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Le rebelle singulier
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Publié 24/07/2006 à 10:00 GMT+2
Si Floyd Landis a joué le remake d'un Américain à Paris en succédant à Lance Armstrong dimanche sur les Champs-Elysées, le vainqueur du Tour 2006 a sa propre histoire. Un parcours singulier, à l'image du personnage, construit sur les fondations d'une éduc
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Un oeil mal averti pourrait se méprendre. Croire que rien n'a changé sur le Tour de France. Dimanche, sur les Champs-Elysées, un Américain a succédé à un autre, perpétuant une tradition solidement ancrée depuis deux décennies, puisque les coureurs de l'Oncle Sam ont désormais enlevé 11 des 21 dernières Grandes Boucles. Derrière l'apparence trompeuse, Lance Armstrong et Floyd Landis n'ont toutefois pas grand-chose en commun. Les deux hommes se respectent, plus ou moins, mais ne s'aiment guère. Trop différents.
Landis n'a pas la même approche dictatoriale de la course que son ancien boss. Peut-être parce que son règne ne fait que débuter, et qu'il ne s'éternisera probablement pas autant que celui de son aîné. Sûrement, aussi, parce que son caractère diffère profondément de celle d'Armstrong. Avec ses rouflaquettes et son sourire emprunté, le Pennsylvanien possède moins de charisme que le Texan. Il "dégage" moins. A l'évidence. Il compense cet effacement certain par une simplicité salvatrice.
"Je roulais la nuit"
S'il ne sera jamais l'idole de tout un pays, une rock-star, Landis a son histoire, son parcours. Suffisamment original pour devenir attachant aux yeux de beaucoup. John Wordin, son mentor, qui fut aussi son premier directeur sportif chez Mercury, le décrit comme quelqu'un de simple. "C'est un bon gars. Un type propre. Ca me fait chaud au coeur de savoir qu'il va remporter le Tour. Il le mérite", juge-t-il. C'est un garçon de la campagne un peu gauche qui attaquait à n'en plus finir. Avec le temps, il a appris à gérer ses efforts et à réfléchir sur le bitume. Et aujourd'hui, il se retrouve sur la plus haute marche du podium".
Sa personnalité, le vainqueur du Tour 2006 l'a façonnée au contact d'une éducation particulière, celle de ses parents, Arlene et Paul. L'enfant de Lancaster a grandi avec le mennonisme, une religion rejetant toute influence de la modernité. Chez les Landis, il n'y avait ni télévision ni ordinateur. Les deux frères et quatre soeurs de Floyd se sont faits une raison car les parents trimaient dur pour eux. Le père était chauffeur de camion pour la communauté, la mère s'occupant de la progéniture, et la famille est chevillée à sa ferme.
Difficile d'imaginer comment, dans un tel contexte, le jeune Landis a pu s'éveiller aux choses du cyclisme. "J'ai découvert le vélo vers 14-15 ans, raconte-t-il. Je roulais la nuit. Jusqu'à deux ou trois heures du matin. C'est le seul moment où on ne me disait rien..." Il s'oriente vers le VTT et dispute ses premières courses... en survêtement, le port du cuissard étant proscrit par les mennonistes. Une singularité qui ne l'empêchera pas de décrocher le titre national de la spécialité. Le point de départ d'une carrière longtemps laborieuse, avant d'être glorieuse.
"Il était tout le temps à l'arrière"
Il ne fut pas loin de jeter l'éponge voilà quelques années. "En 1999, poursuit John Wordin, j'ai supplié John Lelangue de prendre Mercury au départ du Tour de l'Avenir. Je lui ai dit: Tu verras, Floyd gagnera un jour le Tour de France." Il lui a fallu apprendre à courir, tout simplement. Wordin, encore: "Au début, il était tout le temps à l'arrière. Il perdait régulièrement du temps. Alors, je lui ai dit: 'tu n'es pas venu en Europe pour faire de la figuration, alors bouge-toi.' Et le lendemain, il faisait une course incroyable pour s'emparer du maillot jaune du Tour de l'Avenir."
Pour assouvir sa passion, Landis a dû rompre avec le cocon familial, contre l'avis de ses parents. "Mes parents ne voyaient pas d'un très bon oeil la perspective de ma carrière cycliste, c'est sûr , confirme-t-il. Mais je savais ce que je voulais." Il lui faudra affirmer une âme rebelle pour y parvenir. Elle ne le quittera jamais tout à fait. Cette incompatibilité avec l'autorité expliquera en grande partie ses relations complexes avec Armstrong quelques années plus tard. En 2005, on se souvient de quelle manière le leader de la Phonak avait stigmatisé l'omnipotence du septuple vainqueur du Tour. Cela, il ne pouvait le supporter. D'où son départ. D'Armstrong, Landis a gardé certaines vertus, mais pas tous les défauts.
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