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Refugees's Voice avec Anjelina Nadai Lohalith : "Lorsque ça va, on ne vous voit pas comme un réfugié, mais…"
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Publié 12/09/2023 à 23:39 GMT+2
Le chemin vers le succès a été fait de sacrées embûches pour Anjelina Nadai Lohalith. Victime de la guerre civile au Soudan du Sud qu'elle a quitté avant ses dix ans, la jeune femme a trouvé une nouvelle voie dans la course à pied. Une "vocation" qui lui fait découvrir les Jeux Olympiques à Rio. Avant de devenir la première réfugiée à remporter une course internationale il y a quelques mois.
Anjelina Nadai Lohalith - Refugees’ Voice
Crédit: Getty Images
Dans un pays déchiré par la guerre, Anjelina Nadai Lohalith a dû se battre. Originaire du Soudan du Sud qu'elle a quitté à neuf ans avec sa tante pour rejoindre le camp de réfugiés de Kakuma au Kenya, la jeune championne se découvre une passion pour la course. Elle a été l'une des premières représentantes de l'équipe olympique de réfugiés du CIO à Rio 2016. Avant d'enchaîner avec Tokyo 2020. En 2023, elle est entrée dans l'histoire en devenant la première réfugiée en athlétisme à remporter une grande course internationale, aux Championnats d'Europe de clubs en cyclo-cross.
A Tokyo, Lohalith ne savait pas si ses parents étaient encore en vie. Ce n'est qu'avant les Jeux au Japon que la bonne nouvelle est arrivée. Fraîchement sortie des Mondiaux d'athlétisme à Budapest, la fondeuse raconte ce sentiment, son rôle de mère et son envie de devenir meilleure sur la piste après toutes ces épreuves.
"Budapest a été difficile et incroyable à la fois. Il faisait très chaud. C'étaient mes premiers Championnats du monde sur 5 000 m, pas sur 1 500 m. J'ai raté mon objectif car mon temps en qualifications était de 15'35''. Je voulais courir en 15''15" voire en 15'20'', mais j'étais quand même très contente de ce que j'ai accompli. J'ai fait de mon mieux donc je dirais que c'était parfait !
J'ai vraiment beaucoup appris depuis mon premier Championnat du monde en 2017. Avant, j'avais beaucoup de craintes de ne pas pouvoir rivaliser avec des coureuses de classe mondiale, mais maintenant j'ai plus confiance et je sais que je suis capable de le faire. Faith Kipyegon du Kenya et Sifan Hassan des Pays-Bas sont mes inspirations. Je les regarde courir et j'admire leur détermination.
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Sifan Hassan (médaille d'argent) et Faith Kipyegon (or) dans la finale du 5000 m féminin aux Championnats du monde d'athétisme de Budapest 2023.
Crédit: Getty Images
Je pense que Budapest m'a bien préparé pour les Jeux Olympiques de l'année prochaine. Je dois maintenant m'entraîner beaucoup plus dur pour voir si je peux me qualifier pour Paris. C'est mon objectif principal et je serais très honorée de participer à mes troisièmes Jeux Olympiques.
Tokyo a été très spécial pour moi car j'ai découvert que mes parents étaient encore en vie juste avant mon voyage là-bas. Mes cousins m'ont dit qu'ils leur avaient parlé et qu'ils allaient bientôt arriver au camp de réfugiés de Kakuma. Je ne peux pas commencer à décrire les sentiments que j'ai ressentis à ce moment-là parce que c'était très dur pour moi pendant ces années. Je ne pouvais pas être avec eux, ni même savoir s'ils allaient bien ou s'ils étaient encore en vie.
Je suis donc partie à Tokyo avec cette nouvelle et ça a été difficile de consacrer toute ma concentration à la compétition ! J'étais si heureuse qu'ils soient maintenant dans le camp et qu'ils m'attendent. Après les Jeux Olympiques, j'ai pu les rencontrer là-bas. Nous ne pouvions pas nous serrer dans les bras car c’était encore à l’époque du coronavirus, mais j’étais tellement heureuse que j’ai pleuré ! Je remercie Dieu de les avoir encore en vie. Ce moment me donne tellement d’espoir et me motive à faire de mon mieux dans la vie parce que je veux pouvoir leur offrir la meilleure vie qu’ils n’ont jamais reçue.
