Toujours un truc gonflant

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Gilles Simon a dû se maîtriser pour passer face à un Baker imprévisible. Une victoire provisoire dans ce combat permanent contre lui-même.

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Un match de tennis, c'est un combat contre l'autre. Celui qui se trouve en face. Mais c'est aussi une lutte permanente contre vous-même. Contre vos doutes, vos frustrations. Gilles Simon n'échappe pas à la règle. Plutôt moins qu'un autre. Le Niçois a parfois tendance à s'agacer tout seul sur le court. Pour tout un tas de raison. Son jeu, l'adversaire, le terrain, le vent, ou autre chose. Lundi, lors de son premier tour face à Ryan Harrison, il avait beaucoup pesté contre les conditions de jeu, au point de qualifier "d'affreux", le court Philippe-Chatrier, à cause du vent. Mais Simon s'en était sorti.
Mercredi, contre un autre joueur américain, le revenant Brian Baker, ça allait mieux de ce côté-là. La source de son tourment, cette fois, ce fut précisément Baker lui-même. "Les conditions étaient plus faciles aujourd’hui, plus agréables et je jouais beaucoup mieux, explique-t-il. Mais quand j’ai un adversaire qui joue juste, ça me gonfle aussi. Il y a toujours un truc qui me gonfle, c'est sûr !" Le grand mérite du Français aura été de garder le cap et de maîtriser ses nerfs même quand son adversaire, quelconque pendant deux sets, s'est mis à jouer le feu dans les troisième et quatrième manches. "À un moment, j'ai envie de lui dire  'bien joué', reprend Simon. Qu'est-ce que je peux lui dire d'autre ? J'essaie de me concentrer sur ce que j'ai à faire. J'espérerais que ce ne soit qu'un passage, mais c'est un passage qui a duré un peu trop longtemps pour moi."
"Sur le terrain, on est seul, extrêmement seul"
Il n'est jamais évident d'affronter un joueur imprévisible et d'appréhender ses sautes d'humeur tennistiques. Simon, comme ses collègues, n'aime pas les atypiques. "C'est une drôle de sensation à partir du moment où il propose quelque chose de différent des autres, note-t-il. Comme tout le monde, on aime bien ce qui est standard. On sait ce qui va arriver. Là, c’est moins le cas. Il ne se déplace pas toujours très bien. Parfois, il est très loin de la balle. Mais il voit bien, il anticipe très bien. On a l'impression qu'il sait à l'avance où on va jouer. Il a le détachement qui va avec ce petit handicap physique."
Baker a produit par moments un tennis de très haute qualité. Heureusement pour Simon, il a coincé dans le cinquième set, largement dominé par le Français (6-0). "Je baisse clairement d'intensité à la fin du quatrième volontairement parce que je sais que quand je vais en remettre, cela lui fera peut-être un peu bizarre, avoue Gillou en filou. J'espère qu'il joue un peu moins bien, qu'il en rate une ou deux, de faire des meilleurs coups, ce qui s'est passé. Mais ça n'a vraiment pas été simple." Au final, voilà donc une de ces victoires où Simon a dû prendre le dessus sur l'autre, mais aussi sur lui. Une double victoire, en somme. "Quand c'est comme ça, dit-il encore, j'essaie de me concentrer sur ce que je peux faire. C'est pour cela que je m'énerve moins. Après, je dirai toujours des conneries, c'est comme ça!"
Ce combat permanent, nul doute que Simon devra encore le mener et le gagner s'il veut franchir l'obstacle Wawrinka au prochain tour. Il l'avoue, c'est un domaine dans lequel il est encore en quête d'un idéal. "Je pense que le tennis est un sport extrêmement difficile, explique-t-il. Il faut avoir joué pour comprendre les émotions qui nous traversent sur un terrain. Sur le terrain, on est seul, extrêmement seul. Les solutions ne peuvent venir que de nous. J'ai envie de dire: à chacun sa méthode, chacun sa façon d’essayer de s'en sortir. La seule chose que l'on pourra constater est que les meilleurs ont une attitude qui est toujours la même, qui ne varie pas. Federer n'est pas Nadal, qui n'est pas Djoko. Chacun dans son registre, chacun a son attitude. Aujourd'hui, c’est à moi de trouver la mienne, je suis moins dans l'extrême, passant de l'un à l'autre. Je le cherche. Quand je le trouverai, peut-être que je serais meilleur. Ou pas, on verra." En attendant de (se) trouver, il y aura donc toujours un truc qui le gonflera. C'est comme ça. Et ça ne l'empêche pas d'avancer pour autant.
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