L'enfer, c’est la défaite

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Les Français sont prévenus, l’ambiance sera chaude dans la Belgrade Arena. Bouillante ou infernale ? Si les Français se sont préparés au pire, tout porte à croire que l’accueil ne sera pas dantesque. Les Serbes sont "excités" à l’idée de jouer, mais le véritable enfer sera de perdre une finale.

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"Somptueuse, magnifique, superbe, immense !", c’est en ces termes que Guy Forget a découvert mardi l’enceinte qui accueillera la finale de la Coupe Davis  dès vendredi. Nous sommes loin de "l’enfer" que le capitaine promettait à ces joueurs dès les résultats des demi-finales connus.  Depuis, Guy Forget n’est pas seulement tombé sous le charme de la Belgrade Arena, il a compris qu’il fallait préparer ses joueurs à la rude ambiance des supporters serbes sans focaliser toutes les énergies sur le sujet.  Le capitaine s’est mis en retrait pour laisser passer d’autres messages, ceux de Claude Onesta par exemple, ou même celui du RAID, et revenir à une gestion moins polémique et plus technique de la rencontre.Dans un premier temps, le contexte de la finale n’inspirait guère de la sérénité : Match de football arrêté à cause de hooligans serbes, reprise du procès des meurtriers de Brice Taton. Le registre a heureusement changé. Côté serbe, on ne cache pas que ce sera "bouillant" comme l’annonce Novak Djokovic, qui rappelle que son jeune pays, traversé par un nationalisme vigoureux, vit les défis sportifs intensément. "Ici mon sang coule plus vite dans mes veines", dit le N.1 serbe sur le court de  "Beogradska Arena". "On a toujours bénéficié d'un soutien énorme ici. Cette fois il s'agit en plus d'une finale, la première pour la Serbie. On sent l'attente et l'excitation des gens, ça va être une des clés de ce match."Onesta : "Ne pas réagir aux provocations"Guy Forget, on vous l’a dit, n’est pas dans la surenchère : "Il y aura de l'ambiance, les spectateurs seront proches du terrain". Le boulot en amont a été fait. "Nous avons préféré nous préparer au pire, faire un tableau peut-être un peu trop sombre de ce qu'il peut se passer mais c'est mieux ainsi, disait-il à Saint-Cyprien. Les joueurs seront prévenus. Ils auront déjà en tête ce qu'il peut se passer." Il y a eu Claude Onesta, entraîneur de l’équipe de France de handball qui a fait mieux que survivre à la chaude réception des Croates à Zagreb en 2009, en finale des Championnats du monde.
"L'idée, c'était de leur dire bien évidemment de ne pas réagir aux provocations, de rester très sereins et très froids devant ces provocations, a précisé Onesta. Une fois qu'on le sait, on ne peut plus s'en plaindre. Il faut l'intégrer comme un élément de la performance. J'ai insisté sur le fait que, plus ils seraient capables de durer, d'être résistants, plus cette pression pouvait changer et basculer des épaules des Français aux épaules des Serbes." A quoi doivent-ils donc s’attendre exactement ? "à des comportements qui vont déborder du côté un peu feutré du tennis."
Llodra : "Ne pas tomber dans le panneau"Les joueurs ont été très attentifs et réceptifs à tous les messages envoyés. Llodra résumait l’état d’esprit du groupe : "Je ne me fais pas plus de souci que ça. Je sais qu’il y aura de l’ambiance, mais on a déjà joué dans des pays où c’est un peu chaud. On sait que ça va être pénible, qu’ils vont tout faire pour nous déstabiliser. Mais à un moment donné, quand, dans ta tête, tu es prêt mentalement et que tu sais que ça va se passer comme ça, tu l’as déjà joué ton match, finalement ! Tu sais qu’il ne faut pas tomber dans le panneau." Arnaud Clément se souvenait lui de crachats sur des voitures au Brésil mais ne s’attendait pas à des provocations particulières. Finalement, c’est le président de la FFT, Jean Gachassin, qui s’est montré le plus inquiet récemment. Sur L’Equipe TV, il a déclaré : "Monfils risque d'avoir des petits problèmes", soulignant l’éventualité d’insultes racistes déjà évoquées par le staff. Avant de poursuivre : "Nous avons demandé à l'ITF qu'il y un juge-arbitre qui ait du poids. Ce sera un point très important dans cette rencontre. Après chaque service, quand il va falloir servir la deuxième balle, il y aura des cris, des mouvements de foule pour essayer de faire une double-faute."Obradovic : "Tout s’est bien passé contre les Américains"En Serbie, on calme le jeu à tous les niveaux. Le capitaine Bogdan Obradovic nuance les problèmes de sécurité : "Cette question était, à mon avis, beaucoup plus à l'ordre du jour lorsque nous avons accueilli les Américains à Belgrade. Pourtant, même leur hymne national n'a pas été sifflé. En ce qui concerne les Français, nos deux peuples entretiennent une amitié à travers l'Histoire et je ne conçois pas qu'il y ait le moindre incident." Soutenu en cela par le président de la Fédération Slobodan Zivojinovic. Electrique, la rencontre risque donc de l’être, mais il n’y a aucune raison que cela dépasse le cadre strictement sportif. Forget le sait bien : "Le match sera-t-il un combat de chaque instant ? Oui, c'est le propre de la Coupe Davis." L’enfer, dans l‘univers clos et exceptionnel du sport, c’est le moment de la défaite, pas les autres.A SAVOIR : En chantier à partir de 1992, la "Beogradska Arena" n'a été inaugurée que treize ans plus tard, peu avant le Championnat d'Europe en basket 2005, à cause de la guerre qui a interrompu les travaux à plusieurs reprises. Depuis, c'est devenu une salle de spectacle très courue et le temple du sport serbe. L'année dernière, les basketteurs du Partizan Belgrade y ont accueilli le Panathinaïkos d'Athènes devant 22.567 spectateurs. Le record de la salle a été battu en juillet 2009 lors de la finale de Ligue mondiale de volley entre la Serbie et le Brésil, avec 22.680 spectateurs. Ce week-end, à cause d'un afflux important de médias et de VIP, la capacité de la salle à été réduite à 16.200 places officiellement, dont 1600 allouées aux Français. Trop peu sans doute pour enrayer la fureur de la Beogradsky.
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