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Aries Merritt, derniers obstacles avant une greffe du rein

Merritt, derniers obstacles avant une greffe du rein
Par AFP

Le 28/08/2015 à 00:46

Porteur d'un virus qui attaque son organisme, Aries Merritt va devoir passer sur le billard, quatre jours après la finale du 110m haies des Mondiaux de Pékin, pour recevoir une greffe de rein. Avant ça, l'Américain espère devenir champion du monde, trois ans après son sacre olympique de Londres.

Une finale mondiale du 110 m haies vendredi puis, quatre jours plus tard, une transplantation du rein: c'est -littéralement- la course d'obstacles incroyable que va vivre l'Américain Aries Merritt, recordman du monde de la discipline depuis 2012.

L'athlète de 30 ans souffre d'une maladie génétique rare et ses reins ne fonctionnent qu'à 20% de leur capacité. C'est pourquoi il va être transplanté le 1er septembre et recevoir un rein de sa soeur, LaToya Hubbard. "Je suis ici à Pékin pour ma santé mentale plus que pour autre chose", a-t-il assuré après les séries des Mondiaux mercredi. "Je ne veux pas rester assis chez moi à attendre l'opération". C'est un résumé terrible de la vie d'un sportif de haut niveau, ou de la vie tout court, qui s'écrit depuis trois ans pour Merritt: être en haut de l'affiche un jour, plus bas que terre le lendemain.

" Après Moscou, j'ai commencé à être très malade"

En 2012, l'Américain aux dreadlocks finement ciselées sur le crâne réussit la saison parfaite: champion olympique à Londres, record du monde en septembre à Bruxelles (12.80). Merritt rayonne et transporte son sourire généreux sur toutes les pistes du monde. Mais l'année suivante sera un cauchemar. "Lors des Mondiaux 2013 de Moscou, j'ai senti que quelque chose n'allait pas", se souvient-il, cité par la Fédération internationale (IAAF). "Après Moscou, j'ai commencé à être très malade. J'avais un manque extrême d'énergie, une respiration courte et des difficultés à récupérer". Le diagnostic, terrible, tombe deux mois après les Mondiaux: Merritt souffre d'un problème de rein, causé par une maladie génétique rare, qui touche en majorité les Afros-américains.

La situation est d'autant plus grave que le sportif est porteur d'un virus qui attaque ses reins, sa moelle osseuse et détruit son organisme. "Je me suis effondré. J'ai fait du déni et pendant un moment j'ai été dans un état très dépressif. J'étais content qu'ils aient trouvé le problème, mais je ne comprenais pas comment ça pouvait m'arriver après une saison 2012 aussi formidable."

Aries Merritt aux Mondiaux de Pékin 2015.

Aries Merritt aux Mondiaux de Pékin 2015.AFP

" J'aime me battre"

Le sportif va alors passer plus de six mois à l'hôpital, d'octobre 2013 à fin avril 2014. S'entraîner n'est évidemment plus à l'ordre du jour. A son entrée à l'hôpital, ses reins ne fonctionnent plus qu'à 15%: marcher et effectuer les tâches quotidiennes les plus anodines est un combat. Merritt ne peut plus manger correctement, incapable d'assimiler les protéïnes, et perd du poids.

Son traitement par transfusion d'immunoglobuline intraveineuse (IgIV) doit être adapté, car il lui détruit trop les globules rouges. Progressivement, la situation s'améliore néanmoins. Et Merritt reprend la compétition en mai 2014, après quelques semaines d'entraînement. Son chrono de rentrée (13.78) au Steve Scott Invitational en Californie donne la mesure du fossé qui le sépare du haut niveau: il est à une seconde de son record du monde. "Quand j'ai recommencé le sport, je n'étais pas aussi frustré qu'on pourrait le penser. Après m'être entendu dire que je ne serais plus capable de courir, j'étais simplement heureux de faire ce que j'aime", explique Merritt.

Une saison d'entraînements et de meetings plus tard, il a déjà fait beaucoup en arrachant sa place pour les Mondiaux et un meilleur chrono cette saison de 13"08, réalisé en demi-finale jeudi à Pékin. "Ce pourrait être ma dernière compétition si ça se passe mal avec la greffe", reconnaît-il. "Mais je suis optimiste sur le fait de pouvoir revenir et de m'entraîner en vue des jeux Olympiques de Rio. J'aime me battre, j'aime la compétition. C'est ma vie et me voilà."

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