Ancien basketteur de haut niveau, Samuel Vessat peut-il viser le titre aux championnats d'Europe d'athlétisme à Birmingham ?

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Record de France, titre national et ambitions européennes. En l'espace de deux ans, Samuel Vessat s'est imposé comme le nouveau phénomène du 400 mètres français. Une trajectoire fulgurante pour cet ancien basketteur qui rêvait, il n'y a pas si longtemps, d'une carrière en NBA. Le Francilien de 24 ans s'avance désormais comme un des nouveaux visages de l'athlétisme français.

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C’est un ovni dans le milieu du sprint, voire plus largement dans celui de l’athlétisme français actuel. Tout frais recordman de France depuis la semaine passée aux championnats de France d’Albi, Samuel Vessat a concrétisé deux années de travail intense en devenant champion de France et en effaçant des tablettes le vieux record national détenu depuis les Mondiaux d’Osaka en 2007 par Leslie Djhone.
En 44’’24, contre 44’’46 pour son prédécesseur, le Français de 24 ans a écrit une nouvelle page du 400 mètres tricolore. Dans la plus belle course de ces championnats de France à Albi, disputée dans une ambiance pourtant bien loin d’être exceptionnelle, un coup de tonnerre est venu frapper la piste albigeoise. Vessat et Muhammad Kounta se sont livrés un véritable duel, offrant un éclair de lumière dans la morosité du sprint français durant ces deux jours et, plus largement, en quête de nouveaux repères depuis plusieurs années.
Un coup de tonnerre, oui. Une surprise, non. Voilà toute la nuance. Car l’athlète de 24 ans avait déjà prévenu quelques semaines auparavant. Le 11 juin dernier, lors des championnats universitaires américains à Eugene, il avait déjà touché du doigt le record de France de Leslie Djhone en réalisant 44’’47. Surtout, il avait auparavant amélioré le record national en salle, également détenu par Djhone depuis 2011, avec un chrono de 45’’38 à Clemson, en Caroline du Sud, contre 45’’54 pour l’ancien record. Le plus impressionnant reste peut-être le contexte. Ces performances arrivent alors que Vessat découvre encore les exigences du tour de piste. Avec un style parfois heurté et loin d’être académique, l’athlète licencié au Saint-Denis Émotion apprend, progresse et performe à une vitesse folle. Lui qui n’a disputé sa première compétition officielle d’athlétisme qu’il y a seulement… deux ans. Car lorsqu’on parle de trajectoire unique, le terme est parfois galvaudé. Pas dans son cas.

Des terrains de basket au tour de piste

Alors que certains naissent avec l’amour des pointes et des grandes foulées, lui, tombe d’abord dans la marmite de la petite balle orange. Originaire d’Île-de-France, il découvre le basket dès l’âge de trois ans et débute à Paris Jean-Bouin puis à Levallois avant de traverser l’Atlantique à seulement 11 ans, avec son rêve de NBA solidement accroché dans son backpack. De retour en France, le jeune Samuel poursuit son parcours entre La Courneuve et Aix Maurienne en catégories jeunes, avec également un passage en Suisse. Le gaillard d’1,93 m décroche ensuite une bourse en 2020 pour rejoindre l’université de Montréal. Mais la pandémie de Covid vient freiner son élan et le contraint à rentrer en France, à Thonon-les-Bains, où vit son père. En 2022, il rebondit à l’université de Limerick, en Irlande, avant de poursuivre son rêve américain. La même année, il rejoint les Tigers de Jacksonville en NCAA Division 1 et s’inscrit à la draft NBA, toujours déterminé à tenter sa chance jusqu’au bout. 
Mais après son élimination en play-offs cette année-là, une autre voie commence à se dessiner. Fin mars 2024, Vessat dispute sa première compétition officielle d’athlétisme. Lui qui avait intégré le Saint-Denis Émotion en 2017 dans l'optique d'améliorer ses qualités physiques sur les terrains de basket découvre alors un nouveau terrain d’expression. En quelques mois, les performances s’enchaînent. Le gaillard progresse rapidement et finit par se convaincre qu’il peut avoir un avenir sur le tour de piste. En juin 2025, il retrouve les championnats de France pour la première fois de sa jeune carrière. Aligné sur 400 mètres mais aussi sur 200 mètres, il atteint les finales des deux disciplines et améliore une nouvelle fois son record personnel sur le tour de piste avec 45’’60, terminant cinquième. Le décor est cette fois bel et bien planté.

