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PSG : Sans manquer de respect à Zlatan, il dit un peu n'importe quoi

Sans manquer de respect à Zlatan, il dit un peu n'importe quoi

Le 09/03/2016 à 14:48

LIGUE DES CHAMPIONS – Zlatan Ibrahimovic a une fois encore affiché un mépris certain pour ce que fut son club actuel, le Paris Saint-Germain, avant l'arrivée des riches investisseurs venus du Qatar. Si QSI a effectivement décuplé la puissance financière du PSG, cela n'autorise pas à afficher un tel dédain pour ceux qui ont précédé.

Il est formidable, Zlatan Ibrahimovic. En dehors d'être un joueur pas vraiment comme les autres, le Suédois a le verbe acéré. Il est un des rois de la petite phrase. Mardi, sa présence en conférence de presse à Londres, à la veille du huitième de finale retour contre Chelsea, a débouché sur une sortie dont il a le secret. Pour ceux qui auraient disparu de la circulation médiatique depuis 18 heures mardi, la (re)voici : "sans manquer de respect à personne, le PSG est né quand le Qatar est arrivé, il y a trois ans et demi".

D'abord, pour être un peu pointilleux, on fera observer à Zlatan que le Qatar est arrivé il y a quatre ans et demi, en 2011. C'est lui, Ibra, qui a débarqué un an plus tard. Si j'étais taquin, j'y verrais un lapsus. "Avant mon arrivée, le PSG n'existait pas", fallait-il, peut-être, lire. Peu importe.

Que répondre à la phrase d'Ibrahimovic ? Des noms, d'abord. Juste quelques-uns. Borelli. Denisot. Houllier. Jorge. Fernandez. Susic. Dahleb. Rocheteau. Bats. Weah. Raï. Djorkaeff. Ronaldinho. Pauleta. Liste minimaliste, de dirigeants, techniciens ou joueurs ayant laissé une petite empreinte dans la petite histoire du Paris Saint-Germain. Il y a là quelques grands joueurs dont certains ont laissé une trace dans le football qui n'est pas loin d’égaler celle du natif de Malmö. On y trouve même deux Ballons d'Or. Deux de plus que Zlatan, donc.

Vidéo - Ibrahimovic : "Le PSG est né le jour de l'arrivée des Qataris"

01:27

Pas de provoc', juste le fond de sa pensée

Des matches, aussi, comme autant d'empreintes émotionnelles qui, forcément, n'évoquent rien à Ibrahimovic, mais demeurent indélébiles pour qui les ont vécus. Allez, juste deux, comme ça. PSG-Real 1993. PSG-Barça 1995. La victoire en Coupe des coupes en 1996, aussi. Ce n'est pas grand-chose, une Coupe des coupes. Mais c'est quand même une Coupe d'Europe de plus que toutes celles gagnées par Ibra dans sa prestigieuse carrière. Pourtant, il a évolué dans des clubs qui ont eu une sacrée histoire, même avant lui. L'Ajax, la Juve, le Barça, l'Inter...

Mais non, avant 2011, nada, on vous dit. Tout cela n'a donc pas existé. Outre que, contrairement à ce qu'il évoque en préambule, sa saillie est évidemment un manque de respect pour tout ceci et pour tous ceux-là, elle constitue surtout une contre-vérité.

On le sait, Zlatan Ibrahimovic est un adepte de la provocation. C'est aussi ce qui fait partie de son charme. Mais ici, Ibra dit simplement ce qu'il pense, et c'est bien le problème. Comme ce n'est pas la première fois qu'il prend la peine d'appuyer sur ce point (remember le "Avant, à Paris, il n'y avait rien"), on peut lui faire crédit d'une certaine constance dans la pensée. Mais ce n'est pas parce qu'on répète une bêtise plusieurs fois qu'elle devient une vérité. Ni parce qu'on l'assène avec un regard sombre et le port altier, façon Zlatan, qu'elle doit gagner en crédit.

Non, Ibrahimovic est réellement convaincu que tout ce que le PSG a vécu lors des quatre décennies ayant précédé l'arrivée des investisseurs qataris ne vaut rien. Autant le dire, et pardon de le dire comme ça, mais tout ce que j'ai évoqué plus haut, c'était de la merde. Circulez, y a plus rien à revoir. QSI 2011, année zéro.

Zlatan Ibrahimovic (PSG)

Zlatan Ibrahimovic (PSG)AFP

On voit ce qu'il veut dire, mais il le dit si mal

Alors, on me dira, "ne faites pas semblant de ne pas comprendre, vous voyez très bien où il veut en venir". Oui, je vois parfaitement. Ce que veut dire Zlatan Ibrahimovic, c'est que le PSG n'évolue plus dans la même dimension depuis l'arrivée de QSI. Qu'il possède une envergure et une puissance au plan économique qu'il n'avait jamais effleuré auparavant. Ni lui ni un aucun autre club français, d'ailleurs.

Et ça, c'est incontestable. En la matière, Paris, quatrième club le plus riche du monde, joue dans la cour des grands. Mais alors, il fallait le dire comme ça. Et en quoi cet état de fait justifie-t-il d'écraser en toute impunité et avec une forme de suffisance ceux qui, auparavant, ont donné à ce club ses premiers grands moments de bonheur, ses lettres de noblesse et, aussi, ses premiers titres ?

C'est d'autant plus gênant que, jusqu'à preuve du contraire, au plan européen, le Paris Saint-Germain actuel n'a pas encore fait montre d'une écrasante supériorité. Les propos de Zlatan Ibrahimovic porteraient un peu plus si le PSG avait gagné la Ligue des champions ces quatre dernières années. Ou même atteint une finale. Monaco l'a bien fait. Ou, tiens, même dépassé les quarts. Comme Lyon il n'y a pas si longtemps. Ça ne rendrait pas plus véridique ses assertions sur le passé (ou le non-passé en l'occurrence) du PSG, mais il apporterait de l'eau à son propre moulin qui, pour l'heure, tourne un peu à vide.

Après tout, comme me l'a soufflé un grand amoureux du PSG et éminent connaisseur de l'histoire du club, de celle d'aujourd'hui comme celle d'hier, "en 1995, le PSG disputait la demi-finale de la Ligue des champions. Depuis, j'attends." Gageons que QSI et le grand Zlatan se chargeront très vite de mettre fin à cette attente pour permettre ainsi au PSG de renouer le fil de sa non négligeable histoire.

Nasser Al-Khelaifi au Parc des Princes

Nasser Al-Khelaifi au Parc des PrincesAFP

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