Que reste-t-il d'Houllier?

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Au moment où Gérard Houllier retrouve son ancien club, Liverpool, ce soir avec Aston Villa (21h00), Anfield se souvient que le manager français a relancé les Reds à une période où ils traversaient une crise existentielle. Le temps a estompé l'impression de déclin de sa deuxième partie de mandat.

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Spécial. Tout le monde s'accorde à dire que le retour de Gérard Houllier à Liverpool, lundi soir, aura quelque chose de spécial. Pour l'intéressé, évidemment, mais aussi pour ses anciens joueurs et ses anciens supporters. On ne reste pas six années dans un club sans laisser une tonne de souvenirs. C'est ensuite la distance du temps qui permet d'apprécier plus justement si les bons moments supplantent, ou non, les mauvais. Cela fait maintenant six ans que le manager d'Aston Villa a quitté Anfield. A l'occasion de son retour, le temps est inévitablement venu de se pencher sur son héritage.
Qu'on le veuille ou non, il a profondément marqué l'histoire du club de la Mersey. Avant lui, il n'y avait jamais eu le moindre entraîneur étranger à Liverpool. Arrivé dans un climat de scepticisme, sinon de défiance, dans un club alors au fond du trou, l'ancien sélectionneur de l'équipe de France a contribué à lui redonner une certaine fierté, notamment au cours de cette formidable année 2001 qui vit les Reds remporter pas moins de cinq trophées, dont la Coupe de l'UEFA. Le public a adopté Houllier, qui jouit toujours d'une réelle popularité auprès du kop d'Anfield. Tous les anciens entraîneurs de Liverpool ne peuvent en dire autant.
Cristiano Ronaldo avait presque signé
Pourtant, tout n'a pas toujours été rose. Il y a clairement deux époques dans la carrière rouge d'Houllier. Jusqu'au 13 octobre 2001 et son attaque cardiaque, le Français avait connu beaucoup de succès. L'équipe a progressé chaque année, améliorant son classement, jusqu'au point culminant de 2001. Houllier a fait venir des joueurs (McAllister, Smicer, Hamann, Heskey, Hippya) qui ont fait avancer l'équipe, avant un déclin progressif, jusqu'à une flopée de mauvais choix de recrutement (Diouf, Cheyrou, Diao, Le Tallec) qui ont progressivement éloigné Liverpool du titre.
Gérard Houllier en convient sans mal. "C'est vrai que certains transferts n'ont pas été aussi porteurs que je l'espérais dans les dernières années, admet-il. C'est de ma faute. Je suis revenu trop tôt après mon problème de santé (NDLR, le 19 mars 2002). Mais je ne pouvais pas gérer les à-côtés du terrain comme avant." Un joueur aurait peut-être pu relancer la machine. En 2003, Houllier a failli concrétiser la venue d'un certain Cristiano Ronaldo. "Je l'avais rencontré au Tournoi Espoirs de Toulon, a-t-il révélé cette semaine au Daily Mail. Nous étions venus pour le signer mais le club avait un problème de masse salariale et nous n'avons pu lui donner le salaire qu'il demandait. Peu après, Manchester United a affronté le Sporting Portugal en amical, et Sir Alex l'a fait venir. Peut-être qu'avec Ronaldo, nous aurions gagné le titre..."
Istanbul 2005, sa victoire?
Deux raisons justifient que la réputation d'Houllier soit intacte malgré ces échecs sportifs. D'abord pour sa personnalité, très appréciée. Il aimait le club, il aimait le peuple d'Anfield, et il leur a toujours fait sentir. "A Liverpool, explique Jamie Carragher, quand vous donnez beaucoup aux gens, ils vous le rendent au centuple. C'est ce qui s'est passé avec Gérard." L'aspect sportif pèse également. Même si l'histoire s'est achevée en eau de boudin, et même si les Reds n'ont pas su capitaliser sur leur formidable année 2001 (celle-ci a marqué une forme d'apogée, non le tremplin espéré vers un titre de champion), beaucoup estiment que, globalement, le "Frenchman" a fait avancer le club à une période où il traversait une crise existentielle. "Pour moi, Gérard a laissé Liverpool en bien meilleur état qu'il ne l'a trouvé", assure le capitaine d'alors et d'aujourd'hui, Steven Gerrard.
Un an seulement après son départ, Liverpool trônait au sommet de l'Europe. Vingt ans après le drame du Heysel, les Reds remportaient la Ligue des champions en 2005. Avec Rafael Benitez, pas avec Houllier. Mais d'une certaine manière, le manager français a toujours estimé que cette victoire était, aussi, un peu la sienne. C'est également l'avis de Jamie Carragher. "Comprenez-moi bien, explique le défenseur, c'était la victoire de l'équipe de Rafa, mais Gérard nous avait appris comment gagner des titres. Stevie, Sami, John Arne ou moi, nous savions ce que c'était que de jouer des grandes finales. Et cela, nous le devons à Gérard. Ce que je veux dire, c'est que sans ce qui s'était passé en 2001, le sacre d'Istanbul n'aurait jamais existé. Beaucoup de joueurs qui ont été décisifs dans cette campagne doivent beaucoup à Gérard."
Carragher: "Le meilleur entraîneur que j'ai connu"
Ce soir-là, Houllier est présent dans le vestiaire hystérique des Reds après la victoire contre le Milan AC. "C'est mon meilleur souvenir avec ces gars-là, raconte-t-il. Douze des quatorze joueurs présents me sont tombés dans les bras. Je leur ai dit d'aller répondre aux questions des journalistes. Ils m'ont dit : 'ça attendra, viens t'asseoir avec nous.' On avait connu des hauts et des bas ensemble, mais ils étaient là, heureux et reconnaissants de ce qu'on avait accompli." Reste que c'est bien Benitez qui a gagné ce titre, même avec les joueurs d'Houllier. Puis le manager espagnol avait tout de même incorporé à cette équipe ses deux compatriotes, Luis Garcia et Xabi Alonso, très importants cette année-là. En tout cas, Jamie Carragher, lui, est convaincu d'une chose: "Gérard est le meilleur entraîneur que j'ai connu. C'était plus qu'un entraîneur, c'était un vrai manager. Jamais je n'ai connu un type capable de faire de tels discours d'avant-match. Il avait une capacité unique à créer un esprit d'équipe, à faire disparaitre les divisions dans un groupe." Pour un entraîneur, entendre un tel discours de la part d'un ancien joueur, ça doit valoir quelques titres.
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