"Champions du monde"

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Il a fallu moins de dix ans à la Serbie pour se hisser au sommet du tennis mondial, dans le sillage de son exceptionnel leader Novak Djokovic. De la D2 au triomphe de Belgrade, récit d'une épopée extrêmement rapide, jusqu'à un niveau jamais atteint par l'ex-Yougoslavie.

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Crédit: Eurosport

La Serbie a réussi, dimanche, en gagnant la Coupe Davis, un exploit dont la grande Yougoslavie n'avait pu que rêver. C'est le couronnement d'une génération dorée, menée par un leader exceptionnel, Novak Djokovic. La Serbie s'est propulsée au sommet du tennis en à peine une décennie. "Champions du monde" de tennis... C'est ainsi que Janko Tipsarevic et ses partenaires se sont présentés après la victoire (3-2) contre l'équipe de France. Une vraie consécration. Avant cette année, la Serbie n'avait pas gagné une seule rencontre du groupe mondial.
Elle a longtemps navigué dans les divisions inférieures, jouant une devant deux spectateurs face à la Tunisie, comme l'a rappelé Tipsarevic ce week-end, perdant aussi contre le Luxembourg, en 2002, il y a huit ans seulement. "Nous avons connu l’envers du décor, sourit Djokovic, qui a intégré l'équipe en 2004, à seulement dix-sept ans. Nous avons dû jouer à l’étranger dans de mauvaises conditions, tandis qu’à domicile, certaines rencontres n’ont rassemblé que quelques centaines de spectateurs. Nous avons connu des rencontres jouées dans l’anonymat, et nous découvrons aujourd’hui l’autre face, avec cette finale et tout un pays derrière nous.""On se comprend..."
"Tout a commencé en 2007 lorsque nous avons rencontré l'Australie en barrage pour intégrer le groupe mondial", rappelle le N.3 mondial, qui a déjà réussi à remplir la principale place de Belgrade après son succès à Melbourne en 2008. "C'était déjà à la Belgrade Arena et même si, à cette époque, le tennis gagnait en popularité, nous ne savions pas à quoi nous attendre." Le feu, depuis, ne s'est plus jamais éteint. Dimanche, les Serbes ont triomphé pour la cinquième fois en cinq rencontres à l'Arena. Inaugurée dans sa version moderne en 2004, pour accueillir l'Euro de basket, elle est devenue le territoire de l'équipe serbe de Coupe Davis.
Mais une salle n'a jamais gagné un match et c'est bien grâce à ses joueurs que la Serbie peut brandir le poing aujourd'hui. Avec Tipsarevic, 26 ans et 49e mondial, Troicki, 24 ans et 30e mondial, et Djokovic, 23 ans, elle présente un effectif très solide encadré par le "grand frère" Nenad Zimonjic, 34 ans. "Nous nous connaissons depuis longtemps et sommes amis sur et en dehors du court. On partage beaucoup de choses, on se comprend, on se soutient. C'est certainement ce qui fait notre force", explique Djokovic qui a notamment été champion du monde juniors avec Troicki en 2004. Au-delà du niveau de jeu, c'est le caractère des Serbes qui a frappé les esprits à Belgrade. Comme en demi-finale contre la République tchèque, elle a remonté un déficit de deux victoires à un. L'explosion de joie n'en fut que plus jouissive, extatique même, alors que les joueurs se faisaient raser le crâne sur le court, comme ils l'avaient promis. "C'est énorme, énorme", murmurait Djokovic, qui a remporté ses huit simples, cette saison.
2007, date capitale
L'émergence ex nihilo de cette génération exceptionnelle, accompagnée par l'apparition chez les filles de Jelena Jankovic et Ana Ivanovic, a été une bénédiction du ciel. Elle a aussi permis d'améliorer l'image d'un pays ternie par les sanglants conflits des années 1990 dans l'ex-Yougoslavie. "Novak, Viktor, Janko, Nenad, Jelena et Ana ont fait plus que n'importe quel homme politique", affirme Nebojsa Viskovic, spécialiste du tennis serbe. "Le tennis commence à s'imposer depuis 2007, l’année où Jelena Jankovic, Ana Ivanovic, Janko Tipsarevic et moi-même avons fait notre apparition au sommet du circuit, raconte Djokovic. Cette année-là, j’ai disputé la finale à l’US Open comme Jelena Jankovic, et Ana Ivanovic a gagné le tournoi de Roland-Garros. Nous avons ensuite enregistré d’autres succès et nos compatriotes ont voulu en savoir plus sur nous et sur cette discipline, parce que le tennis ne fait partie des sports traditionnels dans notre pays."
Certains d'entre eux ont connu les entraînements dans une piscine vidée de son eau, les longs voyages en bus vers Budapest pour trouver un avion. Tous se sont formés et affirmés au niveau mondial sans bénéficier des facilités et des moyens d'une fédération exsangue. Aujourd'hui, ils espèrent que cela pourra changer mais les moyens restent limités et la relève est loin d'être assurée. Novak Djokovic, avec son père Srdjan, est aussi obligé d'assurer sur ce terrain-là, avec une académie qui devrait voir le jour en 2011.
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