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Les 4 questions que pose le forfait de Federer

Les 4 questions que pose le forfait de Federer

Le 16/05/2017 à 12:59Mis à jour Le 16/05/2017 à 19:35

ROLAND-GARROS 2017 – Roger Federer a annoncé lundi soir qu'il ne jouerait pas à Paris cette année. A court et moyen terme, pour lui et pour d'autres, quelles conséquences de cette décision qui, au fond, n'a rien de très surprenant ?

Federer a-t-il fait le bon choix ?

L'avenir le dira. Evidemment, s'il se fait sortir au premier tour à Wimbledon, la décision de Roger Federer prêtera à sourire. Mais il a sans doute tenu un raisonnement assez simple : s'il n'est pas sûr, loin de là, de gagner à Wimbledon, il était sans doute à peu près sûr de ne pas pouvoir gagner à Paris.

S'il avait été convaincu de ses chances de titre à Roland-Garros, soyez-en sûrs, il y serait allé. Federer ne veut s'aligner désormais que sur les tournois où il est certain d'être compétitif au point de pouvoir soulever le trophée. Ce n'était pas le cas à Paris, visiblement, et on peut le comprendre de la part d'un joueur qui, en cinq ans, n'a gagné qu'un seul tournoi (mineur qui plus est) sur terre battue, à Istanbul...

A chacun donc de se faire son opinion sur la pertinence du choix opéré par l'actuel numéro 5 mondial, mais c'était sans doute la plus sage. En esquivant tous les tournois de préparation, il avait, de fait, décidé de faire de la saison sur terre battue l'axe faible de son année 2017. En renonçant à Roland-Garros, il va au bout de sa logique. Cela paraît tout sauf absurde...

Roger Federer - Miami Masters 2017

Roger Federer - Miami Masters 2017AFP

Est-ce une bonne nouvelle pour Nadal ?

Depuis le début de l'année 2017, Rafael Nadal a perdu cinq matches. Dont trois contre le seul Roger Federer. Sans le Suisse, il aurait probablement gagné l'Open d'Australie et Miami et son palmarès sur la saison serait aujourd'hui complètement délirant. Après l'avoir tenu sous sa coupe pendant dix ans, Nadal s'est retrouvé brusquement fragilisé face à son vieux rival bâlois. Le changement tactique opéré par celui-ci, en jouant son revers plus à plat, et son changement de raquette, lui ont permis d'inverser le rapport de force. Alors, Federer aurait-il pu être la menace sur terre qui ne pèse pas sur Nadal depuis Monte-Carlo ?

On ne le saura jamais, mais il serait tout de même audacieux d'avancer une telle hypothèse. "Malgré tout, sur terre, Rafa aura toujours la capacité à jouer plus haut qu'il n'a pu le faire sur dur, explique Patrick Mouratoglou. Sur dur, quand Roger retourne très tendu en revers sur le coup droit de Rafa, la balle va très vite, elle fuse un peu. Alors que sur terre battue, Nadal aura un peu plus de temps pour s'organiser. Puis la question, sur terre, dans des échanges longs, c'est la capacité de Federer à garder la même intensité pendant cinq sets. Pour toutes ces raisons-là, Rafa sera plus confiant sur terre que sur n'importe quelle autre surface."

Une confiance encore accrue par sa razzia printanière avec ses succès à Monte-Carlo, Barcelone et Madrid, qui lui ont apporté la seule chose qui lui manquait au premier trimestre : des titres. Quoi qu'il advienne à Rome, Nadal arrivera à Paris avec une énorme dose de confiance, quand Federer serait arrivé avec de la fraicheur, mais sans repère terrien. Il parait difficile d'imaginer que le Suisse aurait pu réussir là où il a jusqu'à présent toujours échoué : battre Nadal sur terre dans une rencontre au meilleur des cinq sets.

Vidéo - Les temps forts du 5e set : Federer revient de l'enfer pour porter l'estocade

03:17

Peut-il toujours viser la place de N.1 mondial ?

Après sa folle cavalcade australo-américaine et son triplé inédit pour lui depuis 2006 Open d'Australie - Indian Wells – Miami, Roger Federer s'était placé dans une position idéale en compilant plus de 4000 points en seulement quatre tournois. En trois mois, il avait creusé des écarts colossaux sur la concurrence. Rafael Nadal, son plus proche poursuivant à la Race, accusait un déficit de 1800 points. Quant aux autres, ils étaient à des années-lumière. Federer pouvait clairement envisager, à moyen terme, de redevenir numéro un mondial, cinq ans après avoir quitté le trône pour la dernière fois.

Mais la campagne sur terre a bouleversé la donne et, pour la première fois, Nadal vient de s'installer lundi en tête du classement 2017. De Monte-Carlo à Madrid en passant par Barcelone, l'Espagnol a engrangé 2500 points. Federer, on le sait désormais, verra son compteur bloqué jusqu'à la mi-juin. Nadal a encore Rome et Roland-Garros pour creuser l'écart. S'il gagne à Paris, le Majorquin possèdera un matelas très confortable sur tous ses rivaux, Federer compris.

Le plus gros problème de Federer dans cette course au pouvoir qu'il ne mène d'ailleurs que très indirectement, ce n'est pas son forfait à Roland-Garros. Ce sont les résultats exceptionnels de Nadal, et le fait que celui-ci ne partage rien sur terre, la concurrence étant trop amoindrie pour cela. Tout ne sera toutefois pas perdu. A 4045 points quand il reviendra sur les courts mi-juin, il sera toujours dans le coup. Mais pour revoir la première place, il lui faudra absolument gagner un autre Grand Chelem et se montrer performant partout, tout le temps, du début de la saison sur gazon à l'US Open. Pas impossible, mais pas simple du tout. Surtout, c'est désormais probablement Nadal qui aura les clés.

Le reverra-t-on un jour à Roland-Garros ?

Forfait en 2016 pour cause de blessure, forfait en 2017 par crainte d'une blessure. Le message est clair. Aujourd'hui, Roland-Garros est la dernière des priorités de Roger Federer. Comme il fêtera ses 36 printemps en août prochain, forcément, le temps commence à presser pour le revoir du côté de la Porte d'Auteuil. Voyons le verre à moitié plein : s'il zappe encore Roland-Garros cette année, c'est aussi parce qu'il se sent compétitif et qu'il voit à long terme. Dans son esprit, la retraite n'est pas pour tout de suite et il a déjà fixé 2019 comme un horizon, sans rien exclure derrière.

Federer n'est pas aujourd'hui dans le cadre d'une tournée d'adieux où il voudrait profiter de chaque moment et ne manquer aucun des tournois qui ont bâti sa légende. "Les fans français qui m'ont toujours supporté vont me manquer et je suis déjà impatient de les revoir l'année prochaine", a-t-il dit dans son communiqué lundi soir. Des propos de circonstance à prendre pour ce qu'ils sont : de circonstance. Il avait tenu les même l'an dernier. Cela dit, il est probable que Federer mettra un point d'honneur à revenir à Roland-Garros au moins une dernière fois. Pour dire au revoir et merci, plus que pour gagner. Ça, il semble en avoir fait le deuil.

Roger Federer lors de sa dernière apparition à Roland-Garros, en 2015.

Roger Federer lors de sa dernière apparition à Roland-Garros, en 2015.Getty Images

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