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Tsonga brise un tabou
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Publié 23/05/2012 à 20:52 GMT+2
Bredouilles depuis bientôt trente ans Porte d'Auteuil, les Français ne pensent plus ouvertement à la victoire à Roland-Garros. Jo-Wilfried Tsonga le premier. Entre lucidité et fatalisme, le numéro un tricolore a passé une ligne que personne n'avait osé franchir auparavant sans que cela ne choque.
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"Soyons clairs, aujourd'hui, il n'y a aucune chance qu'un Français gagne Roland-Garros." Cette phrase a fait le tour des médias français la semaine dernière lorsque Jo-Wilfried Tsonga l'a prononcée en conférence de presse. Et pour cause, quand le numéro un français et cinquième joueur mondial manifeste ouvertement un dépit que tout le monde ressent sans oser le dire aussi brutalement, cela ne passe pas inaperçu. Eliminé à Rome par Novak Djokovic (7-5, 6-1), le Manceau a-t-il été pris d'un blues soudain avant même que les Internationaux de France ne délivrent vraisemblablement les mêmes résultats que les années passées ?
"Ce n'est pas une honte d'avouer qu'on n'est pas au niveau des tout meilleurs, a-t-il insisté, il y a aussi beaucoup de joueurs en dessous de nous. Ce n'est pas une fatalité de dire ça, c'est juste un constat." Il faut dire que cette saison sur terre battue ressemble beaucoup aux précédentes, avec un Rafael Nadal omniprésent et des poursuivants qui essayent de lui résister sans trop y parvenir. Tant et si bien que la domination sans partage du Majorquin, quand ce n'est pas Novak Djokovic ou Roger Federer, a tendance à doucher le fol espoir de victoire.
Noah : "Les Français ne rêvent même pas de gagner"
"Pour pouvoir gagner Roland-Garros, il faudrait déjà arriver à remporter des Masters 1000 sur terre battue. Pour l'instant on n'est capable de remporter des Masters 1000 sur aucune surface", argumente Tsonga, dernier vainqueur tricolore dans cette catégorie de tournois (Bercy 2008) depuis Sébastien Grosjean (Bercy 2001) et Cédric Pioline (Monte-Carlo 2000). "Dans notre sport, il y a toujours une hiérarchie. Tu essaies de progresser mais si tu n'y arrives pas... c'est la vie." Le paradoxe est que, cette année, le Manceau réalise la meilleure saison sur surface ocre de sa carrière avec deux quarts de finale joués à Monte-Carlo et Rome. Insuffisant toutefois pour lui permettre d'espérer mieux qu'atteindre la seconde semaine de la compétition ; ce qui est en général la satisfaction (pour ne pas dire le but) de tout français qui joue dans le tableau principal de Roland-Garros.
Cette performance de Tsonga jure en tout cas avec celle de Gaël Monfils, treizième mondial, qui a terminé sa préparation sur ocre avec une défaite face au 216e, Brian Baker, mercredi au 2e tour de Nice. Le demi-finaliste de Roland-Garros 2008 arrivera Porte d'Auteuil avec un succès sur le 25e mondial (Philipp Kohlschreiber à Madrid) comme unique référence sur terre et seulement trois victoires en six matches. Même s'il est coutumier du fait chaque année, le Parisien ne fait que confirmer un peu plus le ressenti de Tsonga. Avec le leader tricolore qui n'y croit pas et le meilleur élément français actuellement sur terre qui déjoue, ce sont nos deux meilleures chances de réussite en Grand Chelem qui ont du plomb dans l'aile (Voir infographie ci-dessous).
"Jo a complètement raison, a renchéri Michaël Llodra cette semaine. Il faut être lucide : il nous manque la petite chose qui peut faire la différence dans un tournoi du Grand Chelem". Cette petite chose pourrait bien être la culture de la gagne, si chère à Yannick Noah. Le dernier Français à s'être imposé à Paris en 1983 a été le seul à s'émouvoir de l'aveu de faiblesse du numéro un tricolore. "Si on n'est pas premier ou deuxième mondial, ça ne sert à rien de dire 'cette année, je vais gagner', ce n'est vraiment pas nécessaire, a vivement réagi via Reuters l'ancien capitaine et vainqueur de Coupe Davis. En revanche, rêver de gagner, c'est bien. Le pire serait de ne même pas rêver de la victoire. Ce qui se passe, c'est que les Français ne rêvent même pas de gagner."
Wilander pense queTsonga pourrait battre Nadal
Quatrième joueur français sur les dix présents dans le Top 100 ATP (deuxième meilleur contingent tout de même derrière l'Espagne), Richard Gasquet a estimé viser les quarts de finale. De son côté, Gilles Simon, meilleur Français sur terre battue cette saison avec une demi-finale à Monte-Carlo et une victoire à Bucarest, pourrait avouer viser encore plus haut s'il n'avait atteint les huitièmes de finale plus d'une fois dans sa carrière (2011). "Gilles Simon est sous-estimé car il n'a pas de coups percutants comme Gaël, Richard ou Jo, pense Henri Leconte, dernier Français finaliste à Roland-Garros en 1988. Mais il a une force : comme Ferrer, c'est un marathonien qui joue aux échecs. Mais il doit avoir un physique affûté pour briller et aller loin à Roland-Garros. Il gagne des tournois sur terre battue, c'est lui qui a les meilleurs résultats des Français cette saison : à lui de prouver qu'il peut se retrouver en seconde semaine. Après, si son physique ne le lâche pas, tout peut arriver."
Pour retrouver un peu d'optimisme, les Français devraient aussi se tourner vers Mats Wilander. Le consultant d'Eurosport et ancien vainqueur Porte d'Auteuil ne voit pas les choses de façon négative. Pour lui, certaines conditions pourraient jouer en faveur des Tricolores. Tsonga pourrait peut-être battre Nadal si le court central baigné de soleil devenait plus rapide avec la chaleur ; et Monfils pourrait en faire autant face à Federer à condition d'avoir un terrain plus lent sous un temps pluvieux... Et Tsonga, sourire aux lèvres, de conclure : "Si un gars arrive à gagner un jour, nous dirons que nous avions tort."
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