Simon: "Nadal m'a inspiré"

Eurosport sur Google

Gilles Simon revient sur le travail accompli avec Thierry Tulasne, son entraineur, et évoque le modèle que représente Rafael Nadal pour lui : "Souvent en le voyant faire, je me suis dit que c'était un monstre prêt à tout pour gagner". 3e volet d'une inter

Eurosport

Crédit: Eurosport

Vous devez votre belle progression à vous-même, bien sûr, mais aussi au travail que vous faites avec Thierry Tulasne. On imagine qu"il a partagé avec vous ces moments forts de Madrid…
GILLES SIMON : "Oui, comme je l'ai dit, et je l'ai d'ailleurs remercié sur le court, je pense qu'on a fait du super bon boulot ces deux dernières années. Quand j'ai décidé de travailler avec Thierry, j'ai senti que c'était lui qui pouvait m'apporter les derniers éléments pour continuer de progresser. Et ça se passe très bien. Il arrive vraiment à me mettre en confiance avant les matches. Je pense que c'est ce qui fait la différence pour les dernières marches du classement."
"Le fait d'arriver en étant conquérant, en étant guerrier, en n'étant pas battu d'avance, même si on joue des joueurs très forts. On a souvent tendance à être impressionné et c'est normal. Mais au niveau des émotions, Thierry arrive assez bien à ressentir ce que je ressens et il arrive aussi bien à me faire sentir ce qu'il faut que j'arrive à garder, ce qu'il faut que j'arrive à oublier. Car tout se joue à 60-70 % au mental sur ces matches là, voire même à 80-90 % quand on voit les fins de matches qu'il y a eu à Madrid. On se rend compte que c'est hyper important d'arriver dans de bonnes dispositions."
Thierry Tulasne a la réputation d'être un entraîneur exigeant, alors que l'on a souvent dit que vous n'aimiez pas trop travailler le physique…
GILLES SIMON : "Moi je trouve que pour un joueur qui était soi-disant fragile, j'ai souvent été fort physiquement ! C'est plutôt à l'entraînement que j'avais du mal à travailler. Je suis vraiment un « matcheur » dans l'âme. J'aime jouer des points et, au début, faire des gammes n'était clairement pas mon truc. Je jouais énormément de matches à cette période là, j'étais beaucoup moins rigoureux à l'entraînement. Mais c'est comme tout, ça évolue."
"Il y en a pour qui ça marche dans l'autre sens : c'était des pros de l'entraînement et pas forcément des compétiteurs et ils se sont découvert des qualités de « matcheurs » et de gagneurs aussi. On a tous un domaine où l'on est un peu plus faible à un moment donné, où l'on a moins envie. C'est pareil pour tous les joueurs. Il n'y a peut-être que Nadal qui adore jouer des matches et s'entraîner, mais sinon on a tous des choses que l'on préfère faire à d'autres."
"Avec Thierry, on a beaucoup mis l'accent là-dessus, sur ce que j'aimais le moins faire (rires). Aujourd'hui, on voit bien que physiquement, je suis capable de tenir la distance. Et moi ce que je me suis prouvé, c'est qu'au-delà du fait d'avoir été capable de jouer un Rafael Nadal pendant trois heures et demi, le lendemain, même fatigué, même avec de moins bonnes sensations, j'ai été capable de faire quasiment jeu égal avec Andy Murray. Et même s'il a été plus fort sur l'ensemble du match et qu'il méritait sa victoire, j'ai eu des occasions de revenir à un set partout. Ça me prouve que même fatigué, il y a toujours d'autres moyens de gagner sur un terrain."
Vous êtes-vous surpris au cours de cette semaine madrilène ou est-ce la suite logique du travail accompli depuis des mois ?