Une marge de progression énorme

À seulement 24 ans, Samuel Vessat a déjà réussi en deux ans ce que beaucoup mettent une carrière entière à accomplir. Mais le plus impressionnant reste peut-être que le Français est encore loin d’avoir atteint ses limites. Boursier à l’université de Purdue depuis septembre dernier, il devrait obtenir son diplôme en fin d’année dans une licence de commerce international. Un quotidien partagé entre les études et l’athlétisme, avec la même ambition de chercher l'excellence dans tous les domaines. Car Vessat ne se contente pas de progresser. Il veut être le meilleur partout, à l’école, dans le basket qu’il n’a jamais totalement oublié, et désormais sur une piste d’athlétisme où il découvre encore chaque jour les exigences du haut niveau. Une quête permanente d’amélioration, avec lui-même comme principal adversaire : "Je me bats contre Samuel tous les jours et j’essaye de battre Samuel tous les jours", confiait-il récemment au micro de RMC.
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Et malgré son nouveau statut de recordman de France, le Français conserve encore une importante marge de progression. Comme nous l’expliquait Leslie Djhone : "Il peut encore gagner en fluidité, même s’il possède déjà de très bonnes bases. Là où il peut progresser, c’est surtout tactiquement. Il est encore très jeune, il découvre la discipline, donc il peut apprendre à mieux gérer son effort en fin de course. Mais c’est un garçon très intelligent, il assimile déjà très vite alors qu’il n’a que deux ans de compétition dans les jambes. C’est un diamant brut qu’il va falloir polir." Celui qui court également sur le 200 mètres pour conserver "une base de vitesse" ne laisse rien au hasard. Dimanche à Albi, il a d’ailleurs dû rapidement remettre ses pointes après son 400 mètres record, sans même savoir qu’il venait quelques minutes plus tard de battre le record de France de Leslie Djhone, comme il l’a raconté à L’Équipe.

Une exception dans le sprint français

Dans un sprint français qui cherche encore un nouveau souffle, l’ancien basketteur arrive forcément comme une bouffée d’air frais. Car derrière son exploit individuel, c’est toute une discipline qui espère retrouver des couleurs. Aux championnats d’Europe de Birmingham, qui se dérouleront du 10 au 16 août, seulement trois Français et deux Françaises ont été sélectionnés dans les épreuves de sprint. Les trois hommes engagés sur 400 mètres : Samuel Vessat, Muhammad Kounta et Yann Spillmann, tous les trois passés sous les 45 secondes lors des championnats de France d’Albi. Une éclaircie dans une période difficile pour le sprint tricolore. Car sur 100 mètres et 200 mètres, aucun Français n’a obtenu sa qualification pour les championnats d’Europe. Une première dans l’histoire de l’athlétisme tricolore. Aucun relais tricolore ne sera également engagé à Birmingham parmi les 80 athlètes sélectionnés.
Une situation qui illustre les difficultés actuelles d’une discipline pourtant habituée à produire de grands noms. Jean Galfione, directeur du programme olympique 2028, expliquait récemment à L’Équipe cette exigence : "Lorsqu’un athlète est retenu pour un grand championnat, il ne doit pas seulement y aller pour découvrir l’événement ou passer un tour. Il doit avoir l’ambition de jouer quelque chose." Vessat, lui, aura clairement quelque chose à jouer.
« Je pense qu’il fera moins de 44 secondes aux Europe »
Car après avoir surpris son monde à Albi, le Français ne compte pas s’arrêter là. Avec son chrono de 44’’24, il est devenu le quatrième meilleur performeur européen de l’histoire sur 400 mètres. Un temps qui pourrait encore rapidement descendre, selon Leslie Djhone. "Il y a de très fortes chances qu’il améliore encore son record et je pense qu’il va descendre sous les 44 secondes. Aux championnats d’Europe, il peut faire très mal. Déjà parce qu’à Albi, il a enchaîné le 200 mètres puis le 400 mètres et que cela faisait partie de sa préparation. Il aura davantage de fraîcheur à Birmingham. Et surtout, il aura face à lui l’adversité du gratin européen, ce qui va forcément le pousser."
Pour l’ancien recordman de France, la barrière des 44 secondes n’est plus qu’une question de temps. "Si ce n’est pas aux Europe, ce sera très rapidement après. Je suis convaincu qu’il va mettre les 44 secondes à des années-lumière derrière lui." Sur sa route, un nom ressort forcément : Matthew Hudson-Smith. Le Britannique, recordman d’Europe en 43’’44 réalisé lors des Jeux Olympiques de Paris 2024, sera le principal adversaire de Vessat pour une éventuelle médaille d’or. Meilleur performeur européen cette saison avec un chrono de 44’’09, il reste néanmoins toujours à la recherche d’un passage sous les 44 secondes cette année. Pour espérer décrocher une médaille, le Français devra sans doute encore améliorer ce tout nouveau record de France. Mais son ambition est déjà claire. Après les championnats de France d’Albi, il expliquait simplement : "L’important, c’est de répéter les courses à haute intensité ce week-end, de travailler sous la fatigue, pour être prêt pour les Championnats d’Europe. C’est ça l’objectif." À Birmingham, Samuel Vessat ne sera plus seulement le Français venu créer la surprise. Il sera attendu. Et c’est peut-être le plus grand changement pour lui. L’étoile n’attend plus que de briller.

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