C’est un fantasme commun. On voit un joueur de football ou de rugby traverser le terrain à grande vitesse, puis on l’imagine se confronter aux meilleurs athlètes du monde sur 100m. Alors si c’est Cristiano Ronaldo ou Kylian Mbappé : banco ! Les calculs fantaisistes et les montages peuvent affluer sur internet. La réciproque se défend bien. Usain Bolt et sa passion revendiquée pour le football en sont la preuve. La Foudre a d’ailleurs fait le fameux bond à l’issue de sa glorieuse carrière, sans réussite. Ce week-end, un autre sportif a franchi le pas du fantasme à la réalité, avec plus d’ambition : DK Metcalf.
Le wide receiver des Seahawks est une référence en NFL, en termes de vitesse, depuis sa draft en 2019. En octobre dernier, il a réalisé une action défensive impressionnante, sauvant son équipe d’un touchdown après une interception. Sa course avait fait le buzz. Au point de susciter un appel du pied de la fédération nationale d’athlétisme des Etats-Unis, sur Twitter. "On se voit là-bas" avait répondu Metcalf, en référence à une potentielle participation aux Trials (sélections olympiques aux US). Depuis, la punchline est devenue un projet, et le footballeur américain a chaussé les pointes dimanche à Walnut, en Californie.

"Impossible" de le voir aux JO de Tokyo selon Caristan

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Résultat : une neuvième et dernière place sur la ligne droite, mais dans le temps plus qu’honorable de 10.37 (+1.0m/s). Le volumineux Metcalf (1,93m pour 104 kg) a encore du boulot s’il veut participer aux Trials à Eugene dans un peu plus d’un mois (18-27 juin). Un temps de 10.05 lui offrirait une place pour l’évènement. Il peut aussi espérer en être sans établir une telle performance, s’il figure parmi les 32 sprinteurs les plus performants du pays… Mais son coup d’essai fait seulement de lui le 84e homme le plus rapide des Etats-Unis en 2021, d’après NBC.
Son dessein ne semble pas crédible, aux yeux de Stéphane Caristan : "Le voir se qualifier pour les JO de Tokyo (23 juillet - 8 août 2021, NDLR) est impossible selon moi (…) S’il passe un tour aux Trials, déjà, c’est bien." Le champion d’Europe 1986 du 110 mètres haies est catégorique : "[Metcalf] n’a pas une vitesse de base suffisamment élevée pour prétendre à une sélection olympique cette année." N’existe-t-il même pas une lueur d’espoir ? "Peut-être, s’il y a dix mètres de vent dans la figure… avec sa puissance, il pourra compenser", sourit l'ancien hurdler français, devenu entraîneur.

DK Metcalf s'installe dans les starting-blocks, avant le premier 100m de sa carrière d'athlète - 09/05/2021, Walnut (Californie)

Crédit: Getty Images

Pas le prototype du diamant à polir

Pourtant, DK Metcalf n’est pas la caricature d’un sportif dont la célérité n’aurait rien d’académique. "Il court bien. Il court juste. C’est déjà un bon technicien", salue notre consultant qui soupçonne un retour vers un amour d'antan. Le revers de la médaille, c’est que cette maîtrise technique relativement bonne ne suggère pas une immense marge de progression. Le joueur des Seahawks (sous contrat jusqu'à la saison 2022) n’est pas un diamant brut, dont le chrono de 10.37 laisserait espérer monts et merveille. "Il peut gagner pas loin de 15 centièmes, voire 2 dixièmes, d’ici cet été", envisage tout de même notre consultant. Mais comment ?
Stéphane Caristan décrypte la course de cette "belle bête" de 23 ans : "Il est explosif. Mais il se redresse trop tôt. Il peut encore progresser dans sa mise en action, il pose vite son premier appui, ne pousse pas beaucoup sur sa jambe gauche… On voit qu’il manque un peu de spécifique. Il est un peu crispé, mais vu son gabarit, il est ‘pas mal’ au niveau du rythme." Voilà le cocktail d’un départ correct, qui lui permet d’être au contact de Mike Rodgers (finaliste mondial de l'épreuve en 2015, 2e en 10.12 ce dimanche) and co. C’est ensuite que "cela se complique"…
"Ce qui me marque le plus, ce sont ses 40 derniers mètres, où il pioche, il allonge pour garder le contact", poursuit Caristan, qui ajoute : "Il a les épaules un peu hautes." Notre spécialiste pointe donc un défaut rédhibitoire face à une telle concurrence : "Je pense qu’il [Metcalf] atteint sa vitesse maximale plus tôt que les autres (…) mais il ne la tient pas très longtemps. On voit que c’est dans ce secteur là que les autres font la différence." Pour autant, il ne parle pas d'écroulement, ni même d'une grande détérioration de la foulée du transfuge des terrains de foot us au tartan.

