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Natation - Ch. d'Europe Budapest

29/06/2010 - 19:33 - Mis à jour le 05/08/2010 - 11:50

Muffat : "L'or sur 200 4 nages"


Camille Muffat a montré lors de l'Open de Paris qu'elle était en forme. La nageuse de Nice, qui a amélioré ses records personnels sur 200m et 400m, nous a accordé un long entretien. Dans la seconde partie, la Française évoque l'Euro de Budapest et sa collaboration avec son coach, Fabrice Pellerin.

CAMILLE MUFFAT, vous vous entraînez à Nice avec Fabrice Pellerin depuis de nombreuses années. Comment se passe votre collaboration ?

C.M. : C'est vrai qu'avant lui, j'étais dans les groupes de jeunes. Je suis arrivée avec Fabrice à 12 ans et demi, lors de ma première année minimes. Depuis, je m'entraîne avec lui. Ça se passe plutôt bien, même s'il y a eu, parfois, des hauts et des bas découlant de mes performances. Cette année est très bonne pour moi, c'est même la meilleure de ma carrière, et le fait que je m'entraîne comme il faut fait que ça se passe très bien avec Fabrice.

Dans le film que l'antenne d'Eurosport avait diffusé après les championnats de France de St-Raphaël, on avait vu qu’il pouvait être assez dur avec ces nageurs. Qu’en est-il vraiment ? 

C.M. : Quand on a fait quelque chose de mauvais, il faut nous remettre sur la bonne voie. Sur ça, il est dur, c'est vrai. Mais sans ça, on ne pourrait pas progresser. Il est dur quand il faut. Après sur le film d'Eurosport, quand on le voit s'énerver, c'est aussi parce qu'il y a la caméra et qu'il veut peut-être montrer ce côté-là de lui. Car c'est vrai qu'on ne le voit pas forcément comme ça. Quand il m'a "engueulée", je sais pourquoi il l'a fait. Je l'ai très bien pris. Avec Yannick (Agnel), il a été dur aussi. Mais on sait que c'est pour notre bien. Il n'y a pas de souci.

Concernant sa méthode d'entraînement, il a tendance à privilégier le qualitatif, avec un kilométrage plus réduit. C'est quelque chose qui vous convient ?

C.M. : Oui, mais en même temps, c'est la seule que je connais pour l'instant. Mais en discutant avec d'autres nageuses, qui me parlent de leur entraînement, je me rends compte que ce que me propose Fabrice me convient vraiment. Il y a aussi un état d'esprit. Quand on se rend compte que chaque mètre fait à l'entraînement est important. Après, ça n'empêche pas de nager beaucoup. On a besoin de faire un kilométrage élevé quand même parce qu'il en faut aussi. Quand on nage beaucoup, il n'y a rien d'inutile.

Evoquons à présent les Championnats d'Europe de Budapest, qui auront lieu en août (du 9 au 15). En Hongrie, vous nagerez le 200m 4 nages, le 200m et le 400m et le 200m. La première évoquée est clairement votre priorité ?

C.M. : Dans l'ordre, c'est vrai que c'est ma première course individuelle. Je crois que c'est le mercredi. Ce qui est bien, c'est que je n'ai aucune course qui se chevauche puisque le 200m a lieu deux jours après et le 400m le dernier jour. Le 200m 4 nages, c'est ma spécialité. C'est un peu ma course de toujours, dans laquelle je n'aime pas me faire battre. Surtout que cette année, je possède le meilleur temps européen (NDLR : 2'10"48). Après, je ne peux pas dire que je n'ai pas envie de gagner. Si je ne gagne pas, je serais forcément déçue. Mais je sais aussi qu'il y a des filles qui sont très proches de moi et qui ont déjà nagé bien plus que moi dans le passé. Je sais que je ne risque pas de gagner facilement. Je dois donc continuer de m'entraîner jusqu'à cette échéance.

Cela signifie-t-il que vous ne disputerez par le relais 4x100m qui a lieu le premier jour ?

C.M. : Justement, on a eu une réunion ce mardi à ce sujet, avec la DTN, tous les nageurs et tous les entraîneurs. Ce n'est pas encore vraiment sûr, mais pour les relais, la fédération a dit qu'elle ferait au mieux, au plus performant. Je nagerais peut-être le 4x100m. On verra mais c'est moi qui déciderai si je veux bien le faire. Je me dis quand même que ça m'aidera pour le 200m 4 nages. Et puis, les autres nageuses m'ont rappelé que je suis la Française qui a été la plus rapide sur 100m cette saison, donc cela serait bénéfique à l'équipe. Ça me permettrait aussi de rentrer dans la compétition plus tôt. Donc ça ne serait pas une mauvaise chose. On va voir ça, mais ce n'est pas impossible.

