Cyclisme - Tour de France
01/07/2006 - 11:45Millar, le repenti
A l'heure où plusieurs vedettes sont bannies de la Grande Boucle, David Millar, qui sort tout juste d'une suspension de deux ans, effectue lui son grand retour. Un curieux chassé-croisé. Le Britannique, qui a tourné le dos à son sombre passé, veut simplem
Difficile de ne pas y voir, sinon un symbole, en tout cas un clin d'oeil de l'histoire. David Millar revient dans le peloton, sur le Tour de France, à l'heure où beaucoup de ses collègues se retrouvent à leur tour sur un siège éjectable. Suspendu deux ans pour avoir consommé de l'EPO, le Britannique peut à nouveau courir. Son retour, il l'effectue sur la plus grande des courses, par la grande porte, au moment même où certains de ses illustres collègues viennent de passer par la fenêtre. Millar sait ce que c'est. Il a payé pour apprendre.

Aujourd'hui, s'il accepte encore de se tourner vers son tumultueux passé, c'est pour mieux appréhender l'avenir. Comme beaucoup de ceux qui ont été pris par la patrouille, Millar a parlé, vidé son sac. Un préalable indispensable pour tourner véritablement la page. "Cette période a été horrible, mais cela faisait partie de la punition. J'ai réalisé ce que j'avais fait, j'avais honte. J'ai menti, j'ai triché, j'ai eu des regrets. Pendant un an, j'étais sûr de ne jamais refaire du vélo, de ne plus fréquenter ce monde", raconte l'Ecossais.
"Il méritait une deuxième chance"
Mais le vélo était sa vie. Le milieu veut à nouveau de lui, et réciproquement. "Une personne comme lui méritait une deuxième chance. Il a été honnête. Il a avoué", souffle Mauro Gianetti, son directeur sportif chez Saunier Duval, sa nouvelle équipe. Millar est donc de retour. Avec envie, mais non sans angoisse. Il a juste retrouvé le goût simple de pratiquer son sport. Une première victoire. "L'an dernier, j'ai regardé le Tour de France avec les yeux du garçon de quinze ans que j'ai été. C'était beau. J'ai alors vu le cyclisme d'un oeil neuf, sans fausses croyances", confie Millar.

A 29 ans, l'ancien leader de Cofidis sait pertinemment qu'il a perdu les meilleures années de sa carrière. San illusion sur son propre destin, il se veut porteur d'un message, en forme d'espoir: " Les choses sont en train de changer. Le dopage organisé a permis une prise de conscience. Il y aura toujours des tricheurs, mais je crois que notre sport est en train de changer. Il est de notre responsabilité de parler aux jeunes et de les convaincre de faire du sport sans tricher. Il faut unir ses efforts (pour mener le combat et voir cela avec un regard positif".
"Un peu d'appréhension"
Sportivement, que peut-il espérer? En mal de repères et en manque de compétition, Millar a bossé comme un forcené pour se remettre au niveau. "Je me suis entraîné pour redevenir un coureur cycliste. Je suis sûr que je vais en baver, insiste-t-il. Mais, j'ai déjà remporté une victoire", assure-t-il. Du bout des lèvres, il se rêve en jaune samedi à Strasbourg, à l'issue du prologue. Lui, le formidable rouleur, se sent capable de rafler la mise, surtout en l'absence d'Ullrich, Cancellara ou McGee, qui lui avait soufflé la victoire sous la Tour Eiffel, en 2003, pour huit centièmes de seconde.
Il y croit, sans se mettre trop de pression. "David Zabriskie sera sans doute mon plus dangereux rival", estime Millar. Mais au-delà du résultat brut, c'est une autre victoire qu'il se doit de remporter. Celle de la respectabilité. Confronté au regard de ses collègues, du public ou des medias, il sait que ce combat-là n'est pas gagné d'avance. "Quand je courais, j'ai toujours eu le respect des autres. J'ai un peu d'appréhension, avoue-t-il, mais je ne pense pas que l'on me montrera du doigt". Alors, Millar a-t-il vraiment changé? On a envie de lui faire confiance, même si, décidément, c'est un mot sur lequel certains champions, et parmi eux les plus grands, semblent prêts à s'asseoir avec un certain mépris...
















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