"C'est très différent de la vitesse dans le football"

"Sur 100 yards (91 mètres NDLR), il doit tout de même faire la différence (dans son sport de prédilection), à mon avis, parce que des footballeurs américains qui font moins de 10.40 sur 100 mètres, il n’y en a pas 30 000, évalue Stéphane Caristan. Mais face à des vrais sprinteurs…" Metcalf s’incline, beau joueur : "Ce sont des athlètes de classe mondiale. Ils font cela pour gagner leur vie. C'est très différent de la vitesse dans le football (américain)." Il a pu voir ce qui le séparait de l’élite, mais pense toujours qu’il a "de bonnes chances de (se) qualifier" pour les Trials.
Pour cela, il devra donc rester dans le match au-delà de la mi-course. Stéphane Caristan détaille les différentes façons de travailler son finish sur piste : "On fait de l’endurance de force, des exercices spécifiques de vitesse sur des distances supérieures, des 120, des 150 voire des 200 mètres." Outre la distance, l’intensité est un facteur sur lequel jouer : "On fait des courses en vite-relâché-vite (120 mètres, par tranches de 40 mètres), de l’accélération progressive aussi, en décomposant la course, pour essayer de garder de la disponibilité technique, être capable d’accélérer alors que l’on a déjà 80 mètres dans les jambes."

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Trop musclé ?

Reste la question de son poids. Pour encaisser les chocs en NFL, mieux vaut ajouter quelques grammes à son enveloppe corporelle naturelle. Un problème en athlétisme ? Cartistan justifie d’abord la présence de gabarits impressionnants au départ des 100 mètres : "Plein de gens me demandent pourquoi les sprinteurs ont des gros bras et tout ça, mais quand ils font un 50 mètres avec un charriot de 10 kilos accroché, sans courir à fond… dès le soir ou le lendemain, ils me disent : 'je comprends mieux'. Le haut du corps, les épaules et les bras, participent à la motricité et à la performance."
Mais après avoir exposé ce constat, il admet que Metcalf est un sacré spécimen. "Proportionnellement, il est bien équilibré. Il n’est pas difforme. Harry Aikines-Aryeetey ou même Dwain Chambers étaient presque plus dessinés que lui. Mais ils se sont entraînés des années (pour appréhender ce corps) et ils semblaient moins massifs. Lui il est dense, il est large (…) Pour prétendre aller plus vite, il faudrait qu’il s’allège."
Conseil que Caristan aurait bien donné, également, au costaud Aikines-Aryeetey (32 ans, ex- espoir de l’athlétisme britannique) : "C’est presque une caricature de dessins animés. Il fait dix secondes au 100 mètres (record en 10.08 NDLR) et je trouve que sa masse musculaire est un handicap pour descendre en dessous de 9.90." DK Metcalf n’en est pas encore là. Son défi est immense : "C’est plus facile de passer du sprint au football américain que l’inverse (…) Le football américain est le sport rêvé pour exploiter les qualités d’un sprinteur." La réciproque reste à prouver.

L'imposant Harry Aikines-Aryeetey en 2017

Crédit: Getty Images

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