Sur le 200m 4 nages, la concurrence sera essentiellement locale, avec les Hongroises Katinka Hosszu, qui possède le record d'Europe, et Evelyn Verraszto...

C.M. : Ce sont surtout ces deux-là que je devrais surveiller, c'est clair. J'ai déjà fait quelques compétitions importantes en Hongrie : mes premiers Euros juniors où j'avais gagné, c'était Budapest, des Euros toutes catégories, c'était là-bas aussi. Et à chaque fois, on se rend compte que le public hongrois est très connaisseur. Quand il y a un Hongrois dans le bassin, c'est la folie. Et le fait de nager chez elles va les aider, c'est sûr. Mais ce sont des filles qui ont le même âge que moi. Je les vois depuis les Euros juniors. Je les connais un petit peu. Hosszu s'entraîne avec mon partenaire de club Clément Lefert à USC (University of Southern California). Depuis qu'elle est là-bas, elle a pas mal progressé. L'an dernier, à Rome, elle a fait de supers temps et des supers résultats (NDLR : 3e du 200m 4 nages et 1re du 400m 4 nages). C'est celle qui pourrait nager très vite. Verraszto est un ton en dessous je pense.

L'Américaine Ariana Kukors est la recordwoman du monde de la distance. Cette année, vous l'aviez rencontrée à Canet. Que vous manque-t-il pour atteindre son niveau ?

C.M. : C'est vrai que l'année dernière, avec son 2'06"15, il y avait un monde qui nous séparait. Le record du monde était descendu de plus de trois secondes en quelques mois. Après Rome, je m'étais dit : "waouh, qu'est-ce qui se passe là ? Est-ce que ça va trop vite pour moi ?". Et puis, cette saison, finalement, avec le retour au tissu, on se rend compte que certaines filles sont bien loin de leurs temps en combinaison et que je me rapproche. Je ne suis vraiment pas loin. A Canet, Kukors m'avait battue avec un petit 2'11", un temps que j'ai refait ce week-end. Après, je pense qu'elle est plus forte que moi sur certaines nages, sur des points techniques comme les virages où les Américains sont très bons. Moi, sur ces détails, je suis à la rue. Il y a pas mal de choses à améliorer. Mais je ne pense vraiment pas qu'elle soit intouchable.

Concernant le crawl, Federica Pellegrini sera la grande favorite sur 200m et 400m. La connaissez-vous ?

C.M. : Elle fait très peu de sorties hors de l'Italie dans l'année. Sur les Mare Nostrum, on ne la voit jamais. Je la connais très peu finalement. Sur ces deux distances, elle semble intouchable, surtout sur le 200m. Mais, avec les temps que j'ai faits récemment, je me dis qu'une finale sur 200m et 400m est plus qu'envisageable. A un niveau européen, en grain bain, ça serait une première pour moi. J'en ai envie. Et puis, vu les rankings du moment, je me dis pourquoi pas accrocher un podium. Mes temps me permettent d'y croire.

Fabrice Pellerin estimait début juin que vous êtiez "encore en phase d'apprentissage" sur le crawl. Le discours a changé ?

C.M. : C'est vrai qu'il a dit ça. Sur ces deux distances, notamment sur le 400m, il y a beaucoup de nageuses, dont les Anglaises, Coralie (Balmy). Il suffit de quelques petites erreurs pour être sortie du podium. Sur le 200m, même si j'ai le 2e temps européen (NDLR : 1'56"92), derrière moi, il y a la Néerlandaise qui n'est qu'à trois dixièmes (NDLR : Femke Heemskerk, 1'57"27). Il y en aura pas mal d'autres qui nageront vite. Donc, je ne préfère pas envisager immédiatement un podium. C'est allé vite cette année, et je ne pensais pas être à ce niveau à cette période de la saison. Je vais prendre ces deux courses comme ça vient, faire ce que je sais faire et on verra bien si le podium est accessible. Si je décroche l'or sur le 200m 4 nages, ça sera génial. Alors s'il y a une médaille sur les deux autres épreuves, je n'imagine même pas...

Quel est votre programme avant de partir pour Budapest ?

C.M. : Nous sommes actuellement en mini-stage avec l'équipe de France jusqu'à ce mercredi, à l'INSEP. Après ça, je rentre à Nice pour m'entraîner jusqu'au 29 juillet. Puis, je pars à Mulhouse pour le regroupement final avec l'équipe de France. On y reste une semaine puis direction Budapest.

Eurosport - Propos recueillis par François-Xavier RALLET
 
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