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Finale de Coupe Davis - France-USA - 1991, l'année où un vent de folie a soufflé sur Lyon

1991, l'année où un vent de folie a soufflé sur Lyon

Le 23/09/2014 à 16:56Mis à jour Le 23/09/2014 à 16:58

Suite de nos rétrospectives sur les finales françaises en Coupe Davis de l'ère moderne avec l'épopée de 1991. Pour la deuxième fois en neuf ans, la France joue une finale. Après Grenoble, c'est à Lyon sur dur indoor que les Bleus accueillent les Etats-Unis. Yannick Noah est un capitaine qui guide l'équipe vers son premier Saladier depuis 1932.

  • LA FICHE DE LA FINALE

La France bat les Etats-Unis 3-1
29 novembre-1er décembre 1991 - Lyon - dur indoor

Andre Agassi (USA) bat Guy Forget (FRA) 6-7 (1/7), 6-2, 6-1, 6-2
Henri Leconte (FRA) bat Pete Sampras (USA) 6-4, 7-5, 6-4
Guy Forget/Henri Leconte (FRA) battent Ken Flach/Robert Seguso (USA) 6-1, 6-4, 4-6, 6-2
Guy Forget (FRA) bat Pete Sampras (USA) 7-6 (8/6), 3-6, 6-3, 6-4
Henri Leconte (FRA) - Andre Agassi (USA) non joué

  • LE CONTEXTE

Depuis la finale perdue en 1982, les Bleus tardent à revivre une épopée en Coupe Davis. Une demi-finale en 1983, perdue en Australie, et une autre en 1988 en Suède, également perdue, laissent les Tricolores sur leur faim. Les Français sont même passés par la case relégation en 1986. Ce n'est qu'en 1991 que le vent tourne. Après Eric Deblicker fin des années 80 et Patrice Dominguez en 1990, Yannick Noah reprend le rôle de capitaine. Un changement radical avec les saisons précédentes.

L'ancien numéro un français remet la préparation en cause et se sert de la défaite de 1982 pour bâtir sa victoire de 1991. La structure de l'équipe reste la même avec Henri Leconte et Guy Forget en leaders de l'équipe. Puis arrive Fabrice Santoro, qui connaît sa première sélection en quarts de finale face à l'Australie (victoire 3-2) et donne le point qualificatif face à Wally Masur lors du cinquième et dernier match. Un autre joueur fait aussi son apparition : Arnaud Boetsch, appelé en renfort en demi-finale contre la Yougoslavie (5-0) pour jouer en double avec Forget. Leconte, lui, est sur le flanc en raison d'une blessure au dos qui nécessite opération et rééducation.

Santoro, Noah, Forget, Boestch lors de la finale de Coupe Davis 1991

Santoro, Noah, Forget, Boestch lors de la finale de Coupe Davis 1991Panoramic

"Riton" reviendra pourtant pour jouer la finale à Lyon, poussé par son entourage et surtout Yannick Noah. Un retour improbable qui sera déterminant pour la suite. "Je ne devais pas participer à cette finale, raconte Leconte. Et puis, à Pau face à la Yougoslavie, Yannick me demande de me préparer pour jouer le double alors que j'étais loin de tout ça et un peu déprimé. Donc je pars à Tréboul au Centre de rééducation fonctionnelle avec Patrick Chamagne (aujourd'hui, manager de Gaël Monfils, NDLR) pour me remettre sur pied physiquement et travailler comme un fou pour être prêt à jouer ce match."

"Je suis revenu à Paris pour disputer le double avec Yannick qui était sur le circuit à l'époque (au Masters de Paris-Bercy, NDLR) et évaluer mon niveau. Nous perdons d'ailleurs en quarts de finale face à Flach et Seguso (6-7, 4-6) que nous retrouverons un mois plus tard. Mais je vais de mieux en mieux et lors du regroupement, je montre que je suis prêt. Je croyais dur comme fer à cette victoire. Je me sentais invincible. A tel point que je gagne ma sélection en simple, en plus du double, car Yannick croyait en moi et son pari a marché. Quand il m'a annoncé ma titularisation, je lui ai répondu: 'Oui, je sais, je suis prêt'."

