Un septennat en or

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Pour la 7e fois de suite, l'équipe de France d'épée masculine est au sommet de la planète. Forte de 5 titres mondiaux et 2 sacres olympiques entre 2004 et 2010, l'arme fatale de l'escrime française n'en finit plus de gagner. Sa force? Du talent, mais plus encore une densité collective hors normes.

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Crédit: Eurosport

Toute la journée de samedi, ce fut la même rengaine. La veille, déjà, on ne leur avait parlé que de ça. Ça, c'était ce record mythique de la Scherma Azzura, l'équipe d'Italie d'épée des années 50, qui avait trusté tous les titres, olympiques et mondiaux, de 1952 à 1958. Gauthier Grumier, Jean-Michel Lucenay, Ulrich Robeiri et Jérôme Jeannet savaient qu'en cas de victoire au Grand Palais, ils égaleraient le septennat transalpin, plus d'un demi-siècle après. Autre époque, même exploit. Comme dans un rêve, ils l'ont accompli, en étant sacré devant le public parisien, au terme d'un suspense à couper le souffle et dans une ambiance de corrida.
Sans dévaluer le poids de l'histoire, il est raisonnable de considérer que la portée de la performance des Tricolores est supérieure à celle de leurs glorieux ainés transalpins, compte tenu de l'internationalisation de l'escrime. Ce sport ne se résume plus aux seules nations traditionnelles de la vieille Europe. "La concurrence n'est pas la même", juge Eric Srecki, le Directeur technique national. L'Asie et l'Amérique sont aujourd'hui entrées dans la danse. L'éclatement de l'URSS a également pesé. Pour preuve, samedi, les Bleus ont dû battre l'Estonie, l'Ukraine et la Russie, avant de résister aux Etats-Unis en finale. Parfait témoignage de cette diversification du paysage de l'escrime mondiale. Pourtant, malgré tout, l'épée française reste au sommet sans discontinuer depuis 2004.
"Tout ne repose pas sur un ou deux gars"
C'est remarquable, mais ce n'est ni un miracle ni un hasard. "Il y a forcément une part de réussite, ça se joue parfois à peu de choses, mais c'est surtout le fruit d'un énorme travail accompli depuis des années et des années", souligne Fabrice Jeannet, leader de cette équipe jusqu'en 2008, avant de prendre sa retraite à seulement 28 ans. Son départ aurait pu briser la spirale victorieuse. Il n'en a rien été. "J'ai toujours su qu'ils n'avaient pas besoin de moi", sourit le frère cadet de Jérôme. Mais il ne plaisante pas complètement. "Si nous sommes au sommet depuis si longtemps, c'est justement parce que tout ne repose pas sur un ou deux gars", souligne-t-il.
Un avis partagé par Hugues Obry, l'entraîneur adjoint de cette équipe, lui-même ancien champion du monde de la spécialité. Il souligne l'extrême densité de l'épée masculine depuis plus d'une décennie maintenant. "L'équipe n'a jamais reposé sur une ou même deux individualités. Nous avons une densité exceptionnelle au très haut niveau. Cette année encore, Gauthier et Jean-Michel sont sur le podium. Jérôme et Ulrich sortent au 1er tour, mais c'est un accident, ils sont tous les deux dans le Top 10, le Top 15 mondial. Et ça fait un moment que c'est comme ça." Ce qui est vrai sur une décennie l'est aussi sur une journée. A tour de rôle, un individu peut coincer, comme Grumier en demi-finale puis en finale, mais il y a toujours quelqu'un pour remettre l'équipe à l'endroit. "Il faut se souvenir que Gauthier a été énorme au 1er tour contre l'Estonie. C'est lui qui va nous gagner le match", rappelle Jérôme Jeannet, qui a passé presque toute la journée sur le banc. Que la France puisse se passer d'un tel tireur, voilà une nouvelle preuve de la force collective de l'ensemble.
Aujourd'hui, chaque arme a trouvé son maitre. Les Italiens dominent les débats en fleuret, la Russie est la reine du sabre. Les Français, eux, sont les rois de l'épée. Surtout chez les hommes. "Mais attention, la roue peut tourner vite, prévient Fabrice Jeannet. Il faut continuer à travailler en profondeur, ne pas croire que cette suprématie sera éternelle." "C'est un peu plus dur chaque année, confirme Jean-Michel Lucenay, car les autres veulent tout faire pour nous piquer la place. Ils décortiquent nos jeux, s'adaptent et l'attente est de plus en plus forte." Mais pour tous les autres, cette attente durera un an de plus. Au moins.
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