Entre combats inoubliables, joies et frustrations : PHM raconte son roman de Roland

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ROLAND-GARROS 2016 - Paul-Henri Mathieu a disputé son tout premier Roland-Garros il y a 15 ans. Le vétéran du tennis tricolore y a affronté les plus grands (Hewitt, Agassi, Nadal, Federer, Djokovic, Kuerten, Gaudio...) et livré quelques matches mémorables. Il revient pour nous sur cette décennie et demie.

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Crédit: Eurosport

2001 : La grande première face à Hewitt

"C'était mon premier match à Roland-Garros, mais aussi mon tout premier match en Grand Chelem. Un an plus tôt, j'avais gagné le tournoi chez les juniors, j'étais content de revenir à Roland, j'avais de bons souvenirs. J'avais joué sur le Lenglen. Hewitt n'était peut-être pas un spécialiste de la terre battue, mais je crois qu'il avait déjà fait un quart à Paris (ndlr : huitième en fait, en 2000, mais il ira bien en quarts en 2001). Pour un premier tour d'un premier Roland-Garros, c'était un tirage difficile. J'avais eu une wild-card, je l'avais honorée je pense. J'avais fait un bon match, pris un set. Ça reste un bon souvenir."

2002 : La révélation

"J'avais fait un bon début de tournoi avec des victoires sur Ferreira, Santoro et Jiri Novak. C'était des bonnes victoires sur terre. Après, jouer Agassi sur le central, c'était un peu un rêve de gosse. L'aboutissement de toutes les heures de travail à l'entrainement depuis que j'étais gamin. Je n'étais pas spécialement tendu. Une fois que j'avais fait abstraction d'Agassi et du contexte, je pensais vraiment que je pouvais gagner ce match. D'où cette impression d'insouciance. A l'époque, je me sentais capable de tout, je ne réfléchissais pas. Pourquoi je perds ce match (4-6, 3-6, 6-3, 6-3, 6-3) alors que je mène deux sets à zéro et break dans le troisième ? D'abord parce que, physiquement, je n'avais pas encore l'habitude d'enchainer les matches. Puis il y a eu une interruption à cause de la pluie. Les conditions de jeu ont changé, elles sont devenues beaucoup plus lourdes, ça le favorisait plus que moi. J'ai commencé à cogiter et le match a tourné."

2005 : Canas, le sale coup

"Je perds contre Canas en cinq sets (6-3, 7-6, 2-6, 6-7, 8-6) au troisième tour. C'était très frustrant. Je ne sais pas si c'est mon plus gros regret à Roland-Garros parce que j'étais quand même mené deux sets à rien. Mais c'est vrai que je reviens et j'ai des balles de match au 5e. Mais c'était surtout une grosse frustration après coup, parce que Canas a été contrôlé positif après. Il m'a volé quelque chose. Avec le recul, c'était difficile à encaisser. J'ai rarement eu des bons tableaux à Roland-Garros, je me suis souvent pris des tirages très compliqués, affronté des très grands joueurs tôt dans le tournoi. Cette année-là, j'aurais pu aller très loin. J'avais le niveau pour. Canas, c'était compliqué, mais ce n'était pas Nadal non plus. Derrière, Kiefer est forfait et je me serai retrouvé en quarts sans jouer. Il y avait peut-être un grand truc à faire."

2006 : L'incroyable baston contre Nadal

"Je parlais de chance. Il en faut un peu dans les tournois du Grand Chelem. Là, je prends Nadal au troisième tour. J'aurais sans doute pu aller plus loin si je n'étais pas tombé si tôt sur lui. Ce match, on m'en parle souvent, parce que c'était un peu intense quand même. Physiquement, je me suis senti à son niveau, à part peut-être dans certains débuts de set, où j'ai un peu baissé. Mais j'étais presque étonné de tenir comme ça. Ce jour-là, j'ai eu des sensations que je n'ai jamais retrouvées par la suite.
Après, même si le match a été énorme, même si je l'ai accroché, je n'ai jamais été non plus véritablement en position de gagner ce match (il s'inclinera 5-7, 6-4, 6-4, 6-4 en… 4h53). Mais je n'étais pas loin de lui. Nadal, c'est tellement compliqué sur terre battue. La façon dont sa balle gicle, la cadence qu'il met, en tout cas qu'il mettait dans les frappes, c'était quelque chose d'incroyable. En termes d'intensité, il y avait lui et les autres. C'est vrai qu'à travers ce match, on peut se demander pourquoi je n'ai pas obtenu de meilleurs résultats à Paris. Mais comme je l'ai dit, j'ai souvent eu de la malchance au tirage. Et physiquement, j'ai été fragile aussi, ça m'a freiné. "

