Jo-Wilfried Tsonga a probablement eu du mal à dormir cette nuit. Malgré la fatigue. Il reverra peut-être défiler ces quatre points où il a joué avec la victoire au bout de la raquette. Ces quatre maudites balles de match, dont chacune aurait pu le propulser au paradis et qui, au bout du compte, ne lui laissent que d'immenses regrets. "Je suis responsable. Pas de problème. Je suis responsable. J'ai quatre balles de match, je ne gagne pas...", s'accable-t-il. Mais dans le même temps, il estime ne "pas avoir grand chose à regretter sur ces balles de match." Preuve que tout se bouscule dans sa tête, et il y a de quoi. En réalité, ce n'est pas tant Tsonga qui a coincé sur ces quatre points, mais bien Novak Djokovic qui a été exceptionnel.
Le Serbe n'est pas numéro un mondial pour rien. Tsonga est un très grand joueur, il n'y a aucun doute là-dessus et il l'a montré plus que jamais dans ce match. Mais Djokovic a ce supplément d'âme qui caractérise les champions hors norme, comme il en existe deux ou trois par génération. C'est pourquoi ces quatre balles de match sauvées ne relèvent pas du hasard. Pendant deux sets et demi, du milieu du deuxième à la toute fin du quatrième, Djokovic a subi. Il a réagi plus qu'agi. Tsonga était le plus audacieux, le plus créatif. La prise d'initiatives venait systématiquement de lui. Puis, subitement, sur ces balles de match, dos au mur, Djokovic a repris la main. Comment expliquer qu'à 4-5, 15-40, alors qu'il vient de commettre deux fautes affreuses, il puisse sortir deux points remarquables? "C'est difficile d'expliquer ça avec des mots de façon rationnelle. Disons que j'essaie d'être solide mentalement, d'être dur et surtout, de croire en mes frappes", avance Nole.
Un message fort
Tout est là. Ce n'est plus une affaire de talent. Pas même d'expérience ("Jo en a aussi beaucoup, il a joué une finale de Grand Chelem et il est dans le Top 5", rappelle-t-il). Mais bien de confiance en soi. Il faut avoir une foi en son bras, en sa tête, très au-dessus de la moyenne. Celle qui habite seulement les champions d'exception. "J'ai déjà vécu ce genre de situations par le passé et je m'en suis sorti", souligne Djokovic. On se souvient évidemment de sa demi-finale victorieuse contre Roger Federer à l'US Open l'an dernier, avec cet improbable retour de coup droit gagnant sur balle de match pour le Suisse dans le cinquième set. Federer a pourtant un autre palmarès que Tsonga, mais la sanction (et le résultat final) a été la même pour lui. Dans ces circonstances, l'homme clé, c'était Djokovic. Pas Federer. Pas Tsonga. "Attention, je ne suis pas en train de dire 'OK, je sais comment faire quand j'ai deux balles de match contre moi', car ça ne marche pas comme ça mais, en tout cas, dans ces moments-là, j'ai confiance en moi, je ne doute pas," précise Djoko.
Ça s'est vu. Notamment sur la première, où le numéro un mondial a été poussé dans ses retranchements par Tsonga. Mais il a tenu bon. "A ce niveau, le tennis est très mental", estime encore Djokovic. En montrant de la sorte à son adversaire que, même avec un pied au-dessus du précipice, et même surtout dans cette situation, il ne défaillira pas, il envoie un message fort. "Il a vraiment très bien servi sur ces balles de match, salue le Français. J'ai bien retourné sur l'une d'elles mais il a très bien enchaîné, il a très bien joué, il a été très agressif et c’est lui qui a marqué le point. Je tire pourtant un super passing-shot, mais il part du bon côté. C'est comme dans le quatrième set lors de notre finale à l'Open d'Australie, où j’ai une balle pour revenir à sa hauteur dans le quatrième alors qu'il commence à être fatigué et pareil, il part du bon côté." Un air de déjà vu, donc. Pour l'un comme pour l'autre... Cet indéfinissable petit plus a tout changé entre les deux hommes mardi.





























