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"J'avais envie de pleurer"
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Publié 14/11/2005 à 11:45 GMT+1
Claude Leroy n'a pas de mots assez durs pour condamner l'envahissement de terrain survenu face à la Tunisie, vendredi, au stade Charléty. Ecoeuré et blessé à la main, le sélectionneur du Congo met pourtant en garde contre tout risque d'amalgame et défend
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CLAUDE LEROY, que vous inspire le comportement de ces supporters qui ont envahi la pelouse du stade Charléty vendredi ?
C.L. : Je suis écoeuré. Je suis désespéré. C'est triste. Avant même le match, lorsque l'hymne congolais a été sifflé, je me suis retourné et j'ai fait signe aux gens pour leur dire que c'était nul. Nous, on avait envie d'applaudir l'hymne tunisien et l'hymne congolais en même temps. Ce n'était qu'un match amical. Et même si ça avait été une finale de Coupe du monde, ça aurait été nul. J'ai discuté avec des Tunisiens. Certains se sont battus entre eux parce qu'ils ne supportaient pas de voir certains de leurs compatriotes agir comme cela. Cela prouve bien que c'est le fait de très peu de gens. Mais ce sont des habitudes qui sont prises.
Certains s'en sont même pris aux joueurs...
C.L. : Deux de nos joueurs ont été agressés. Il y a un joueur, Eale, qui a été assommé. Nsumbu a carrément été piétiné. Un fou est même venu se jeter violemment sur l'abri de notre banc de touche. Mais bon ça va. Il ne faut pas non plus en rajouter. Il ne faut pas faire d'amalgame. C'est un geste imbécile qui n'est digne que d'un imbécile. Point final. On ne portera pas plainte.
Comment expliquez-vous ces débordements ?
C.L. : Il y avait une tension. La moindre étincelle déclenche un incendie. Le moindre coup déclenche une bagarre générale. La moindre petite faute devient un véritable pugilat avec 50 mecs d'un côté et 10 de l'autre. Avec un fou qui vient donner un coup de coude d'une violence incroyable sur Aele. Je l'ai vu arriver du milieu de terrain. Qu'est-ce que vous voulez qu'on fasse contre ça ? Je me suis battu pour essayer de calmer tout le monde avec le sourire mais bon... J'ai réussi une fois à faire repartir tout le monde mais, ensuite, c'était mission impossible. Je dois être blessé à la main parce que j'ai pris une bouteille en verre en voulant de me protéger le visage. J'aurais pu me faire tuer par un fou. Mais c'était un fou sur 10 000 qui vient gâcher la fête. Ça n'est rien du tout mais ça peut être grave.
Pensez-vous que cela puisse être lié à la situation tendue dans les banlieues ?
C.L. : Peut-être. Les gens croient être intéressants alors que, plus ça va, plus ils s'enfoncent dans la bêtise et moins ils s'en sortiront ! C'est ce qu'il faut leur expliquer. Moi, j'ai envie de passer ma vie à aller dans les quartiers pour discuter avec les gens et leur expliquer ce que je ressens. Et ne pas entendre dire : "Thuram il gagne de l'argent, qu'est-ce qu'il vient de nous parler de Sarkozy". Lilian Thuram gagne peut-être beaucoup d'argent mais il sait ce que c'est les quartiers. Quand il finit un match, il va sûrement dans les quartiers plus huppés mais Nicolas Sarkozy n'est jamais allé habiter dans les cités. Thuram est plus habilité que lui à porter des jugements de valeur. Il faut arrêter de faire de la surenchère verbale en stigmatisant les gens. Il faut aller parler avec eux. C'est comme ça qu'on va s'en sortir.
N'y a-t-il pas eu également un manque de sécurité au niveau de l'organisation ?
C.L. : Je ne sais pas. Je ne suis pas chargé de l'organisation. Pourtant, l'organisateur est quelqu'un de grande qualité. Il n'y avait jamais eu de problème mais là... Pourtant, si deux équipes avaient été exemplaires dans le comportement, ce sont bien la Tunisie et la RDC. Elles n'ont pensé toutes les deux qu'à jouer au foot. Il n'y a pas eu un mauvais match. Avec Roger Lemerre, on s'était vu avant le match en se disant que, si un joueur faisait une agression ou quoi que ce soit, on le sortait immédiatement. Mais ça n'a pas été le cas.
Cela risque de rejaillir sur l'image du football africain...
C.L. : C'est ce qui me désole. Il y a beaucoup d'équipes africaines qui sont là, beaucoup de joueurs africains qui se faisaient une fête de jouer à Paris. Moi qui ai toujours rêvé de retirer les barrières partout et qu'on ne pense qu'à jouer au foot, je suis loin du compte. Je suis encore un doux rêveur. J'espère qu'on ne masquera pas les problèmes de société derrière le football africain une fois de plus. C'est ça qui me fait le plus peur. Il faut faire très attention aux mots que l'on emploie. Mais il ne faut pas non plus avoir peur de dire aux abrutis que ce sont des abrutis. Il y a une infime minorité d'abrutis mais il existe. Et ceux là, il ne faut pas leur faire de cadeau.
Y a-t-il tout de même une petite satisfaction après la très belle prestation du Congo face au champion d'Afrique (2-2) ?
C.L. : Oui, mais c'est abîmé par tout le reste. Mais j'ai été très fier de mon équipe parce que c'est le football que je revendique. Un football technique, léché. On va vers l'avant. Quand je vois autant de joueurs locaux qui n'avaient même jamais joué dans le froid, il y avait beaucoup de qualité. C'est ce que j'ai toujours essayé de faire pratiqué aux équipes que j'ai dirigées : une idée de jeu, une organisation tactique et derrière plein de libertés offensives. Que cette qualité soit abimée comme cela... Je ne pleure pas parce que je suis un mec de 57 ans mais, au fond de mon coeur, j'aurais envie de pleurer parce que ça abîme toute l'idée que je me fais du foot, du continent africain, de notre rôle d'éducateur... Et on a échoué.
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