C'est un peu facile de dire que le Bibendum a beaucoup gonflé mais ce constat est assez proche de celui évoqué par certains pilotes Michelin dont Andrea Dovizioso (Honda) et Jorge Lorenzo (Yamaha) en parlant des ingénieurs censés travailler à de meilleures gommes. D'autant plus que le vent du boulet semble tourner pour Michelin. Jean-Philippe Weber, son directeur compétition, s'est d'abord retrouvé tout étonné de voir la nouvelle RC212V attribuée au team Gresini et à Shinya Nakano, à Brno, alors qu'il s'attendait à ce que celle-ci soit testée par Dovizioso. "Certes, Gresini et le HRC sont très liés depuis des années mais objectivement, au regard de notre partenariat avec Honda, c'est à Andrea Dovizioso que cette moto aurait dû revenir", avait-il d'ailleurs déclaré.
Dans cette décision d'Honda se cachait en fait la volonté de tester le bouilleur 2008 avec des Bridgestone avec la perspective de faire passer l'écurie officielle de son garage sous la bannière japonaise en 2009. Info ou intox ? La première solution serait la plus crédible car de nouveaux éléments pointent en faveur du virage stratégique intenté par le blason ailé. Par l'intermédiaire de son grand patron, Masumi Hamane, le HRC va demander des Bridgestone pour la prochaine saison. "Notre problème actuel réside dans les pneus. En tant qu'ingénieur, je ne comprends pas comment on peut être en difficulté trois fois de suite. Nous demanderons des Bridgestone pour nos pilotes officiels et si Bridgestone n'est pas certain de pouvoir nous fournir leurs pneus, ce sera à nous de les convaincre", a-t-il d'ailleurs déclaré au magazine espagnol Solo Moto.
La question du manufacturier unique
Car si les résultats de début de saison avait quelque peu rassuré Jean-Philippe Weber, directeur compétition de Michelin, et ses hommes, la tension est montée avec les grands prix de Grande-Bretagne et d'Allemagne où Bridgestone a survolé les débâts. Une méforme que l'on peut cependant tempérer par le fait que le boudin unique, en Formule 1, réussit traditionnellement à dominer son adversaire historique lorsque la météo se déchaîne. Mais Laguna Seca et surtout la déroute de Brno, où l'on a vu les seconds couteaux comme les Kawasaki et les Suzuki officielles tenir un niveau de performance jusque là jamais vu, ont vite fait sonner l'alarme.
Valentino Rossi, qui ne jure que par les pneumatiques pour expliquer son bon ou mauvais feeling avec la M1, n'y allait pas par quatre chemins. "La différence actuelle entre les pilotes est embarrassante. Après peu de tours (à Brno), nous avions beaucoup d'avance, Stoner et moi. Après mon début de saison, il était facile de dire que je m'étais trompé. Mais je savais que j'avais fait le bon choix. En 2007, j'avais assisté à certaines choses qui me l'avaient fait comprendre", avait alors déclaré "Le Docteur" après son succès aisé en république tchèque avant d'ajouter. "Pour le spectacle en revanche, mieux vaudrait un seul manufacturier et si c'était Michelin, je serais préoccupé par les gommes qu'ils me donneraient".
Parole franche pour celui qui, il ne faut pas l'oublier, avait fermement décidé changé de manufacturier la saison passée, à l'orée du sprint final. Même chose pour son coéquipier Jorge Lorenzo qui a joué la carte de l'ironie. "Michelin avait dit qu'ils se donneraient les moyens de combler leur handicap. Ben, s'ils l'ont fait, je ne l'ai pas encore remarqué", déclarait le Majorquin dans la presse espagnole. Toutes ces défections envisagées posent ainsi le problème du manufacturier unique, ce que la Dorna s'était jusqu'à ce jour refusée à faire. Mais une réunion de la commission de sécurité, où siègent cinq pilotes, ont évoqué cette solution. Tous ces évènements et ces déclarations pourraient ainsi sonner le glas du manufacturier français, qui serait alors absent de toute compétition majeure en sports mécaniques.



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