Mathieu : ce qui a changé

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Si Paul-Henri Mathieu a remporté son duel de titans face à Isner, c'est parce que l'obsession de la victoire n'est plus là pour l'inhiber.

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Crédit: Eurosport

Il est arrivé dans la salle de conférence de presse comme il avait quitté le central. Sous les applaudissements. Moins d'une heure après sa folle victoire contre John Isner, Paul-Henri Mathieu a les traits tirés, mais il a la fatigue heureuse. Celle du vainqueur, tellement plus simple à digérer. Entre ces deux scènes, il a eu le temps de passer un seul coup de fil. Son destinataire? Nicolas Mahut. Sans doute la personne sur le circuit avec laquelle il a tissé les liens les plus étroits. Ce même Mahut qui, voilà deux ans à Wimbledon, avait lui aussi a disputé un match de fous, bien plus dingue encore, contre Isner. Mais il l'avait perdu, lui. "J'ai eu Nico, je lui ai dit 'je t'ai vengé'", confie PHM, tout sourire. Son pote ne lui avait pourtant pas été d'un précieux secours. "Je lui avais demandé un tuyau pour savoir notamment où Isner servait sur les balles de break. Il m'a répondu 'partout'. Il m'a bien aidé, quoi !"
Pour tout dire, c'est bon de voir Mathieu rire et sourire après une telle baston. Il les a si souvent perdues... Il y a dix ans, presque jour pour jour, celui qu'on n'appelait pas encore PHM s'inclinait en cinq sets face à Andre Agassi, sur ce même court central. Il avait vingt ans, tout l'avenir devant lui et ce revers frustrant face à la légende américaine semblait annoncer des lendemains qui chantent. Mais l'Alsacien a connu plus de frustrations que de satisfactions. Jusqu'à la descente aux enfers au cours de l'année 2011, année blanche passée à reconstruire son genou gauche meurtri. "Franchement, au début, j'étais déjà très heureux de rejouer sur ce court, explique-t-il. Ça faisait très longtemps que ça ne m'était pas arrivé. J'ai essayé de profiter du moment. Mais bien sûr, quand vous gagnez, c'est encore meilleur. Quand j'étais loin des courts, j'en avais rêvé. C'est pour vivre ça que je me suis battu. J'ai sans doute déjà joué mieux que ça mais, question émotions, je n'ai jamais rien vécu d'aussi fort."
"Même si j'avais perdu, j'aurais passé une journée fabuleuse"
On veut bien le croire. Une victoire 18-16 au cinquième après 5h41 de jeu, c'est tout sauf commun. Mais quand on revient d'aussi loin que lui, ça pend un relief plus particulier encore. "Est-ce que, avant ma blessure, j'aurais gagné ce match?, s'interroge-t-il. C'est difficile à dire. J'ai envie de répondre oui. Mais c'est certain que ma blessure m'a permis de prendre beaucoup plus de recul par rapport à tout ça. Je suis plus mature". Plus serein, aussi. Peut-être parce que le jeu en lui-même est devenu plus important que la victoire. "Même si j'avais perdu, j'aurais passé une journée fabuleuse. C'est fantastique d'avoir la chance de vivre ça. J'étais prêt à perdre", note-t-il, comme s'il avait fallu ce long tunnel pour qu'il en prenne vraiment conscience.
Même quand les balles de match s'accumulent et disparaissent les unes après les autres. "J'étais dégoûté sur les balles de match, reprend Mathieu. Il a vraiment très bien joué les balles de match. Il y en a une ou je manque un passing mais j'étais un peu loin pour le tirer et après 5h30 de jeu, ce n'est pas évident non plus de pousser sur les jambes. Dans ces circonstances, avant, j'avais tendance à me crisper. Ce n'est plus le cas. J'ai plus d'expérience." S'il l'a gagnée au mental, Mathieu est aussi allé chercher cette victoire au physique. C'est sur ce plan qu'il a vraiment sidéré son monde. Voilà un joueur qui n'a pas joué pendant quinze mois, dont le dernier match au meilleur des cinq sets remontait à l'US Open 2010, qui enchaine deux victoires en cinq sets.
Un orteil fracturé, deux ongles cassés
Sur les coups de 21 heures, chose impensable, il paraissait même plus frais que John Isner. "Si on m'avait dit ça, je ne l'aurais pas cru, admet-il. Je ne pensais pas être capable de tenir aussi longtemps. Bon, si on me demande de retourner sur le court pour jouer trois sets, je ne suis pas sûr d'en être capable. Je ne vais pas vous mentir et vous dire que je suis en super forme. Mais je ne suis pas sûr qu'il y a deux ou trois ans, j'aurais été plus frais." Une résistance d'autant plus sidérante que PHM a révélé jeudi soir qu'il s'était... fracturé un orteil, quatre jours avant Roland-Garros. "Je peux bien le dire, maintenant. Je me suis cogné dans un banc. Et là, après le match, je me suis cassé deux ongles, j’ai deux hématomes sur deux ongles d’orteil, à force de buter contre la chaussure. Mais ça va, j'ai connu pire dernièrement..." Ce n'est plus PHM, c'est Rambo et Robocop réunis.
Mais si quinze mois d'arrêt complet n'ont pas suffi à le stopper, qu'est-ce qui pourrait y arriver? Même John Isner et ses 41 aces n'ont pas suffi à le ramener à la raison. C'est la victoire du corps, du coeur et de la tête. En prenant, congé, il ne rêvait que d'une chose: "Aller diner. Et ça, ça va être bon". Les jambes sont lourdes et endolories. Mais il n'a jamais eu le pas aussi léger en quittant un stade. "Je ne sais vraiment pas comment je vais me sentir en me levant demain (vendredi). Mais bon, je ne vais pas me plaindre, non?" Non. Il y a sans doute eu des moments depuis un an et demi où les gens ont eu envie de le plaindre, le Paulo. Mais certainement pas maintenant...
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