Installés dans le nord de l'Allemagne pour leur premier match de Ligue des Champions de la saison, les Montpelliérains étaient loin de la torpeur médiatique habituelle pour ce genre de match de la part de la presse française. Pour les journalistes présents, l'intérêt n'était pas le match de jeudi soir et la prestation de Nikola Karabatic ou William Accambray, deux des "Experts" champions olympiques à Londres, mais bien ces paris étranges qui auraient été effectués par l'entourage de plusieurs joueurs du Montpellier Agglomération Handball (MAHB), le 12 mai dernier, sur leur rencontre du même jour dans la salle de Cesson-Sévigné, en Championnat de France. Le montant des sommes ainsi empochées par les joueurs ou leur entourage suite aux paris sur cette rencontre perdue 31-28 par le MAHB serait de quelque 280.000 euros, a appris l'AFP jeudi de source proche du dossier. Soit un gain net d'environ 180 000 euros, la cote proposée étant alors de 2,90 contre 1.
L'information judiciaire ouverte sur cette affaire est très large, et vise à la fois des faits "de corruption active et passive" mais aussi des faits "d'escroquerie et de recel d'escroquerie", aux dépens de la Française des Jeux (FDJ). A l'époque des faits, en mai, la FDJ avait été alertée sur ce match en raison "des montants quatre ou cinq fois supérieurs à ce qu'on pouvait attendre". Selon une autre source proche du dossier interrogée par l'AFP cette semaine, les joueurs de Montpellier concernés avaient uniquement misé sur le score à la mi-temps, prévoyant que le MAHB soit alors mené, mais pas sur le score final.
Retour à Paris vendredi à 19h25
Lors de ce match, le club héraultais était privé de plusieurs de ses cadres, dont Nikola et Luka Karabatic, Mladen Bojinovic, Vid Kavticnik et Samuel Honrubia, tous blessés. D'après le reportage de France 3 qui a fait éclater l'affaire au grand jour mardi soir, la police aurait découvert depuis que des épouses ou compagnes de joueurs et des membres de l'environnement du club auraient pris ces paris dans trois bureaux de tabac en région parisienne, en Bretagne et près de la cité héraultaise. La gradation des sanctions qui menacent les handballeurs ayant pris part à ces paris, même par procuration, va du simple match de suspension à une peine de cinq ans de prison si des faits de corruption étaient avérés.
Si les joueurs impliqués, dont aucun nom n'est encore officiellement cité, étaient simplement mis en cause pour paris non autorisés, la sanction serait faible. Dans le cas du handball, la Ligue (LNH) ne prévoit en effet que des peines de un à six matches de suspension. Si par contre ils étaient poursuivis dans le cadre de la loi de février 2012 sur l'éthique qui a instauré le délit pénal de corruption sportive, c'est-à-dire s'ils étaient convaincus d'avoir volontairement "arrangé" le score du match, ils seraient alors passibles de jusqu'à cinq ans de prison et 75 000 euros d'amende. Un tarif aligné sur celui des peines pénales de "corruption entre personnes", prises comme référence dans les affaires de corruption sportive les plus anciennes, comme la célèbre affaire VA-OM de 1993.
A l'abri de la justice française en Allemagne, les joueurs de Montpellier soupçonnés, sept ou huit semble-t-il, pourraient par contre être interpellés dès vendredi à leur arrivée sur le sol français, à 19h25, à l'aéroport de Roissy, en provenance d'un vol au départ de Hambourg. A moins que les enquêteurs du SRPJ de Montpellier patientent quelques heures et attendent dimanche, à l'issue du sommet du championnat de France prévu à 15h00 entre le MAHB et le Paris Saint-Germain, à Coubertin, pour faire procéder aux premières auditions. Le retour à Montpellier pourrait alors être plus tardif que prévu.





