GILLES SIMON : "C'est vraiment une continuité. Ça fait un moment que je m'applique. En plus, c'est vraiment lui rendre hommage que d'avoir fait un super match face à Nadal parce que c'est vraiment le joueur qui m'inspire le plus au niveau de l'attitude. Il y a des tonnes de matches que j'ai regardés, avec des situations où n'importe quel joueur aurait lâché, aurait pris un coup derrière la tête. Lui, il rebondit de sa chaise, il part en sprintant sur sa ligne de fond comme si de rien n'était. Souvent en le voyant faire, je me suis dit que c'était un monstre prêt à tout pour gagner.
C'est un joueur dont je me suis beaucoup inspiré. Quand j'ai été mené contre lui, quand j'ai perdu le premier set sévèrement (6-3), où il était clairement au-dessus, quand au début du deuxième, j'avais très peu d'occasions et que j'étais malmené sur mes mises en jeu, je me suis dit : « Continue de te battre, donne tout ce que tu as, bats toi. » Je me suis dit ça sur ce match là, mais aussi sur ceux d'avant."
"S'il y a une chose que j'ai bien compris cette saison, c'est qu'en gagnant des matches à l'arrachée, souvent, on pouvait aller très loin dans un tournoi. Ce qui m'a fait prendre conscience de ça, ce sont ces joueurs là. Souvent des Federer, des Nadal, qui ne jouent pas forcément bien au premier tour, qui sont souvent malmenés contre des soi-disant inconnus, finissent par gagner et par jouer leur meilleur niveau en fin de semaine. Alors maintenant, je me dis : « Sur chaque match, tant que tu as les moyens de passer, bien jouer n'est pas forcément le plus important. Le plus important c'est de passer, parce qu'après, les sensations reviennent forcément à un moment."
A force de sauver des balles de match, comme ce fut votre cas la semaine dernière, ne finit-on pas par se sentir presque invincible ?
GILLES SIMON : "Non, je ne me sentais pas invincible, parce que malgré le courage et l'envie, ce n'était pas vraiment ça au niveau des sensations pendant le tournoi. Je suis vraiment retombé dans mes travers. Je jouais loin derrière ma ligne, j'avais du mal à être offensif, j'avais du mal à abréger les échanges. J'ai été obligé de gagner comme ça, à la bagarre, au mental, en deux heures ou deux heures et demie de match à chaque fois. Il m'était impossible de produire mieux sur le terrain. Ça a été frustrant pendant une bonne partie du tournoi. Et contre Nadal au premier set, c'était encore ça. Des coups retenus alors qu'il n'y a pas de raison de les retenir lorsque l'on joue un joueur de la classe de Nadal. Et il y a eu un déclic dans ce match là."
"A un moment, quand j'ai sauvé ma mise en jeu au deuxième set, à 2-1, je me suis dit : « Vas-y, sinon tu vas prendre 3 et 3 en jouant comme ça, si tu retiens tes coups. Quitte à prendre 3 et 3, joue, fais toi plaisir. Frappe la balle, tente de le mettre à deux mètres comme tu l'avais fait pendant un set en Australie. » Ce qui a été formidable pour moi durant ce match, c'est que les bonnes sensations sont revenues, en jouant vers l'avant, des points gagnants. J'ai pris énormément de plaisir dans le jeu, dans le fait de tenter des points gagnants, de faire de longs échanges. Mais j'ai pris énormément de plaisir aussi dans la bagarre, au physique, au mental."
"C'est pour cela que ça a été certainement mon meilleur match de la saison, pas forcément en qualité de jeu, mais tout a été réuni dans ce match. Je suis passé par le moment où je n'étais pas bien en début de match, un peu timide, et par le moment où je me suis libéré, où il y a eu de la bagarre physique et mentale. A l'arrivée, je gagne ce match au physique et au mental face au joueur qui est le plus physique et le plus mental de la planète tennis ! C'est pour ça que ce match contre Nadal est la plus belle victoire de ma carrière."
Rejoignez Plus de 2M d'utilisateurs sur l'app
Restez connecté aux dernières infos, résultats et suivez le sport en direct
Télécharger
Partager cet article
Publicité
Publicité