Eurosport
Un stade à franchir
Par
Publié 04/06/2012 à 14:51 GMT+2
Théâtre du dernier match de préparation des Bleus pour l'Euro, mardi soir, face à l'Estonie, la MMArena est aussi le stade d'un club, Le Mans FC, qui souffre sur le terrain depuis qu'il a inauguré sa nouvelle enceinte. Mais le cas du club sarthois n'est pas isolé. Enquête.
Eurosport
Crédit: Eurosport
Henri Legarda a "tremblé de peur". Le président du Mans FC vient de vivre "une saison très difficile". Alors la venue de l'équipe de France est une sacrée bouffée d'oxygène. Mardi soir, les Bleus concluront leur préparation pour l'Euro face à l'Estonie. Dans une MMArena "festive et conviviale". Il y a une dizaine de jours, la bande à Laurent Blanc avait entamé sa tournée des nouveaux stades au Hainaut de Valenciennes, face à l'Islande (3-2). Jean-Raymond Legrand, le président du VAFC, y voyait l'occasion de "donner une belle image de la ville et du club", de "montrer (notre) beau stade". Et de tourner la page d'une "saison éprouvante". Le 15 août, la sélection nationale se produire au Havre, face à l'Uruguay. Dans une enceinte que le HAC aura inaugurée un mois plus tôt, le 12 juillet. Le président Jean-Pierre Louvel espère que son club "y prendra un nouveau départ", "rentrera dans une nouvelle ère".
Le Mans, Valenciennes, Le Havre : trois villes dotées d'un stade flambant neuf, financé par les pouvoirs publics, sans perspective d'accueillir l'Euro 2016 ; trois clubs qui ont bataillé pour leur survie jusqu'à l'ultime journée de leurs championnats. La coïncidence est troublante. Encore plus si l'on se remémore le sort de Grenoble. 15 février 2008 : le GF38 inaugure le Stade des Alpes face à Clermont (2-0), devant 18828 spectateurs. Trois mois plus tard, le club isérois retrouvera l'élite du football français, après avoir accueilli l'équipe de France contre l'Equateur (2-0). Cette élite, il l'avait quittée quarante-cinq ans plus tôt. 12 mai 2012 : Grenoble bat Vénissieux (3-0) devant 2000 spectateurs. Le club isérois fête dignement sa remontée... en CFA. Quatre ans jour pour jour après son retour en Ligue 1. Entre-temps, les dettes se sont accumulées. Dépôt de bilan, relégation administrative en cinquième division.
"On s'est demandé si ça n'avait pas tétanisé les joueurs"
Associé aux exemples manceau, valenciennois et havrais, le cas grenoblois pose cette question : les nouveaux stades sont-ils vraiment les moteurs attendus pour les clubs concernés ? Au lieu de booster le GF38, le Stade des Alpes et ses 1000 m2 de panneaux photovoltaïques ont en tout cas eu le don de plomber ses finances. "Grenoble a toujours été un petit club, avec peu de moyens, soupire Mehmet Bazdarevic, son entraîneur de 2007 à 2010. Mais il ne s'est pas mis au diapason de la Ligue 1. Il n'a pas investi dans son équipe, n'a pas développé ses infrastructures. Avoir un beau stade ne suffit pas." Celui de Grenoble a coûté cher. Beaucoup plus cher que prévu : 78,5 millions d'euros, déboursés par les collectivités. "Même si on fait de plus en plus appel à des investisseurs privés, les financements publics sont toujours majoritaires en France, précise Frédéric Bolotny, économiste du sport. Le problème, c'est qu'en cas de relégation, le club résident n'a plus les moyens de verser aux collectivités le loyer annuel prévu. Dans ce cas-là, ce sont les contribuables qui portent le poids d'une relégation."
Cette perspective, angoissante pour le club et l'agglomération, le devient pour les principaux acteurs : les joueurs. Au Havre, Jean-Pierre Louvel admet volontiers l'hypothèse selon laquelle l'enthousiasme générée par l'arrivée programmée du nouveau stade aurait un effet inhibant sur le terrain. "On s'est effectivement demandés si ça n'avait pas tétanisé les joueurs, confie le président du HAC. Ils avaient tellement conscience de l'enjeu que ça représentait. On a tout fait pour que dans les trois derniers mois, ils soient à l'abri de ça. On a évité de parler du stade devant eux même si, bien évidemment, ils le voyaient se construire sous leurs yeux." "Le nouveau stade nous a boostés et en même temps, ça nous a mis de la pression, rétorque Johny Placide, le gardien d'une équipe havraise candidate au podium à mi-parcours, menacée par les bas-fonds du classement dans la dernière ligne droite. Un stade comme ça, c'est fait pour jouer en Ligue 1. Pas en Ligue 2, et encore moins en National."
"On compense juste les dépenses supplémentaires"
Sorti de terre en juillet 2011, le Hainaut est devenu "une forteresse" pour les Valenciennois. Mais leurs débuts, face à Brest (0-0) et Bordeaux (1-2), y ont été laborieux. "Les premiers matches, on les a joués comme si on était à l'extérieur, souligne le président Jean-Raymond Legrand. C'était tout nouveau pour les joueurs. Il nous a fallu deux-trois matches pour se l'accaparer. Une fois qu'on l'a pris en mains, on est devenus presque imbattables chez nous." Le 20 mai, face à Caen (3-1), c'est dans sa "forteresse" que le VAFC a sauvé sa peau en Ligue 1. Au Mans, l'histoire a failli prendre une tournure plus dramatique. En seize mois d'existence, la MMArena a déjà été le théâtre d'une relégation en Ligue 2, d'une remontée ratée de peu et d'un maintien assuré in extremis. Henri Legarda a "bien été obligé d'envisager le pire", de "travailler sur l'hypothèse d'une descente en National" qui aurait assombri l'avenir de son club. "On serait repartis avec un budget d'environ 3 millions d'euros. On aurait dû réduire toutes nos dépenses. Et tous les investissements qu'on a faits depuis sept ans auraient pris un coup terrible."
Mais "le plus dur, reprend Legarda, ça aurait été pour le stade". "Il aurait été très difficile de le faire tourner en National". Malgré le million d'euros que rapporte chaque année le contrat de naming avec la compagnie de mutuelle et d'assurances du coin. Car en Ligue 2, la MMArena a trop rarement fait le plein. Le 27 mai 2011, 23572 spectateurs ont assisté au spectaculaire Le Mans-Nantes (3-2), qui pouvait signer le retour des Sarthois en L1. Depuis, seuls le 16e de finale de Coupe de France entre Sablé-sur-Sarthe et le PSG (0-4) et le match de Top 14 entre le Stade Français et Agen (53-27) ont comblé les 25.000 places de l'enceinte mancelle. Dont le taux de remplissage dépasse péniblement la barre des 30%. Celle de Valenciennes, douzième de Ligue 1, est heureusement plus garnie. Grâce au Hainaut, le VAFC a enregistré une hausse significative de son affluence. "On a fait + 30%", note Jean-Raymond Legrand. Mais le président nordiste "attendait un peu plus de public" pour la première année d'exploitation. "Avec 15500 spectateurs de moyenne, on compense juste les dépenses supplémentaires liées au nouveau stade (environ 500000 euros par an). La saison prochaine, on vise les 17.000. Avec un beau stade comme celui-là, on doit gagner plus d'argent."
Sur le même sujet
Publicité
Publicité