  • LE DÉROULEMENT DE LA FINALE

Tenants du titre, les Etats-Unis arrivent à Lyon en terrain presque conquis. La star de l'équipe US, c'est Andre Agassi. Absent en début de campagne, c'est lui qui envoie les Américains en finale en remportant la rencontre décisive face à l'Allemagne de Michael Stich. A Lyon, le "Kid de Las Vegas" donne d'emblée l'avantage aux Américains en dominant Guy Forget en quatre sets lors du premier simple et lance idéalement un jeune de 20 ans qui fait sa première apparition dans la compétition : Pete Sampras.

Vainqueur de l'US Open l'an passé, le septième mondial de l'époque a gagné sa place dans cette rencontre aux dépens de Jim Courier, pourtant numéro deux mondial, grâce à une victoire en finale de la Masters Cup. Et en dépit de sa défaite face à Guy Forget en finale du Masters de Paris-Bercy un mois plus tôt. C'est lui l'homme en forme de cette fin de saison ATP. Mais le poids de cette finale sera finalement trop lourd pour le futur numéro un mondial, qui ne réussira pas ses débuts dans cette compétition si particulière qu'est la Coupe Davis.

1991 Coupe Davis Finale Etats-Unis Agassi Sampras

1991 Coupe Davis Finale Etats-Unis Agassi SamprasAFP

Il va d'abord se heurter à un premier mur nommé Henri Leconte. Remis sur pied et remonté comme un coucou, "Riton" va réaliser le match de sa carrière en surclassant l'Américain, incapable de lui prendre un set ce jour-là. Cette victoire immense, qui efface sa frustration d'avoir perdu une finale de Grand Chelem à Roland-Garros trois ans plus tôt, va complètement relancer l'équipe de France. Dans le sillon de son exploit de la veille et devant un public en effervescence, Leconte entraîne Forget avec lui pour dominer, lors du match de double, Flach et Seguso, pourtant la référence de l'époque dans cette spécialité.

Le dernier jour, Guy Forget donnera le point final aux Français face à un Pete Sampras complètement emporté par l'événement comme il l'avait été en finale de Paris-Bercy deux semaines auparavant. Andre Agassi, qui devait disputer le dernier match face à Leconte, n'aura pas la chance de pouvoir sauver les couleurs de son pays une deuxième fois de suite. Dans une salle en liesse, les Bleus décrochent leur septième Saladier d'Argent 59 ans après les Mousquetaires.

TENNIS COUPE DAVIS 1991 Sampras Gorman

TENNIS COUPE DAVIS 1991 Sampras GormanAFP

  • CE QUI A FAIT BASCULER LA RENCONTRE

Parole à l'un des héros improbables de cette finale, Henri Leconte : "Entre 1982 et 1991, c'est l'expérience et le jeu qui nous font gagner. Dans mon cas, j'étais d'abord un jeune gamin qui frappait toutes les balles à 200 km/h sans maîtriser ce que je faisais. En 1991, j'ai l'expérience, le recul, la maturité et la force mentale que je n'avais pas neuf plus tôt. Et puis aussi ce grain de folie qui m'a permis de me transcender pendant ma rencontre face à Pete Sampras. Il est vrai que Guy Forget était plus introverti que moi, ce qui donnait une équipe assez hétéroclite que l'on retrouve un peu aujourd'hui avec l'équipe actuelle. Il voit avoir des éléments qui amènent la folie pour gagner une finale. Il faut aller au-delà de ses préjugés et d'y croire tout le temps."

"Une grosse préparation était aussi le leitmotiv de Yannick, qui a été un leader exemplaire pendant le stage qui a eu lieu à Montreux, en Suisse, raconte Patrice Hagelauer, alors entraîneur de l'équipe. La défaite de 1982 lui a servi pour préparer celle de 1991. Il a axé ce stage sur la cohésion du groupe, qui a été mis à l'écart des sollicitations médiatiques pendant une semaine. Ce stage était très dur physiquement et mentalement. Cela nous inquiétait un peu au début, notamment pour Leconte arrivé au cours de la semaine. Mais cela s'est bien passé, pour lui comme pour Guy qui était aussi en confiance après sa victoire à Bercy." Et Leconte de terminer : "On y croyait dur comme fer. Dès le début. Il ne faut jamais se dire : "si jamais..." Il faut y aller en disant qu'il faut gagner.."

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