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Mathieu, plus fort que le destin

Mathieu, plus fort que le destin
Par Eurosport

Le 28/05/2012 à 23:43

Blessé au genou gauche, Paul-Henri Mathieu a vécu des mois de galère, loin des courts. Il s'est battu pour revenir, comme il s'est battu lundi pour aller chercher une superbe victoire en cinq sets face à l'Allemand Bjorn Phau au premier tour de Roland-Garros. PHM a mis le feu au court numéro 2.

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Ce n'est pas une victoire. C'est un miracle. Celui d'un homme redevenu joueur de tennis, qui a retrouvé le chemin des courts pour l'amour du jeu. Paul-Henri Mathieu ne gagnera certainement pas Roland-Garros. Il ne sera même probablement jamais le joueur qu'il aurait pu devenir, ni le champion que Mats Wilander, son éphémère coach, pensait pouvoir faire émerger de ce bras si puissant, si talentueux. Mais ce qu'a vécu PHM lundi en fin de journée sur le court numéro 2 n'a pas de prix. Parce qu'il revient de tellement loin. Il n'a pas battu Nadal ou Federer. Juste Bjorn Phau. Mais quelque chose nous dit que, dans dix ou quinze ans, quand il se retournera sur cette carrière tellement sinusoïdale, ce pic là tiendra une place très particulière.

Entre novembre 2010 et janvier 2012, Mathieu n'a pas joué le moindre match. Quatorze mois d'abstinence forcée, la faute à une sale blessure au genou gauche. La galère, le doute, le ras-le-bol, il a tout connu. L'espoir, aussi. Celui d'un retour, d'abord hypothétique avant de devenir un horizon réaliste. Quand il a recommencé à taper la balle, Paulo ne pouvait même pas courir. Il était assis sur une chaise, au milieu d'un court. "C'est bizarre, explique-t-il, parce que quand j'ai repris la raquette, j'avais l'impression de l'avoir laissée la veille. Mais après, retrouver le rythme de la compétition, c'est autre chose." Son match contre Phau, lundi, était son premier en Grand Chelem depuis l'US Open 2010. "Le simple fait de jouer ici, c'est une grande victoire pour moi", rappelle-t-il.

La femme, le kiné, les copains et le public

A tel point qu'il lui a fallu du temps pour prendre la mesure de l'évènement. Oui, c'était bien d'être là, mais il y avait quand même un match à jouer et si possible à gagner. "Le début de match était un peu compliqué, admet-il. J'ai eu du mal à me rendre compte que je jouais à Roland-Garros. J'attendais tellement ce moment que j'ai mis du temps à démarrer". Deux sets, voilà ce qu'il lui a fallu. Mené 6-2, 6-4, Mathieu a alors débuté un deuxième match, avec la même détermination qu'il avait attaqué sa deuxième carrière après son opération. Comme toujours dans ces cas-là, le soutien des autres est déterminant. Pendant sa convalescence, ce fut sa femme. Son kiné aussi. "Et trois ou quatre copains", ajoute-t-il. Pas beaucoup plus. Là, sur ce court 2 transformé en véritable arène, ils étaient plus nombreux à le pousser. "Le public a été pour beaucoup dans ma remontée dans le troisième set. J'ai réussi à me relâcher, j'ai joué de mieux en mieux."

Celui qui fut tout de même 12e au classement ATP en 2008 a alors progressivement pris le contrôle de son match et la mesure de son adversaire. Le pauvre Bjorn Phau a dû se demander où il était tombé. Dans le cinquième set, il a complètement lâché l'affaire, s'inclinant 6-0. Drôle de destin quand même pour PHM, qui a perdu tant de matches importants en cinq manches après avoir remporté les deux premières. Là, voilà que pour son premier match de ce niveau depuis des mois et des mois, il réussit à remonter un tel déficit. Mais sa longue absence lui a appris à relativiser. "Revenir de deux sets zéro, ça n'a rien d'extraordinaire, tempère-t-il. Ce qui est extraordinaire, c'est d'être sur le court. Le reste, c'est rien. C'est incomparable avec ce que j'ai pu vivre l'année dernière."

"Forcément, ça m'a manqué de vivre de genre de choses"

Pour autant, sa victoire est sans doute, elle aussi, incomparable avec ce qu'il a pu vivre par le passé. A la fin du match, le Strasbourgeois a eu du mal à contenir son émotion. Il remercie le public, mais l'inverse est vrai aussi. On a entendu des "Merci Paulo", descendre des travées. "Forcément, ça m'a manqué de vivre ce genre de choses avec le public. Quand j'étais au fond, c'est à ça que j'essayais de penser. Ça fait chaud au coeur. Je me suis battu pour ça aussi. Je n'oublie pas qu'il y a encore trois semaines, après Estoril, j'ai eu une période compliquée, avec beaucoup de douleurs." Tout a changé pour lui. Derrière les apparences du bonheur retrouvé, il y a la réalité du corps: "Je dois beaucoup moins m'entrainer que je ne le faisais avant. J'ai des douleurs presque tous les jours. Je fais des exercices quotidiens pour renforcer ma jambe, car elle n'est pas encore assez costaude par rapport à jambe droite."

Dans deux jours, il aura probablement l'honneur d'un grand court pour affronter le géant John Isner. On voit mal comment le central ou le Lenglen pourraient lui échapper. Il le mérite amplement. Le destin est parfois vicelard et Mathieu a eu sa part. Mais à ceux qui savent s'accrocher, il sait aussi, parfois, rendre un peu de ce qu'il a pris. La victoire de PHM lundi, c'est celle d'un type qui met plus de force encore à contrarier ce destin que ce dernier n'a mis d'acharnement à lui pourrir la vie. La compétition, c'est se battre contre les autres. Mais le sport, comme la vie, est d'abord un combat contre soi-même. Mathieu a gagné ce combat là. Ce n'est pas la moindre de ses victoires.

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