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Tennis - ATP Lyon

25/10/2008 - 08:45

Simon: "Je me sens prêt à gagner"


Gilles Simon, le tout nouveau numéro 1 français, toujours en lice à Lyon et plus que jamais en course pour les Masters de Shanghai, revient pour nous sur les différentes étapes de sa "métamorphose". En toute franchise...

Gilles SIMON, vous avez véritablement changé de catégorie cette saison. Avez-vous ressenti un déclic?

G.S. : "Je ne peux pas parler de déclic. En fait, il y a eu cette belle victoire à Indianapolis (en juillet, ndlr) en allant chercher les matches. Je ne m'étais pas beaucoup entraîné depuis Wimbledon, j'avais tapé la balle seulement deux jours avant le début du tournoi. Je n'avais aucune pression. J'ai fait des matches nuls et malgré tout, je l'ai emporté (rires)."

C'est à partir de ce moment-là que vous avez constaté une petite différence...

G.S. : "En y regardant de plus près, je peux retenir trois moments importants sur la route de cette construction. Le premier a été Indianapolis, véritablement: ça m'a inspiré. Le deuxième a été de jouer Federer. Avant, lorsque je gagnais un tournoi, je perdais juste derrière. Là, je gagne Indianapolis et tout de suite après, je joue Federer, qui était alors numéro 1, à Toronto. Il est en pleine confiance, il fait une entame de match à 100 à l'heure. Pourtant, au fur et à mesure, je sens qu'il y a un coup à jouer. J'ai gagné sans avoir peur, sans ressentir de tension, vraiment. Mon bras n'a pas tremblé."

"Une fois cette étape franchie, je me suis dit: « Tu peux battre Federer, le numéro 1, tu es donc capable de battre tous les autres, puisqu'ils sont moins bien classés que lui ». Avant, j'avais déjà battu Davydenko, qui était numéro 4 à l'époque (à Umag et New Haven en 2007, ndlr). J'avais alors la même logique: je me disais que je pouvais battre ses poursuivants. Mais il restait une sorte de blocage inconscient au niveau des trois premiers. Et puis, je bats Djokovic à l'Open 13 (en février 2008, ndlr). Et déjà, un verrou saute en quelque sorte. Puis Federer. Et je suis sûr d'une chose: si je n'avais pas battu Federer, je n'aurais pas battu Nadal par la suite. Et le fait d'avoir dominé les trois premiers mondiaux, ça rassure et ça m'aide lorsque je me retrouve dans une situation délicate."

Le plus difficile était de confirmer après cet exploit. Ce que vous avez fait...

G.S. : "Après avoir battu Federer, je ne voulais absolument pas perdre, je voulais confirmer. Et j'ai continué jusqu'en demies (défaite face à Kiefer NDLR). Et c'est là le troisième élément déclencheur de mon évolution:pour la première fois, j'ai été capable d'enchaîner deux tournois. Mais ce n'est pas parce que j'ai battu le numéro 1 que je suis meilleur que lui, loin de là.Il est très très loin devant moi. Mais si je suis capable de le faire une fois, je sais que je peux le refaire. Ce n'est pas sûr à 100%, bien évidemment."

"Même s'il n'y a que 10% de chances de recommencer, j'irai à fond à chaque fois. Certains disent que j'ai le « melon » quand je dis que je veux gagner. Mais ce n'est pas arrogant de dire « Je veux gagner ». Contre Federer, Nadal ou tout autre joueur. Si je vais sur le court en me disant que je n'ai aucune chance, ce n'est pas la peine d'y aller. Je ne vais pas rentrer sur le terrain en me disant: « Super, je vais pouvoir taper la balle avec Federer! » (rires)

Il faut aussi surmonter la pression, la fatigue, après de tels résultats...

G.S. : "J'ai réussi à me prouver que même en étant fatigué au moment d'entrer sur le court, j'arrive à m'en sortir. Je mets plus de temps à trouver le rythme, à rentrer dans la partie, mais je m'en sors. Face à Andreev (1er tour du tournoi de Madrid, ndlr), je n'en mets pas une. Et pourtant, à la bagarre, je vais au bout. Contre Ginepri (au 3e tour, ndlr), je prends très peu de plaisir, mais ça passe aussi. Je suis parvenu à vaincre la frustration inhérente à ce genre de situation: je suis fatigué, je ne sens rien, mais je tiens..."

"Quand je me fais breaker contre Karlovic (en 1/4 de finale, ndlr), surtout en début de match, « normalement » je dois perdre le set (rires). Cette idée me traverse l'esprit mais j'arrache la première manche au tie-break... Un jour, Thierry Tulasne, mon entraîneur, m'a dit: « Il faut que tu arrives à prendre du plaisir quand tu souffres, quand tu as mal ».

Et vous y parvenez?

G.S. : "Avant de rentrer sur le terrain pour mon match contre Nadal (demi-finale, ndlr), je suis déjà fatigué, ce qui n'est pas vraiment l'idéal pour jouer contre lui. Et pourtant, je me libère,je prends du plaisir, je fais des points gagnants. J'étais« mort » mais je prenais tellement de plaisir... Et si j'ai gagné ce match, c'est parce que j'avais battu Federer à Toronto. C'est toujours la même logique. Parce que même si j'étais crevé, dans l'intention, j'étais présent."

"Pourtant, toutes sortes d'idées négatives viennent en tête dans ces moments-là: en débutant le match, je suis sur les rotules, au bout de trois échanges, j'ai l'impression que mon coeur va sortir de mon corps, je me dis qu'il me sera impossible de tenir. Il faut arriver à chasser le négatif pour ne penser qu'au positif. Personne n'est une machine, même Nadal.Je peux être mal physiquement, mal mentalement, mais j'essaie d'oublier, de rentrer dans un autre état. Maintenant, je me sens prêt à gagner et je sais que si je dois perdre un match d'ici la fin de la saison, ce ne sera pas faute d'y avoir cru."

Eurosport - Propos recueillis à Lyon par Julien GIOVANELLA
 
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