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Ils aiment la difficulté
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Publié 19/07/2011 à 14:47 GMT+2
L’Uruguay affronte le Pérou, cette nuit (2h45), lors de la première demi-finale de la Copa America. Un match compliqué pour une équipe qui, dans son histoire, a toujours préféré croquer les gros.
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C’est l’histoire d’un petit pays, peuplé d’à peine 3,5 millions d’habitants, coincé entre deux encombrants voisins : le Brésil et l’Argentine. Un pays qui a du mal à trouver sa place. Alors, pour exister sur la scène internationale, l’Uruguay a toujours compté sur sa sélection nationale : la Celeste. L’an dernier, par exemple, on a beaucoup moins entendu parler de l’accession au pouvoir de Pepe Mujica, un ex-guérillero devenu président, que de la quatrième place de l’Uruguay à la Coupe du monde 2010. C’est comme ça et ça a toujours été comme ça.
Peut-être parce qu’en 1924, la Celeste a fait connaître l’Uruguay à l’Europe entière lorsque, à la surprise générale, elle remportait, avec la manière, les Jeux olympiques, à Paris. Elle était la seule nation non-européenne à avoir fait ce long voyage. Et dire qu’à son arrivée, un article de presse les accueillait avec dédain: "ces jeunes Sud-Américains semblent si maladroits. Quelle peine de savoir qu’après avoir fait un voyage si éprouvant, ils vont devoir repartir chez eux juste après le premier match." Mais, vingt buts inscrits (pour deux encaissés) et cinq victoires plus tard, c’est bien l’Uruguay qui repartait de Paris avec une médaille d’or autour du cou sous les ovations du public.
Le Maracanazo de 2011
Peut-être aussi parce que l’Uruguay a été la première nation à soulever une Coupe du monde, en 1930 et que depuis, son histoire a été marquée par de retentissantes victoires. Souvenez-vous, en 1950, du légendaire Maracanazo. Où lorsque onze Uruguayens battaient, sans trembler, 200.000 Brésiliens, dans un stade du Maracana plein à craquer. C’est peut-être l’épisode le plus glorieux du football uruguayen. Car ce jour-là, Rio de Janeiro avait longtemps fait la fête et célébré la victoire avant même le début du match. C’était sans compter sur une bande d’Uruguayens survoltés, prêts à mourir sur le terrain et qui, contre toute attente, avaient fini par terrasser l’ogre brésilien sur ses terres (2-1). Et, soixante-et-un ans plus tard, jour pour jour, la Celeste a de nouveau joué à la perfection son rôle de bourreau en éliminant, avec la manière, l’Argentine chez elle, lors de sa Copa America.
Le Maracanazo et cette victoire en quarts de finales de la Copa America contre l’Argentine de Lionel Messi ont quelques points communs. L’exploit n’est pas aussi énorme qu’en 1950, je vous l’accorde, mais il illustre bien l’identité du football uruguayen. Elle se traduit, sur le terrain, pas une débauche d’énergie impressionnante. Ses joueurs, en 1950 comme en 2011, ont toujours eu le sens du sacrifice. On appelle ça, la "garra charrùa", "la hargne charrùa". Ce concept, quasi mystique, remonte à la nuit des temps, puisque les "charrùas" étaient un peuple amérindien, connu pour son esprit guerrier, qui a courageusement résisté à l’invasion espagnole. Avec le temps, donc, la "garra charrùa" est devenue un symbole de l’esprit guerrier, de la solidité, du sens du sacrifice et de l’orgueil de la Celeste. Cet état d’esprit est souvent représenté, à merveille, par son capitaine. Il doit être un "caudillo", un leader charismatique, un patron qui ne se laisse jamais marcher sur les pieds. En 1950, le capitaine s’appelait Obdulio Varela, un milieu de terrain (plutôt défensif) mythique. En 2011, c’est Diego Lugano, monstrueux contre l’Argentine, qui fait honneur à cet héritage.
De Chiggia à Forlan
Le don de soi a toujours été une marque de fabrique du football uruguayen. Mais ce bloc défensif ne serait jamais aussi efficace sans l’apport d’attaquants de classe internationale. Les Uruguayens ont toujours été bien pourvus à ce niveau-là. De Alcides Chiggia et Juan Alberto Schiaffino en 1950 à Diego Forlan et Luis Suarez en 2011, en passant par les Francescoli, Fonseca et autres Alvaro Recoba. Le match du duo Forlan-Suarez a tout simplement été exceptionnel contre l’Argentine. A eux deux, ils ont mis le feu dans la défense albiceleste, su mettre le pied sur le ballon et accélérer quand il le fallait.
Diego Forlan est un mythe vivant en Uruguay. C’est le joueur le plus capé de l’histoire (80 sélections) et il est à deux malheureux buts de devenir le goleador historique de la Celeste. Pour l'heure, son compteur est bloqué à vingt-neuf réalisations, deux de moins que Hector Sarcone, buteur légendaire des années 20. Contre le Pérou, cette nuit, il aimerait bien ouvrir son compteur dans cette Copa America. Il devra montrer le chemin de la victoire à ses coéquipiers dans ce match piège. L’Uruguay n’aime pas et n’a jamais aimé endosser le rôle de favori. La Celeste est bien meilleure dans l’adversité et lorsqu’elle fait figure d’outsider. Pourtant, depuis sa victoire contre l’Argentine, et l’élimination du Brésil, elle fait logiquement figure de favorite. La Celeste joue gros, car en cas de victoire finale, elle remporterait sa quinzième Copa America (contre quatorze pour l’Argentine). Elle prouverait, une nouvelle fois, qu’elle est bien une nation majeure du football latino-américain.
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