats et suivez le sport en direct
Télécharger
Partager cet article
Publicité
Publicité