"Ce n'est plus du saut en longueur" : la "zone d'appel", premier test mais vraies réticences

Eurosport sur Google

Le week-end passé, le premier concours de saut en longueur avec une "zone d'appel" à la place de la traditionnelle planche a été testé en Allemagne. Et si Malaika Mihambo a apprécié, cette révolution voulue par World Athletics pour gagner du temps et rendre les concours plus attractifs fait cependant toujours débat. Explications.

A Düsseldorf pour le concours du saut en longueur, une "zone d'appel" a été testée pour mesurer le saut, à la place d'une planche classique.

Crédit: Imago

Ça y est, le grand saut a été fait. Ce week-end à Düsseldorf, un concours à la longueur avec une "zone d'appel" à la place d'une planche classique a eu lieu. Pour la première fois dans un concours international d'athlétisme, la traditionnelle planche de 20 centimètres de large avec une plasticine a été remplacée par une zone large de 40 centimètres dans laquelle l'impulsion doit être prise. Et si World Athletics (IAAF) compte multiplier les tests pour le moment avant de décider ou non de l’instaurer en compétition en 2026, c’est une petite révolution.
Championne olympique à Tokyo en 2021 et vice-championne olympique à Paris en 2024, Malaika Mihambo a remporté le concours avec un saut à 6.87 mètres, soit 20 centimètres de moins que ses 7.07 mètres réalisés vendredi soir à Karlsruhe. Mais l’Allemande a validé l’expérience. "J'ai trouvé ça intéressant. On a vu qu'il y avait encore de petites choses à parfaire. J'ai aussi apprécié cette idée d'avoir cette planche complète pour prendre l'impulsion", a-t-elle expliqué au micro de la télévision publique allemande ARD. "C'était très excitant pour les spectateurs parce qu'il y avait beaucoup moins de sauts non valables. Cela rend la compétition plus divertissante", a complété pour l'agence AP son coach Uli Knapp.

C'est niveler vers le bas
L'enjeu est bien là. Si l'IAAF tente ce changement, c'est pour améliorer le spectacle de cette discipline historique de l'athlétisme. Alors que la fédération internationale a constaté que 33% des sauts étaient mordus lors des championnats du monde de Budapest en 2023, l'idée clef est de réduire les temps morts générés par ces sauts non validés.
Mais ça ne fait pas l'unanimité, loin de là. "La longueur est l'épreuve la plus difficile de l'athlétisme, et cette réforme en ferait disparaitre l'élément technique le plus délicat. Est-ce qu'on agrandit le panier de basket parce que beaucoup de joueurs ratent leurs lancers francs ?", s'était agacé la légende Carl Lewis, quadruple champion olympique du saut en longueur (1984, 1988, 1992, 1996).
Stéphane Caristan, consultant pour Eurosport, trace le même sillon après ce premier test de dimanche. "On dira ce qu'on veut, ce n'est plus la même discipline, s'agace l'ancien champion d'Europe du 110 mètres haies. L'essentiel du saut longueur et du triple saut, c'est de régler sa course d'élan en fonction de la planche d'impulsion, et ensuite d'exprimer son talent. Là, on diminue cette capacité d'adaptation. C'est un élément technique très important dans la discipline. (…) Or supprimer un des aspects techniques de cette discipline, c'est niveler vers le bas."

Les temps morts, un "faux prétexte"

 A ses yeux, le désir de gagner du temps avec cette zone d'appel plus large pour rendre les concours plus attractifs est en plus un "faux prétexte". "Qu'un saut soit mordu ou pas, on n'envoie pas le saut suivant avant d'avoir remis le sable en état. Et si le saut est mordu, le temps de mettre le sable en état, on a le temps de changer la planche, ce n'est pas très compliqué. Surtout qu'il y aura encore des sauts mordus. Et puis, on sait très bien que dans un stade d'athlétisme, il n'y a pas uniquement un concours de la longueur et rien autour. Il y a toujours deux ou trois épreuves en même temps. Le temps mort, c'est donc encore une fois un faux problème", s'emporte Stéphane Caristan.
Derrière tout cela, il peut aussi y avoir une volonté de rendre les records du monde plus accessibles, alors que les marques de Mike Powell (8.95m en 1991) et de Galina Chistyakova (7.52m en 1988) tiennent depuis près de 40 ans maintenant. Car en donnant plus de liberté aux sauteurs, cela peut être propice à la performance. "C'est peut-être pour essayer de faire en sorte qu'on se rapproche ou qu'on dépasse à nouveau le record du monde du saut en longueur", abonde Stéphane Caristan.
Sauf qu'il y a un bémol et non de moindres : il ne sera plus possible de comparer les records avec cette évolution de la discipline. Et si c'est déjà le cas dans d'autres disciplines pour d'autres raisons, c'est cette fois uniquement lié aux desiderata de World Athletics. "On voit bien que dans le demi-fond, avec l'arrivée des nouvelles chaussures, même la fédération internationale est complètement dépassée (…) Comparer un chrono en demi-fond aujourd'hui avec ceux des grandes légendes du demi-fond d'une certaine époque, c'est juste un truc de dingue, regrette Stéphane Caristan. Après, autant avec les progrès technologiques, tout le monde en profite même si j'ai du mal à avoir des repères. Mais là en longueur, on va transformer l'essence même d'une discipline. C'est comme-ci, on décidait de baisser la hauteur du filet au tennis pour qu'il y ait moins de doubles fautes".
Rejoignez Plus de 2M d'utilisateurs sur l'app
Restez connecté aux dernières infos, résultats et suivez le sport en direct
Télécharger
Partager cet article
Publicité
Publicité