Eurosport
Thibaut Fromantin, champion du monde de voltige : "Si tu te prends pour Maverick dans Top Gun, il y a danger"
Par
Publié 16/05/2024 à 23:16 GMT+2
A 32 ans, Thibaut Fromantin est devenu champion du monde de voltige en planeur. Arrivé dans cette discipline encore assez méconnue par hasard, il en livre les secrets. « Tout se joue dans la préparation mentale », affirme le Français qui doit s’entraîner pour subir des charges de 9G en vol.
Caméra embarquée : avec Thibaut Fromantin, champion du monde de voltige
Video credit: Eurosport
Pour le grand public qui ne la connaît pas forcément, comment décririez-vous votre discipline ?
T.F. : La voltige en planeur c’est ni plus ni moins que de la voltige aérienne comme on peut le faire avec des avions sauf que l’on est dans un aéronef qui n’a pas de moteur. Les figures sont les mêmes mais en planeur on est obligés d’aller chercher de la vitesse par la force du "tombé", qu’on appelle la force cinétique. En compétition, ce sont des programmes d’une dizaine de figures qui durent environ deux minutes et demie quand, comparativement, en avion cela peut durer jusqu’à vingt minutes.
Comment vient-on à la voltige en planeur ?
T.F. : Pour moi, c’était du pur hasard. En 2015 je suis passé devant un aéroclub et j’ai voulu en savoir plus par simple curiosité. Les gars m‘ont expliqué comment ça se passait et m’ont proposé un vol pour découvrir. Je me suis inscrit dans la foulée, pour découvrir les figures mais aussi pour faire des balades. Celles-ci peuvent durer plusieurs centaines de kilomètres juste en profitant des courants ascendants d’air chaud qui permettent un potentiel de "plané" très important.
Aux championnats du monde, vous êtes 3e en 2021, 2e en 2022 et finalement sacré en 2023. C’est une forme de consécration ?
T.F. : Oui on peut dire ça même si après avoir longtemps couru après cette médaille d’or, je me suis dit que le plus important pour moi c’est de pratiquer et de se faire plaisir. Mais c’est peut-être ce recul sur l’objectif purement sportif qui m’a permis d’aller chercher ce titre.
/origin-imgresizer.eurosport.com/2024/05/15/3968229.jpg)
Thibaut Fromantin dans le cockpit de son planeur
Crédit: From Official Website
Vous étiez 33 au départ de ces Mondiaux. Qu’est-ce qui a fit pencher la balance de votre côté ?
T.F. : Ce qui fait la différence c’est avant tout l’expérience et la préparation mentale. Pourtant, avant la compétition, et après seulement un vol d’entraînement, mon planeur a eu un problème technique et je suis arrivé aux championnats du monde en Pologne sans connaître mon aéronef puisque c’est l’équipe hongroise qui m’a gentiment prêté un planeur ! Et comme en plus je m’étais blessé au bras gauche lors de ma phase de préparation, je n’avais que 19 vols d’entraînement derrière moi alors qu’en général ça tourne entre 45-50 à minima, jusqu’à 80-90.
Donc la différence se fait vraiment sur le mental ?
T.F. : Disons que, déjà, il faut une bonne condition physique. Si tu ne l’as pas c’est mort. Ensuite l’expérience joue certes beaucoup mais tout se joue sur la préparation mentale. Cela englobe les exercices de visualisation, de respiration, d’extraction du présent pour se projeter en condition de vol. Et, a contrario, quand tu es en compétition, sur le retour au présent, tout de suite et maintenant, pour éviter d’avoir des pensées parasites.
Vous arrive-t-il d’avoir peur durant ces figures aériennes ?
T.F. : Honnêtement rarement. L’idéal c’est de se faire peur à l’entraînement. Là c’est possible d’avoir peur, soit quand je découvre une nouvelle figure, soit quand je suis dans une position inusuelle. En compétition, il y a toujours une part d’appréhension mais ça c’est plutôt sain. S’il n’y pas cette appréhension cela veut dire que tu te prends pour Maverick dans Top Gun et là il y a danger. J’ai eu vraiment eu peur une fois, lors d’un vol d’instruction, avec un problème d’aile. Le planeur est parti en vrille et, dans ces cas, chaque vrille nous rapproche de 100m vers le sol. On a fait quatre tours comme ça avant de réussir à remettre le planeur en vol normal… Quand tu vois la terre sui se rapproche à cette vitesse-là, c’est un peu flippant oui.
Quelle préparation physique faut-il pour encaisser des chocs qui vont jusqu’à 9G ?
T.F. : Il ne faut pas une préparation incroyable, moi je suis plutôt bon-vivant et je ne suis pas super musclé mais il faut néanmoins avoir une bonne ceinture abdominale et un cou solide pour encaisser ces facteurs de charge. On est autorisés à monter à 10G mais on dépasse rarement les 9. En réalité ça tourne plutôt autour de 7-8G, c’est-à-dire que notre corps subit la gravité 7 à 8 fois. Pour donner un exemple, une main qui pèse 8 fois son poids, ce n’est pas facile à guider pour tenir le manche. De même, cela créé des déformations impressionnantes au niveau du visage : quand on se regarde à la caméra, on a les joues qui descendent sous le menton. Il faut donc être bien gainé et avoir des cervicales entraînées pour maintenir le sang dans la tête. Si le sang n’est plus sous pression, le cerveau n’est plus alimenté correctement et ensuite ça se dégrade très vite. Cela commence par un voile gris, où l’on voit tout de cette couleur, puis c’est le voile noir où là on ne voit plus rien du tout. Si tu continues et tu t’obstines dans cette voie, ce qu’il ne faut évidemment pas faire, tu perds tous tes sens. Avec l’expérience, heureusement, tu apprends à connaître tes limites et il y a très peu de chance que tu te mettes en voile noir.
Regrettez-vous que ce sport ne soit pas encore suffisamment médiatisé ?
T.F. : Oui et non. Oui car si c’était une discipline super connue il y aurait beaucoup plus de concurrence, ce qui serait très positif. Mais de l’autre côté, il y aurait tous les aléas que connaissent les sportifs professionnels. Là cela reste une discipline amateur, j’arrive bien à marier mon activité pro et ma famille avec cette passion donc c’est plutôt un bon compromis. Mais c’est sûr qu’un petit peu de médiatisation ne ferait pas de mal, ne serait-ce que pour recruter en France où nous ne sommes que 15.000 licenciés en planeur, et 250 maximum à faire de la voltige régulièrement. Alors qu’en Allemagne, en Hongrie, en Roumanie ou en République tchèque, ils sont fans de ce sport et ils ont un vivier de pilotes qui est juste dingue.
Sur le même sujet
Publicité
Publicité