Paris 2024 I Noah Lyles devait-il renoncer au 200 m à cause du Covid ?
Par Vincent Bregevin
Mis à jour 09/08/2024 à 03:40 GMT+2
Pourtant atteint par le Covid, Noah Lyles a tenu à participer au 200m des Jeux Olympiques de Paris 2024, dont il a pris la troisième place jeudi au Stade de France. Une décision controversée. Si c'était le seul moyen pour l'Américain de réaliser son rêve de doublé après le 100 m, cela mettait aussi en jeu la santé de ses concurrents. Aurait-il dû renoncer ? Eléments de réponse.
Du show au fauteuil roulant : l'incroyable défaillance de Lyles
Video credit: Eurosport
Il devait entrer dans la légende, il est sorti en fauteuil roulant. Noah Lyles avait rendez-vous avec l'histoire jeudi sur la piste du Stade de France. Une victoire sur le 200m lui aurait offert un doublé réservé aux plus grands après son succès pour 5 millièmes sur le 100 m. Sur les 50 dernières années, seuls Carl Lewis et Usain Bolt l'avaient réalisé aux Jeux Olympiques. L'Américain est entré dans l'arène comme si de rien n'était. En bondissant comme un kangourou, en courant dans tous les sens, les bras en l'air, en chauffant le public comme à son habitude. Personne n'imaginait qu'il avait le Covid.
- Suivez les Jeux Olympiques de Paris 2024 en intégralité sur Eurosport via la plateforme de streaming Max
- Le tableau des médailles
C'est pourtant l'information qui est tombée quelques minutes plus tard en provenance de la Fédération américaine d'athlétisme. Entretemps, Lyles était tombé de haut. En course d'abord, en se contentant d'une troisième place sur une distance où il était invaincu depuis trois ans, avec un chrono en deçà de ses standards (19"70). A l'arrivée, aussi, quand il s'est allongé sur le dos, avec des fortes respirations, avant d'être évacué sur une chaise roulante par le service médical. Lyles, masqué, a lui-même confirmé au micro de la NBC qu'il était atteint du Covid, tout en précisant qu'il était à 90-95% de sa forme optimale.
"Il pensait avoir une marge"
Devait-il courir pour autant ? Il y avait l'enjeu personnel avec la perspective de ce fabuleux doublé, et celui des autres, avec les risques que sa maladie impliquait. "Je ne suis pas là pour juger, mais s'il avait le Covid, il n'aurait pas dû courir, estime notre consultant Stéphane Caristan. Il n'y a pas si longtemps que ça, il aurait été raccompagné à la frontière ou mis en isolement. Là, par rapport aux adversaires, on voit qu'il va faire des accolades, sans masque… Ce n'est pas très fair-play."
/origin-imgresizer.eurosport.com/2024/08/08/4022880-81595248-2560-1440.jpg)
Comment Tebogo a calmé le kangourou Lyles : la finale du 200m en vidéo
Video credit: Eurosport
Lyles a préféré passer outre. Courir ce 200 m, c'était en effet le seul moyen d'atteindre l'objectif qu'il s'était fixé à Paris, avec un triplé avec le 4x100m. "On sait qu'il était obsédé par ce triplé, voire envisager quatre médailles d'or avec le 4x400m, a confirmé Stéphane Caristan. Il avait a priori fait le plus dur avec le 100m, il pensait avoir une marge sur le 200m, pouvoir l'emporter même avec le Covid."
"Il a grillé un jus, c'était un truc de dingue"
Pourtant, dans ces conditions, son entrée de showman semble d'autant plus troublante avec le recul. "Son entrée exubérante, tonitruante comme il sait le faire, il l'a faite aussi sur le 100m, analyse Stéphane Caristan. Le problème c'est qu'avec le Covid, déjà moi je n'aurais pas couru pour respecter les consignes sanitaires mais surtout je me serais économisé au maximum et je ne me serais dépensé comme il l'a fait. Il a grillé un jus, c'était un truc de dingue. Il a manqué peut-être un peu de lucidité avec cette obsession du triplé. Il l'a payé cash parce qu'il a eu du mal à récupérer après cet effort."
/origin-imgresizer.eurosport.com/2024/08/07/4021908-81575808-2560-1440.png)
Au rupteur, Lyles a regardé Tebogo gagner sa demi-finale du 200m
Video credit: Eurosport
On ne saura jamais vraiment à quel point la maladie, ajoutée à cette débauche d'énergie inutile, a pénalisé Lyles. Ce qui est certain, c'est qu'il n'a jamais affiché son meilleur visage. "Je ne savais pas qu'il avait le Covid, donc j'ai simplement vu deux athlètes qui ont fait un départ canon, Tebogo et Bednarek, explique Stéphane Caristan. Je me dis qu'ils ont envoyé du bois dans le virage pour creuser la distance avec Lyles, parce qu'on sait qu'il ne part pas très bien. Cela l'aurait obligé à s'employer, peut-être à se crisper, ce qui m'a semblé être le cas sans savoir qu'il était diminué. Normalement, il passe la surmultipliée entre 60 et 30 mètres de l'arrivée, il revient, il dépasse et il dépose littéralement ses adversaires, ce qui n'a pas été le cas."
"Ce n'est pas très classe"
La question restera sans réponse. Celle qui concerne le timing de l'information en est une autre. Pourquoi n'a-t-on appris le Covid de Lyles qu'après la course alors qu'il le savait depuis mardi ? "Je ne connais pas le règlement, je ne sais pas si l'équipe américaine aurait dû déclarer le cas, reconnaît Stéphane Caristan. Il y a trois ans, c'était pris au sérieux… Si les Américains n'ont pas informé les officiels, ce n'est pas très classe. Je ne sais pas comment ça va se passer. Il est troisième, on ne va pas lui enlever sa médaille."
Elle ne lui sera certainement pas retirée, mais elle ne sera jamais du métal qu'il souhaitait. Et c'est bien l'une des surprises majeures de ces Jeux. "Personne ne pouvait imaginer que quiconque soit champion olympique à la place de Noah Lyles, affirme Stéphane Caristan. Il domine cette distance, il est triple champion du monde sortant. Comme il a dit, le 100m c'est sa maîtresse, le 200m c'est sa femme. Il a une vraie affinité avec cette discipline et personne n'aurait pu imaginer qu'il soit battu. Je me suis demandé s'il avait pris de haut ses adversaires, mais le Covid explique mieux sa course."
/origin-imgresizer.eurosport.com/2024/08/09/4023175-81601148-2560-1440.jpg)
Tebogo : "Je ne suis pas une personne arrogante ou tapageuse comme Noah"
Video credit: Eurosport
Sur le même sujet
Publicité
Publicité