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Record du monde du marathon | Contrôles volontaires, intransigeance : comment Sabastian Sawe a tout fait pour écarter les suspicions de dopage
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Mis à jour 27/04/2026 à 20:05 GMT+2
Le Kényan Sabastian Sawe est devenu le premier homme à courir un marathon officiel en moins de deux heures. Une performance historique réalisée à Londres, qui relance inévitablement les questions sur le dopage contre lesquelles le Kenyan se bat pour redorer l’image de son sport et de son pays. Opérations de contrôles volontaires et intransigeance vis-à-vis de ses coéquiers, l'engagement est total.
1h59'30" : Sawe s'offre le record du monde sur le marathon de Londres
Video credit: Eurosport
Par Axel Couturier
Un mur est tombé. Ce dimanche 26 avril 2026, à Londres, Sabastian Sawe a inscrit son nom dans l’histoire de l’athlétisme en devenant le premier marathonien à passer sous la mythique barre des deux heures dans des conditions officielles. En 1h59’30’’, le Kényan a non seulement pulvérisé son précédent record sur la distance (2h02’05’’), mais aussi repoussé les limites du possible. "Je me sens bien, je suis tellement heureux. C’est une journée mémorable pour moi", a-t-il confié, humblement, au micro de la BBC. Un exploit immédiatement accompagné d’un autre récit, celui d’un athlète qui, conscient du climat de suspicion, avait déjà tout mis en œuvre pour prouver qu’il n’avait rien à cacher.
Une prouesse historique dans un climat sous tension
L’événement a marqué le week-end sportif. Et pour cause, ils sont deux à être passés sous les deux heures. À peine onze secondes après Sawe, l’Éthiopien Yomif Kejelcha a lui aussi franchi la ligne en 1h59’41’’, confirmant une nouvelle ère dans la discipline. Jusqu’ici, seul Eliud Kipchoge avait réussi un tel exploit en 2019, à Vienne. Mais cette performance restait non homologuée, réalisée dans des conditions très particulières avec 41 lièvres et une optimisation extrême du parcours. Cette fois, aucune ambiguïté. La performance de Sawe est officielle.
Pourtant, dans un contexte où la suspicion entoure de plus en plus les performances venues du Kenya — avec 145 athlètes suspendus pour dopage depuis 2017 — cet exploit n’échappe pas aux interrogations. Après le cas de Ruth Chepngetich, contrôlée positive après son record du monde en 2024 en 2h09’56’’, qui est resté dans les mémoires, Sabastien Sawe avait à cœur de ne laisser aucun doute quant à son intégrité et de prouver que les Kenyans sont meilleurs même sans utiliser de produits dopants.
Une stratégie assumée pour dissiper les doutes
Conscient de cette défiance, Sabastian Sawe a pris les devants. Dès 2025, alors qu’il prépare le marathon de Berlin avec l’ambition de battre (déjà) le record du monde, il contacte lui-même l’Unité d’intégrité de l’athlétisme (AIU). Son objectif est de se soumettre aux contrôles les plus stricts possibles. "La principale raison était de montrer que je suis propre et que je fais les choses correctement", explique-t-il.
Grâce au soutien financier de son sponsor Adidas, en investissant 50 000 euros avant le marathon de Berlin, l'an passé, en septembre 2025 — les agences antidopage ne disposant pas toujours de moyens suffisants —, il subit 25 contrôles sanguins et urinaires en quelques mois, parfois plusieurs fois par semaine. "Un jour, j’ai même été testé deux fois : tôt le matin et tard le soir", confie-t-il au Guardian. Aucune anomalie n’est détectée. S’il remporte Berlin, il échoue néanmoins à battre le record du monde, freiné par des conditions météorologiques défavorables. Qu’importe, Sawe poursuit sa démarche avec rigueur, continuant à se faire tester régulièrement.
Charte à signer
Plus encore, il impose une discipline stricte à son groupe d’entraînement. Chaque athlète doit signer un engagement stipulant qu’en cas de dopage, il devra reverser ses gains à la lutte antidopage. Refuser de signer signifie l’exclusion immédiate de l’équipe. Un investissement inédit dans ce combat de la part d’un athlète selon l’AIU. Je voulais prouver au monde entier que nous, les Kényans, pouvons obtenir des résultats exceptionnels sans que le spectre du dopage plane constamment au-dessus de nos têtes », affirme-t-il sur LetsRun. Avant d’ajouter, sans détour : "Le dopage est un cancer."
Avec son record historique, Sabastian Sawe fait basculer le marathon dans une nouvelle dimension. Mais à l’heure où la performance sportive est systématiquement scrutée, son exploit dépasse le simple cadre chronométrique. En choisissant la transparence totale, le Kényan tente de réconcilier performance et crédibilité. Reste à savoir si, dans un sport fragilisé par les scandales, même les preuves suffiront à faire taire les doutes. Ou si courir sous les deux heures restera, pour longtemps encore, une performance aussi fascinante que suspecte.
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