Championnats d'Europe d'athlétisme - Arnaud Dinielle, ex-coach de Gressier : "Jimmy a grillé un joker, il n'en grillera pas un deuxième" sur 10 000 m
Par Paul Citron
Publié 15/08/2026 à 00:15 GMT+2
Arnaud Dinielle est le premier entraîneur en course à pied de Jimmy Gressier, qu'il a entraîné de nouveau entre septembre 2025 et avril 2026 lorsque le Boulonnais a ressenti le besoin de quitter l'Insep où il était installé. L'ex-coach du champion du monde du 10 000 m assure que Gressier, qui court les 25 tours samedi à Birmingham (21h25), ne refera pas les erreurs qu'il a commises sur 5 000 m.
Ingebrigtsen et Daguinos finissent fort, Gressier paie l'addition : le dernier tour fou du 5 000 m
Video credit: Eurosport
Arnaud Dinielle, vous êtes l'ancien coach de Jimmy Gressier et vous l'avez accompagné jusqu'au mois d'avril. Qu'est-ce que vous avez pensé de sa course sur 5 000 m, qu'il a terminé à la 4e place ?
A. D. : Tactiquement, je pense que ce n'était pas la bonne ambition. Il l'a dit lui-même à l'arrivée, de manière assez lucide : lorsqu'on est dans la peau du chassé, c'est beaucoup plus difficile de voir ce qu'il va se passer derrière, notamment dans la dernière ligne droite. Je pense qu'il s'est focalisé vraiment sur la gagne, et donc sur Jakob (Ingebrigtsen), parce que dans sa tête, c'était l'homme à abattre. Cela changeait tactiquement de la manière dont il avait gagné en Diamond League à Zürich, et bien sûr à Tokyo, où il était parti de l'arrière avant de se dégager.
Il a voulu prendre la course à son compte, alors que ce n'est pas comme ça qu'il avait gagné l'an dernier.
A. D. : Oui, par rapport à son nouveau statut de champion du monde. Je ne veux pas pousser la comparaison, mais sur le Tour de France, le Maillot Jaune ne va pas s'amuser à emmener tout le monde jusqu'à l'arrivée pour se faire "déboîter" dans la dernière ligne droite. Quand l'Allemand (Florian Bremm, 2e) a passé Jimmy dans la dernière ligne droite, je pense qu'il s'est un peu désuni, et Étienne (Daguinos, 3e) fait un super finish aussi. Quelque chose d'intéressant à noter aussi : Jimmy se replace à mi-course quand (Dominic) Lobalu attaque, et il fait un gros effort pour prendre le lead, à l'inverse de Jakob qui est revenu en tête dans un moment plus calme.
Autour de la période de Noël, il n'avait plus envie de courir
Sans se trouver des excuses, il a aussi expliqué après la course que la saison avait été assez dure à mener avec son nouveau statut de champion du monde. Vous l'avez entraîné de la fin de l'année 2025 jusqu'au mois d'avril, est-ce que vous le comprenez lorsqu'il met ça en avant ?
A. D. : C'est sûr que le niveau d'exigence a augmenté, sans se cacher derrière ça. Quand je le récupère l'an passé (Gressier a quitté l'Insep fin septembre pour retourner s'entraîner chez lui, à Boulogne-sur-Mer, avec Arnaud Dinielle), il me dit "Arnaud, pour les Mondiaux de cross (le 10 janvier 2026), je me suis engagé avec Yann (Schrub) et Étienne (Daguinos). Je n'ai plus vraiment envie de les faire, mais je vais les faire." Il a vraiment connu une phase de décompression. Je ne vais pas dire que c'était un burn-out, mais autour de la période de Noël, il n'avait plus envie de courir.
Comment vous avez fait pour le remettre en selle ?
A. D. : Après les Mondiaux de cross (où il finit 15e), on a vite switché sur la saison 2026 et on a essayé d'aménager de nouvelles choses. On a essayé la méthode "norvégienne" (beaucoup de volume d'entraînement, mais moins d'intensité), ça a plutôt bien fonctionné. En avril, il est à deux secondes du record du monde à Lille (Gressier gagne l'Urban Trail 5 km en 12'51). Ensuite, les résultats sur piste ont été mi-figue mi-raisin. Il lui a peut-être manqué une course avant ces championnats d'Europe pour arriver avec plus de certitudes. Il a dit qu'il était en manque de repères, pas en manque de confiance, même si les deux sont liés.
Est-ce qu'il vous a parlé du poids que ce titre à Tokyo représentait ?
A. D. : On n'en a pas parlé hyper souvent mais je n'avais pas l'impression que ça le gênait plus que ça. Ce qui est sûr, c'est que partout où il allait, il y avait une forme de fatigue. Sportivement comme socialement, il était attendu. Il n'était plus un coureur lambda. Des fois, ça l'amusait, quand tout se passait bien. D'autres fois, pendant les périodes d'entraînement, ça l'agaçait. C'est ce qui peut expliquer aussi son choix de partir à Saint-Moritz (où il a terminé seul sa préparation avant ces championnats) plutôt qu'à Font-Romeu, où il y a plus de monde.
S'il ne fait pas de médaille, c'est une anomalie
Il doit maintenant se reconcentrer sur le 10 000 m prévu ce samedi (21h25). Il est dans quel état d'esprit en ce moment, à votre avis ?
A. D. : Je ne lui ai pas parlé directement, mais je pense qu'il a évacué la pression négative. Jimmy, c'est un combattant. C'est un guerrier. Je pense qu'il a analysé avec Adrien (Taouji, son coach actuel) et le staff ce qu'il s'était passé, il n'est pas dupe. Il sera revanchard et je suis quasiment certain qu'il va changer sa manière de faire, aussi parce que le 10 000 m est plus ouvert selon moi. Très sincèrement, s'il ne fait pas de médaille, c'est une anomalie. Le 5 000 m a dû le piquer, et l'une de ses qualités, c'est qu'il ne s'attarde pas sur ses erreurs. Pour lui, ses championnats ne sont pas réussis. Il va vouloir rebondir.
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Gressier, Ingebrigtsen et Daguinos sur le 5 000 m.
Crédit: Getty Images
Comme c'est la distance sur laquelle il a été sacré à Tokyo, il y aura peut-être un supplément de pression ?
A. D. : Je pense qu'il sera plus revanchard qu'il n'aura la pression. Oui, il est champion du monde, oui, il est attendu, mais j'en ai parlé avec un adjoint d'Adrien Taouji (le coach de Gressier) qui m'expliquait qu'il a vraiment envie de prendre sa revanche. Ce n'est pas quelqu'un qui a peur, bien au contraire.
Pour gagner, il faudrait qu'il accepte de recourir comme il a fait à Tokyo, en n'essayant pas de faire la course ?
A. D. : Exactement, c'est un schéma qui lui avait réussi. Je pense que s'il court caché, il peut être médaillable, voire aller chercher le titre. Je suis certain que dans sa tête, il n'y a que la première place, mais j'aimerais lui dire : "Joue le podium, et tu vois ensuite". Il ne faut pas qu'il se trompe, mais je suis sûr qu'il va revenir à des choses qu'il sait faire. Il a grillé un joker, je ne pense pas qu'il va en griller un deuxième.
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