Cette fois, elle sera bien là.Triple championne du monde (2015, 2017 et 2019), Lasitskene avait manqué le rendez-vous olympique en 2016. Avec Anzhelika Sidorova (saut à la perche) et Sergey Shubenkov (110 m haies), elle fait partie des dix Russes autorisés, après un examen approfondi de leurs dossiers par World Athletics, la fédération internationale, à participer sous bannière neutre aux épreuves d'athlétisme des Jeux Olympiques de Tokyo.
Il y a cinq ans, la Fédération russe d'athlétisme (Rusaf) était suspendue pour avoir contribué au système de dopage d'État mis en place dans le pays. Seule la sauteuse en longueur Darya Klishina, qui s'entraîne aux États-Unis, avait obtenu une dérogation. Les choses auraient pu s'arrêter là.
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Une "Task Force" pour aider les Russes à se réformer avait été mise en place. Dès 2017, le nombre d'athlètes autorisés à concourir augmentait. Mais fin 2019, World Athletics découvrait que les dirigeants de Rusaf avaient aidé le sauteur en hauteur Danil Lysenko à camoufler des manquements aux règles antidopage. Retour à la case départ, fin des dérogations.

Maria Lasitskene

Crédit: Getty Images

C'est simplement honteux
Pour la discrète Mariya Lasitskene, c'était le choc de trop. "Pourquoi pratiquement rien n'a changé ? Pourquoi nos athlètes continuent d'utiliser systématiquement des substances interdites, les entraîneurs liés au dopage continuent de travailler dans l'impunité et nos responsables continuent de falsifier des documents officiels ?", demandait-elle dans une lettre ouverte. Position courageuse : à la même époque, les autorités dénonçaient à tout va une "hystérie" antirusse et faisaient front pour défendre Rusaf contre le "complot" occidental.
Mais les performances et le parcours irréprochable de la sauteuse - elle est capitaine de l'armée russe et a toujours refusé de partir s'entraîner à l'étranger - lui épargnent les critiques. Depuis, Mariya Lasitskene mène une lutte sans merci. "C'est simplement honteux", affirmait-elle encore à l'AFP en 2020, accusant sa fédération d'avoir "rendu la situation encore pire" et prenant la tête, avec quelques autres, d'une commission d'athlètes pour faire entendre leur voix et tenter de changer les pratiques.

Mariya Lasitskene

Crédit: Getty Images

Qu'on ne se fie pas à l'apparente fragilité de cette brune longiligne (1,82 m, 57 kg). Depuis son enfance à Prokhladny, ville des contreforts du Caucase russe à laquelle elle reste très attachée et où elle s'entraîne toujours en partie, Mariya Lasitskene a toujours fait preuve d'un goût acharné pour la victoire.
En 2016, son rêve olympique s'était brisé quelques jours avant la cérémonie d'ouverture des Jeux de Rio."Lorsque nous avons appris la nouvelle, nous étions en pleine compétition. Vingt minutes après, Mariya a sauté 2 mètres : elle voulait tellement prouver qu'elle était plus forte que les filles qui iraient aux JO", a raconté à l'AFP son entraîneur, Gennady Gabrilyan.

Timidité et ambition

Celui qui était alors son entraîneur d'éducation physique avait repéré le talent de la petite Mariya quand elle avait neuf ans, l'invitant immédiatement à rejoindre son club d'athlétisme. "J'ai tout de suite accepté (...) J'aimais courir et sauter et les leçons de Gabrilyan n'étaient jamais ennuyeuses", se souvenait la sauteuse, près de vingt ans après. Depuis ses Jeux manqués de 2016, Mariya Lasitskene a remporté deux titres mondiaux consécutifs (2017, 2019), mais elle a surtout affiché ses ambitions olympiques.
Les JO de Tokyo pourraient pourtant arriver trop tard, ou trop tôt : elle s'est blessée à une cuisse en mai et est à court de forme. En 2021, elle n'a franchi qu'1,88 m, loin des meilleures mondiales ou de son record personnel à 2,06 m. Et la concurrence est là, symbolisée par l'éclosion des sauteuses ukrainiennes Yulia Levchenko et Yaroslava Moguchikh. Mais l'émulation des compétitions sied à celle qui, paradoxalement, reconnaît sans fard sa timidité. "Ça fait monter l'adrénaline et me donne envie de donner le meilleur de moi-même".

Mariya Lasitskene

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