Championnats d'Europe - "Pour les JO 2028, c'est déjà compromis" : pourquoi le sprint court français dégringole

Eurosport sur Google

Une seule Française, Gémima Joseph sur 200 m, et aucun Français : voici le très maigre contingent des Bleus pour les épreuves de sprint court des championnats d'Europe de Birmingham. Une quasi-absence qui s'explique par quelques éléments conjoncturels, un peu de malchance, mais surtout par un déficit d'athlètes, en qualité et en quantité. Stéphane Caristan et le sprinteur Younes Nezar expliquent.

Gémima Joseph lors des championnats de France d'Albi, fin juillet 2026

Crédit: Getty Images

Sur les listes des engagés, dans les starting-blocks ou même dans les vestiaires de l'Alexander Stadium de Birmingham, si vous peinez à trouver des sprinteurs français ne vous cherchez pas trop. Hormis Gémima Joseph, engagée sur 200 m ce mercredi, aucun autre sprinteur court (100 m + 200 m) français ne dispute cette semaine les championnats d'Europe d'athlétisme au Royaume-Uni. C'est la première fois, depuis 1934, que la France n'envoie personne sur la ligne droite.
Deux épreuves sur lesquelles les Bleus ont pourtant brillé dans le passé. La France y a remporté 37 des 219 médailles glanées par la France dans l'histoire des Euros d'athlétisme au total, mais seulement une seule depuis 2016. "Malheureusement [cette absence de sprinteurs courts], ce n'est pas quelque chose qui arrive de nulle part, reconnait Younes Nezar, sprinteur de haut-niveau et créateur de contenu sur les réseaux sociaux (@younivers__). Aujourd'hui, il y a un déficit de niveau en France."
Pour décrocher un ticket pour l'Euro, la Fédération française d'athlétisme avait mis en place un système de double minima. Un minima A correspondant à une estimation du top 3 européen et top 8 mondial (10"05 chez les hommes et 11"00 chez les femmes sur 100 m, 20"20 chez les hommes et 22"50 chez les femmes sur 200 m) à réaliser une seule fois pour se qualifier. Ou un minima B correspondant au top 8 européen et top 12 mondial (10"15 chez les hommes et 11"18 chez les femmes sur 100 m, et 20"45 chez les hommes et 22"85 chez les femmes sur 200 m) à réaliser deux fois dans les trois mois avant la compétition.

De la malchance, oui mais...

Aucun athlète n'a réussi les minimas A. Et seule Gémima Joseph, qui a couru le 200 m en 22"60 fin mai puis 22"63 début juin, a réussi les minimas B, donc. Un homme en est passé proche sur 100 m : le champion de France en titre Théo Schaub, qui a couru en 10"12 fin mai puis en 10"14 début juin, mais à chaque fois avec un vent de dos trop fort pour que le chrono soit homologué. Médaillée de bronze en 2024 sur 200 m, Hélène Parisot n'a, elle, pas couru une seule fois sous les chronos B.
Il faut dire, aussi, que les conditions des championnats de France, fin juillet dernier à Albi, n'ont pas aidé. "[Elles] n’ont pas permis à nos sprinters d’aller suffisamment vite individuellement, dans un contexte où plusieurs d'entre eux ont dû composer avec des blessures tout au long de la saison" a même reconnu le manager du programme Los Angeles 2028 Jean Galfione dans un communiqué. Près de 40 degrés pour les séries, puis une piste trempée pour les finales le lendemain : l'évènement que de nombreux athlètes avaient coché pour viser les minimas a été particulièrement piégeux.
picture

Théo Schaub en finale du 100 m aux championnats de France d'athlétisme d'Albi, fin juillet 2026

Crédit: Getty Images

Et, comble de la malchance, quelques blessures ont fini d'achever le contingent bleu. Le meilleur performeur français de l'année, Pablo Matéo, s'est blessé à Albi. Et Jeff Erius, l'un des cinq français à avoir couru sous les 10", a traîné une pubalgie. Voilà pour les explications rationnelles et conjoncturelles. Mais elles ne sont qu'un arbre cachant difficilement la forêt : même avec des meilleures conditions à Albi, et sans les blessures, la France n'a plus les arguments qu'elle avait dans le passé sur sprint court.
"Cela n’a échappé à personne que le sprint français ne se porte pas bien en ce moment" a admis Jean Galfione, dans le même communiqué. Et difficile d'identifier une cause claire du problème pour beaucoup. "Il y a peut-être un problème générationnel, il y a aussi un problème structurel" se risque notre consultant Stéphane Caristan, à tâtons. Tout en reconnaissant : "Le niveau mondial en sprint a tellement évolué que pour être finaliste maintenant, il faut faire des chronos invraisemblables."
On manque aussi d'un leader
Et la France semble avoir loupé le bon train. Aux JO de Paris, par exemple, tous les finalistes ont couru sous les 10 secondes pour la première fois dans l'histoire. "Alors pour les JO Los Angeles 2028, ça me paraît déjà compromis, et même pour Brisbane dans six ans" estime Stéphane Caristan, citant le maigre contingent français en individuel aux Mondiaux juniors 2026 pour exemple (2 femmes sur 200 m, aucun homme, personne sur 100 m). "La fédé va mettre en place des actions à partir de la rentrée et dresser un état des lieux sur le sprint court", ajoute Younes Nezar.
picture

Christophe Lemaître et Jimmy Vicaut avaient réussi le doublé en 2012 aux Championnats d'Europe.

Crédit: Getty Images

Avant de poursuivre : "On manque aussi en France d'un leader sur le sprint, comme on a pu avoir par les années précédentes avec Jimmy Vicaut ou Christophe Lemaitre. Gémima (Joseph) pourrait incarner cela, mais c'est encore trop tôt pour le dire." Résultat : de nombreux athlètes font le choix de se tourner vers les États-Unis pour s'entraîner. Pas forcément parce que les coaches y sont meilleurs – "c'est un mythe" souffle Nezar – mais plutôt parce que l'accompagnement y est meilleur et, et c'est important, pour pouvoir plus facilement travailler dans un groupe d'athlètes de haut-niveau.
Et, et ce n'est un secret pour personne, l'athlétisme français souffre beaucoup de ses difficultés à faire vivre ses athlètes de son sport. "On voit de plus en plus d'athlètes qui arrêtent l'athlétisme pour des raisons financières, pour fonder une famille" regrette Younes Nezar. Ce qui pousse même à l'expectative : quand une discipline est connue à ce point pour ne pas payer, combien de jeunes au gros potentiel athlétique ne pensent même pas à s'y tourner. "Aux États-Unis, par exemple, ils décident de passer en athlétisme quand ils sont quasi-sûrs de pouvoir finir champion du monde" ajoute Nezar. Avant de sentir de nouveau l'odeur d'une médaille individuelle mondiale – voire même continentale – la route risque donc d'être longue pour la FFA.
Rejoignez Plus de 2M d'utilisateurs sur l'app
Restez connecté aux dernières infos, résultats et suivez le sport en direct
Télécharger
Partager cet article
Publicité
Publicité