"Femme, c'est un détail"

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Désignée porte-drapeau, Laura Flessel refuse de mettre en avant son statut de femme. C'est d'abord une championne qui a été choisie.

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Crédit: Eurosport

Vous voilà officiellement porte-drapeau de l'équipe de France pour les Jeux de Londres. Que ressentez-vous ?
L.F. : Je suis très contente et très fière surtout. Je suis honorée parce que, quelque part, porter une délégation dans un stade olympique, je l'ai déjà fait en deuxième ou troisième ligne. Là, je serai en première ligne, devant tout le monde. C'est une responsabilité, mais je suis heureuse de pouvoir l'assumer. Je voudrais dire aussi que je pense très, très fort à Tony. Qu'il sache que nos portables ne vont pas arrêter de fonctionner juste parce que le choix a été fait.
Est-ce important pour vous d'être la troisième femme à être choisie pour ce rôle?
L.F. : Je n'ai pas envie de m'arrêter à ça. Je ne suis pas la troisième femme, je suis la sportive qui va porter cette équipe de France. On sera 340 athlètes. Aujourd'hui, c'est la parité, la mixité, nous avons une équipe issue d'horizons différents. Il y a un esprit bleu. Etre une femme, c'est un détail.
Comment avez-vous appris la nouvelle?
L.F. : J'étais sur ma terrasse, au soleil, en buvant du thé. Dire qu'il n'y avait pas un peu de stress, ce serait mentir parce que c'est quand même une belle reconnaissance. J'ai fait cinq Olympiades et quinze années au plus haut niveau. C'est tout ça qui trouve sa récompense aujourd'hui. Il y a quatre ans, j'étais en finale contre Tony Estanguet et j'avais commencé à rêver. Il y avait un petit rayon de soleil en moi qui me disait de rêver. C'est une belle opportunité de dire merci à tout le monde avant de me voir sur les pistes de Londres le 30 août.
Avez-vous déjà évoqué ce que représente ce rôle avec ceux qui l'ont tenu avant vous?
L.F. : Justement, comme l'équipe de France est une grande famille, j'ai eu la chance de pouvoir parler avec plusieurs anciens porte-drapeaux, comme Jackson Richardson, Marie-Josée Pérec et bien d'autres. Oui, il y a la peur de mal faire mais là je suis dans le plaisir. Cette année a été très, très, dure. La peur ne fait pas partie de mon vocabulaire. Je suis heureuse, et motivée pour motiver les autres, motiver toutes cette équipe de France.
Mais Tony Estanguet a expliqué après les Jeux de 2008 que ce rôle de porte-drapeau avait été compliqué à gérer. N'avez-vous pas une forme de crainte?
L.F. : Non, je n'ai peur de rien. Je suis dans le défi, dans l'ambition, c'est ma personnalité qui est comme ça. Oui, j'ai discuté avec lui et je sais que je vais devoir gérer cette responsabilité. Mais je vais redoubler d'intensité pour travailler. Il n'y a aucune peur, que de l'envie. Puis je ne me sens pas seule. Toute l'équipe est avec moi.
Quel sera votre leitmotiv en tant que porte-drapeau?
L.F. : Humilité, sourire et travail. Les Jeux se préparent sur quatre ans. Je n'ai pas de leçon à donner. Ils ont tous travaillé dur pour se qualifier et je n'oublie pas que certains doivent encore se qualifier. Soyons solidaires, groupés et confiants. Maintenant, le plus dur commence, il va falloir aller chercher ces médailles, mais on a une équipe de France très costaud.
Vous avez vécu une saison difficile, en arrachant votre qualification sur le fil. Finalement, c'est une double récompense pour vous...
L.F. : C'est un beau message de joie. Il n'y a pas de larmes aujourd'hui, que du bonheur, même si la mission est très importante. Oui, et je tiens à souligner que depuis le mois de décembre, j'ai été soutenue par la famille du sport français. Je suis passée par des moments très durs, mais j'ai reçu beaucoup de messages de soutiens des autres sportifs. Sur les réseaux sociaux, j'ai aussi reçu le soutien de beaucoup de gens que je ne connais pas. J'ai réalisé que même si l'escrime n'était pas un sport très médiatique, les gens nous suivaient. Ça m'a forcé à y croire. Je me suis dit que si tant de gens croyaient en moi, je devais y croire moi aussi.
Vous avez parlé de Tony Parker. Avez-vous échangé avec lui dernièrement?
L.F. : Le dernier SMS entre nous date d'il y a quelques minutes. Il m'a envoyé un message pour me féliciter et je lui ai répondu tout de suite. Ce qu'il faut bien comprendre, c'est qu'il n'y a eu aucune sorte d'animosité. Nous n'étions pas en concurrence. Il fallait en choisir un ou une, pour un petit bonheur supplémentaire. C'est la cerise sur le gâteau. Ce n'est pas un choix facile pour le CNOSF, il y a forcément des déçus. Mais Tony restera Tony, c'est un ami. Puis il est beaucoup plus jeune que moi, il ne va pas lâcher le morceau, je le connais !
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