Il y a cinq ans, je suis devenu parent moi-aussi. Être maman est incroyable et cela me motive à travailler très dur. Chaque fois que je vois un défi, je pense à mon fils Jayden et cela me pousse à déployer encore plus d’efforts dans tout ce que je fais. Je veux réaliser de bonnes choses pour pouvoir changer sa vie. Je ne veux pas qu’il soit un réfugié comme moi, ou qu’il traverse des épreuves similaires sans avoir de parents. Je veux juste lui consacrer tous mes efforts.
Il est tellement incroyable et c’est aussi un coureur ! Il n'avait pas encore un an qu'il a commencé à courir dans les champs. Il sait danser, il sait chanter, il peut tout faire ! Chaque fois que je fais quelque chose, il me rejoint et discute. J’aime toujours être avec lui, même s’il me manque beaucoup chaque fois que je voyage ou que je m’entraîne dans les camps.
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Jayden, le fils d'Anjelina
Crédit: Eurosport
Ce n'est pas facile d'être loin de lui, mais il faut parfois faire des sacrifices. Par exemple, on ressent tous les deux de la douleur lorsque nous ne sommes pas ensemble, mais je sais que c’est ce qu’il y a de mieux pour lui. Normalement, je m'organise pour qu'il me rende visite chaque week-end et que nous passions trois à quatre jours ensemble au camp. Nous pleurons tous les deux quand il part mais je sais que je dois tout sacrifier pour lui.
Être réfugié, ça signifie qu'on est habitué à surmonter les difficultés. Par exemple, au sein de l’équipe, l’un des plus grands défis auxquels nous sommes confrontés est la mentalité des gens à l’égard du statut de 'réfugié'. Lorsque ça va, on ne vous voit pas comme un réfugié, mais lorsque ça ne va pas, il y a de la négativité à votre égard. C’est à nous de montrer que ce n’est qu’un statut et que la parole des gens ne peut pas nous abattre.
Un autre défi que nous rencontrons concerne les documents de voyage. Parfois, on nous dit qu'on ne peut pas voyager parce que nous n’avons pas le bon document. Aucun d’entre nous ne souhaitait être réfugié, c’est pourquoi nous devrions recevoir un soutien au lieu de nous dire : 'non, ce n’est pas le bon document'.
Malgré tous ces défis, mon message aux réfugiés du monde entier est de garder espoir peu importe ce qu'on fait. Ce n’est pas parce qu'on est réfugié qu'on n'a pas le droit de se plaindre. Ce n’est pas une malédiction : cela peut arriver à n’importe qui, mais l’espoir et la foi vous mèneront loin. Quels que soient les obstacles auxquels vous faites face, l’espoir devrait toujours être l’outil qui vous encourage. Je sais parfois que la situation peut être très mauvaise, que vous pouvez avoir envie de vous maudire ou de maudire Dieu, mais rien n'est permanent et les choses arrivent toujours pour une raison. Nous devrions toujours avoir de l’espoir et nous devrions toujours apprendre à nous lever et à tenter quelque chose dans la vie qui puisse vous aider.
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Anjelina remporté les Championnats d'Europe de cyclo-cross par équipe 2023 à Castellon, en Espagne
Crédit: Eurosport
Il y a quelques mois, je me suis dit que je pouvais remporter une médaille internationale. Et j'ai remporté l'or lors d'une course en Espagne. J'ai dédié cette victoire aux collègues de mon équipe pour montrer aux réfugiés du monde entier que si on travaille, si on rêve, alors tout est possible. Gagner, c'est pour tout le monde, ce n’est pas pour une personne en particulier. N’importe qui peut gagner à tout moment. Si vous avez un talent, si vous aimez quelque chose, alors poursuivez-le et essayez de changer votre vie. Si ce n'est pas aujourd'hui, ce sera demain. Si ce n'est pas demain, alors ce sera le surlendemain."
Refugees' Voice vous présente le profil des athlètes réfugiés jusqu'aux Jeux de Paris 2024. Ils sont 63 à bénéficier du programme de soutien aux athlètes réfugiés qui est géré par l'Olympic Refuge Foundation et financé par Olympic Solidarity. Les 63 athlètes espèrent se qualifier pour les Jeux et concourir au sein de l'équipe olympique des réfugiés du CIO Paris 2024.
Suivez Anjelina et son parcours sur Instagram @anjelinenadia et toute l'actualité de l'équipe des réfugiés olympiques sur @refugeeolympicteam.
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