Après des championnats d'Europe décevants, quelles sont les perspectives d'avenir pour la délégation tricolore en vue des JO 2028 ?

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Avec onze médailles mais aucune en or, l’athlétisme français a quitté Birmingham avec plus de questions que de certitudes. À moins de deux ans des Jeux de Los Angeles, ce bilan met surtout en lumière les difficultés des cadres tricolores à confirmer au plus haut niveau et le délicat passage de la jeune génération vers les sommets. Éléments d’analyse avec Stéphane Caristan, consultant Eurosport.

Jimmy Gressier prend le bronze sur le 10 000 mètres

Video credit: Eurosport

Birmingham devait être un point de départ. À deux ans des Jeux de Los Angeles, les championnats d’Europe devaient permettre à l’athlétisme français de mesurer le chemin parcouru depuis Paris et, surtout, de commencer à dessiner les contours de la prochaine génération olympique. Ils ont finalement davantage ressemblé à un rappel à l’ordre. Onze médailles, aucune en or et seulement trois en argent : un bilan qui ne permet guère de fanfaronner. "Je ne retire pas grand-chose de positif, en réalité. Au niveau mondial, seule hilary kpatcha, au saut en longueur, aurait pu prétendre à une médaille. C’est dire", constate Stéphane Caristan.
La Française, elle, a pourtant répondu présente. Avec 6,98 m, Kpatcha aurait décroché le titre aux Jeux de Paris et aurait pris l’argent aux Mondiaux de Tokyo en septembre. Mais derrière la sauteuse, le paysage s’est rapidement assombri. Les principaux espoirs tricolores ont davantage laissé des regrets que des promesses. "On avait des favoris qui se sont totalement loupés. Je pense à Yann Chaussinand, qui passe complètement à côté, ou à Gressier, qui annonce le doublé et se prend une raclée sur 10 000 m. Le 4x400 m éliminé en séries de cette façon… C’est compliqué", explique l’ancien champion d’Europe.
Même la Placing Table, brandie par le DTN Franck Bignet et le manager de la performance pour Los Angeles, Jean Galfione, ne suffit pas à rendre le tableau plus reluisant. "À mon avis, c’est un peu l’arbre qui cache la forêt. Et il faut relativiser quand on sait qu’on parle d’un championnat d’Europe, pas du niveau mondial."
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Seuls Duplantis et Karalis ont fait mieux : le saut limpide de Thiery à 5,85 m pour le bronze

Video credit: Eurosport

Le problème est là : Birmingham devait rassurer, il inquiète. Et surtout, il intervient à un moment où le calendrier commence sérieusement à se resserrer. Dans moins de deux ans, les meilleurs athlètes de la planète se retrouveront à Los Angeles. Le temps des promesses et des projections commence donc à laisser place à celui des réponses. "Quand on voit qu’on n’a aucune médaille d’or aux Europes alors que, statistiquement, le niveau européen est bien plus faible qu’avant, on peut se poser des questions".
Une culture de la gagne à instaurer
La France possède pourtant quelques raisons de croire encore en ses chances. Cyréna Samba-Mayela avait sauvé l’honneur tricolore à Paris avec une magnifique médaille d’argent sur 100 m haies. Plusieurs leaders affichent également des références chronométriques qui peuvent leur permettre de regarder les podiums mondiaux dans les yeux. Mais entre être capable de réaliser une performance et la produire lorsque la pression monte, le fossé reste encore trop grand. "Quand on regarde les chronos et les performances, les Français sont capables de jouer les médailles, en tout cas pour nos porte-drapeaux. Maintenant, il faut apprendre à courir sur les grands championnats, avec des rythmes différents. C’est vraiment une culture de la gagne à instaurer."
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Deux centimètres de plus, et son saut en bronze lui donnait l'or : les 6,98 m de Kpatcha en vidéo

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Une culture qui ne se décrète pas en claquant des doigts. D’autant que le calendrier, lui, ne ralentira pas pour attendre l’Équipe de France. "Tous les programmes sont déjà faits en vue des Jeux de Los Angeles. Les universités sont bouclées et les modèles d’entraînement aussi", rappelle Caristan. Pas question, donc, de tout reconstruire. Il faut désormais optimiser ce qui existe et, surtout, mieux accompagner ceux qui doivent porter les ambitions françaises dans deux ans.

La jeune garde pousse, mais coince au niveau supérieur

C’est peut-être là que se trouve l’une des clés. Derrière les cadres, une nouvelle génération commence à pousser. Les Mondiaux U20 disputé en aout ont offert deux titres à la France avec Zackaria Dia à la perche et Djelika Diarra à la longueur. Deux noms encore inconnus du grand public, mais qui incarnent cette relève appelée à prendre progressivement le relais. Le passage au niveau supérieur reste toutefois une autre histoire. Et l’athlétisme français le sait mieux que quiconque. "On l’a vu avec Belocian, ancien recordman du monde, et Zhoya, recordman du monde junior sur les haies, on a du mal à passer à l’étage supérieur". Un constat partagé depuis longtemps : la France sait faire émerger des talents. Elle peine davantage à les transformer en certitudes internationales. Une fois les records de catégories jeunes effacés et les premières sélections obtenues, le chemin se resserre.  
L’Italie et les Pays-Bas ont, eux, réussi à franchir ce cap au cours de la dernière décennie. Deux trajectoires que la France peut observer, sans pour autant copier leurs modèles. "Le problème, c’est que pour les Italiens ou les Néerlandais, des moyens sont mis en œuvre dans l’athlétisme, mais ils existent moins dans d’autres disciplines. La France est un pays multisport. On le voit aux Jeux avec cette cinquième place : on fait le choix d’être fort à peu près partout, ce qui est très bien. Eux mettent certains sports spécifiques au centre de leurs projets. Voilà la différence."
Alors, que faire ? Pas de recette miracle ni de révolution annoncée. Plutôt une course contre-la-montre pour mieux accompagner les talents français avant qu’ils ne se retrouvent seuls face au très haut niveau. "Il faut bien les accompagner, mentalement et physiquement. Il faut accélérer les choses à ce niveau-là", martèle Stéphane Caristan.
À Birmingham, l’athlétisme français a peut-être surtout perdu une occasion de se rassurer. Il lui reste désormais deux ans pour transformer cette alerte en électrochoc. Car à Los Angeles, comme à Paris ou à Tokyo avant elle, l’équipe de France ne pourra pas éternellement compter sur un exploit individuel pour sauver son bilan. -ou peut-être que si- une chose est sûre, le compte à rebours est déjà lancé. 
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