Eurosport
Triple couronne pour Killy
Par
Publié 09/02/2006 à 11:00 GMT+1
Chaque jour, découvrez les dix plus grands moments de l'histoire des Jeux Olympiques d'hiver. A la deuxième place, Jean-Claude Killy, roi de Grenoble. En 1968, le plus grand skieur français de l'histoire réussit le Grand Chelem, au terme d'un slalom sulfu
Eurosport
Crédit: Eurosport
Sous les pavés, la neige. Et l'or. Trois mois avant les émeutes de mai, le mois de février 1968 fut lui aussi le cadre d'une révolution, celle imposée au Cirque blanc par un champion de 25 ans au sommet de son expression, maitrisant tous les éléments et tous les évènements. Les Jeux de Grenoble furent le théâtre de la rencontre entre un champion et son destin glorieux. Encore fallait-il ne pas le rater. Ce n'était pas le style de Jean-Claude Killy. Douze ans après Toni Sailer, le Français devint le deuxième skieur à remporter les trois épreuves au programme olympique.
Killy était pourtant attendu au tournant pour ces Jeux à domicile. Et pour cause. Depuis trois ans, le natif de Saint-Cloud, dont Val d'Isère était la patrie d'adoption, a tout gagné. Aucune grande classique ne lui échappe. Aux Mondiaux de 1966, à Portillo, au Chili, il a décroché deux titres, avant d'enlever la première Coupe du monde de l'histoire. Techniquement au-dessus du lot, doté d'un mental sans faille, Killy est un skieur hors-normes, dont la supériorité ne demande qu'à être confirmée sur la scène olympique.
Duel face à Périllat
Pour se préparer, le Français n'a suivi qu'une méthode. La sienne. Contre toute attente, au lieu de multiplier les entraînements à mesure que l'échéance approche, comme le souhaiterait l'encadrement de l'équipe de France, Jean-Claude Killy choisit de s'isoler quelques jours sur les conseils de Toni Sailer en personne, afin d'évacuer une pression de plus en plus terrible. Une décision qui s'avérera salutaire. Au coup d'envoi des J.O., Killy apparait serein et frais, aussi bien sur le plan physique que dans sa tête. Sailer avait raison. L'Autriche n'apprécie guère que son idole prête main forte à un concurrent de la Wunderteam. Mais Sailer s'en moque. Le talent n'a ni nationalité ni frontière.
Le skieur de Val d'Isère débute sa moisson lors de l'épreuve reine, la descente, malgré la course extraordinaire de Guy Périllat et un fartage abimé à l'entraînement. Killy prend tous les risques pour s'imposer avec huit petits centièmes d'avance. Dans le mur de l'Optraken, partie la plus pentue du tracé de Chamrousse, il a été chronométré à la vitesse surréaliste pour l'époque de 139 km/h, décollant sur plus d'une quarantaine de mètres. Il fallait ça, car le pas de piste de Périllat s'est avéré exceptionnel. Mais l'or revient bel et bien à Killy. Libéré par ce premier sacre, il va désormais dérouler.
"J'ai skié peinard"
Son véritable chef d'oeuvre, c'est probablement lors du géant que JCK le réalise. C'est dans cette épreuve que son génie s'exprime le mieux. Il s'y révéla à seulement 17 ans, en remportant un géant international en troisième série. Nécessitant à la fois fougue et retenu, la discipline lui sied à merveille. Lors de la course olympique, il est écoeurant. Adresse, vitesse, contrôle, précision, agressivité, Killy sort toute sa panoplie. Le résultat est sans appel pour ses rivaux: Lors de la première manche, il relègue ses principaux adversaires, comme Favre et Messner, à près de deux secondes. Un gouffre. L'affaire est déjà entendue. Le second tracé s'apparente à une simple formalité. "J'ai skié peinard", sourit Killy, sans arrogance.
Il ne lui reste donc plus qu'une marche à gravir pour rejoindre Sailer: le slalom. Pas la plus simple, car la concurrence est plus rude cette fois. Vexés d'être ainsi dominés par un Français, les Autrichiens veulent leur revanche. Ce samedi 17 février, Chamrousse est perdu dans un brouillard si épais que l'on y voit pas à deux mètres. Mais Killy est béni des dieux. Proftant d'une brève éclaircie, le Français signe le meilleur temps de la première manche. Mais avec 14 concurrents en 69 centièmes, cet avantage reste tout relatif. Pour preuve, le Norvégien Haakon Mjoen, 10e de la première manche, réussit un second parcours canon et prend la tête. Les rêves de triplé de Killy semblent s'envoler.
Sulfureux slalom
Vient ensuite le tour de Karl Schranz, l'immense champion autrichien, toujours en quête de sa première médaille d'or. Stupeur. Personne ne le voit arriver. En fait, il s'est arrêté à hauteur de la 20e porte, soit au tiers du parcours environ. Motif? Schranz affirme qu'il a été gêné par un chasseur qui a traversé la piste dans le brouillard. Sur les conseils de son compatriote Egon Zimmermann, champion olympique de descente en 1964, qui filme la course à cet endroit, il demande et obtient de recourir. Le règlement prévoit ce cas de figure. Mais le jury se réserve le droit, a posteriori, d'annuler ce deuxième passage. Schranz s'élance donc à nouveau et prend la deuxième place... puis la première. Après visionnage de la course, il s'avère que Mjoen a enfourché. Il est disqualifié. Schranz est donc champion olympique.
Mais son bonheur ne dure que quelques heures. A 19 h 40, le verdict tombe. Définitif. Par trois voix contre une et une abstention, le jury a tranché : Schranz avait raté deux portes pour avoir suivi une mauvaise trace avant d'être gêné et il reste disqualifié. C'est donc Jean-Claude Killy qui est déclaré vainqueur. Il tient sa troisième médaille d'or. La presse autrichienne se déchaine. "Schranz volé, le scandale des scandales", titre Volksblatt. Plus de trente ans après, l'incident demeure l'un des plus célèbres de l'histoire des Jeux d'hiver. Mais il n'a heureusement pas éclipsé le formidable exploit de Killy.
Publicité
Publicité