2008 : Le "gala" contre Guga

Ce 1er tour contre Gustavo Kuerten, sur le central, c'était très compliqué pour moi. Je n'avais pas droit à l'erreur. Roland-Garros, c'était comme toujours mon grand objectif de la saison. Lui ne jouait plus vraiment. C'était son dernier match et ça avait presque plus été une exhibition, un gala, qu'un vrai match. Mais moi, je ne pouvais pas m'amuser. C'était le premier jour du tournoi, une des premières fois où on commençait le dimanche, il y avait beaucoup de monde. Le public avait été bien, respectueux pour lui comme pour moi. Au tour d'après, je gagne en 5 sets contre Hernandez après avoir été mené deux sets à rien. J'étais souvent en mode diesel, il fallait lancer la machine. Mais physiquement, j'avais une grosse marge sur lui. Je perds en huitième contre Djokovic, encore un sacré client. Il était déjà très fort et je n'ai jamais vraiment eu d'occases dans ce match (il s'inclinera en trois sets, 6-4, 6-3, 6-4).

2009 : Sur la route de Federer

"Un peu comme en 2006 avec Nadal, je joue un immense champion au troisième tour. Cette fois, c'est Federer. Je perds là aussi en 4 sets (4-6, 6-1, 6-4, 6-4), toujours après avoir gagné le premier. Ce match me laisse peut-être un peu plus de regrets. Peut-être que je n'ai pas assez cru que je pouvais le battre. J'ai commencé à le croire quand j'ai gagné le premier set mais, du coup, tu commences à trop réfléchir... Federer, ça a toujours été très compliqué pour moi de le jouer, j'ai toujours eu du mal à lui poser de vrais problèmes. Et sur terre battue aussi, il était très fort."

2012 : La renaissance

"Un tournoi au cours duquel j'ai vécu des trucs très forts. C'était mon retour à Roland après mon opération au genou... Physiquement, je ne savais pas si j'allais pouvoir tenir. Et je joue trois matches en cinq sets, trois marathons. Quelques jours avant Roland-Garros, en plus, je me suis fracturé un orteil. Je me suis dit 'non, ce n'est pas possible'. Mais honnêtement, rien ne pouvait m'empêcher de jouer. Même avec un bras dans le plâtre, j'aurais joué. Au premier tour, je suis mené deux sets à zéro contre Phau, je gagne en 5 sets. Le public m'a poussé très, très fort. Une ambiance incroyable sur le court 2, une des premières fois d'ailleurs où je jouais dessus.
Après, c'est le match contre Isner sur le Chatrier. C'est pour vivre ce genre de match que je m'étais battu quand j'étais gravement blessé au genou. J'ai un peu pensé au match Isner-Mahut, même si je savais que ça ne pourrait pas durer aussi longtemps. Mais 18-16 au 5e... Comme toujours, ça se joue sur des détails. Au 5e, je sens qu'Isner fléchit un peu physiquement, mais il servait toujours très fort. Je ne sais pas si c'est mon meilleur souvenir, ou si c'est le plus fort, mais il y avait quelque chose de différent, d'unique pour moi. Dans ce match et dans tout le tournoi. Je perds au tour d'après contre Granollers, encore en 5 sets, après avoir été mené 2-0. Je perds vraiment physiquement, j'avais tout donné. Mais ce tournoi, je l'ai vraiment savouré."

Et 2016 ?

"C'est difficile de tirer des plans sur la comète. Je n'ai pas beaucoup de repères, même si je suis mieux classé qu'il y a quelques mois. On va voir. C'est un de mes derniers Roland-Garros, peut-être le dernier. Je veux en profiter."
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