Kevin Mayer et c'est tout. Malgré une blessure au dos, le recordman du monde du décathlon a sauvé l'athlétisme français d'un zéro pointé semblable à celui de Sydney, d'où les Bleus étaient revenus en 2000 sans la moindre médaille. Mais en dépit de l'argent de Mayer, le bilan tricolore apparaît famélique, confirmant l'inquiétante trajectoire empruntée ces dernières années, notamment lors des Championnats du monde 2019 à Doha, où le bulletin de notes tricolore (deux médailles, aucun titre) était à peine plus convaincant. La France est la 31e nation de l'athlétisme mondial.

Mayer : "Cette médaille d’argent a vraiment un goût d’or"

Au-delà du nombre de médailles, la France n'a pas non plus pléthore de finalistes à se mettre sous la dent. Certains ont répondu présent, évoluant à un haut niveau sans parvenir à monter sur la boîte, comme Alexandra Tavernier et Quentin Bigot au marteau (ils ont fini respectivement 4e et 5e), ou encore Pascal Martinot-Lagarde, arrivé sans repères cette saison et finaliste (5e) sur 110 mètres haies avec un chrono qui lui aurait permis de figurer sur le podium dans bien des éditions.
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Mais ces demi-satisfactions dans un océan de frustrations voire de néant absolu dans certaines disciplines ne peuvent suffire. Le nombre de finalistes, soit les places parmi les huit premiers, est également au plus bas. Huit seulement, sur 65 athlètes engagés. Et les jeunes, en dehors de Gabriel Tual, 7e du 800m à 23 ans, peinent à émerger. A trois ans de Paris 2024, l'état des lieux fait peur.

Florian Rousseau confirmé

Pourtant, du côté de la Fédération française, on reste convaincu d'avoir fixé le bon cap. On demande du temps pour voir les résultats. "Nous sommes dans une réorganisation qui n'a pas encore abouti, elle est en cours, le travail a été commencé, on est sur la bonne voie", a ainsi assuré à l'AFP André Giraud, le président de la FFA. Cette nouvelle organisation, mise en place précisément après le naufrage des Mondiaux au Qatar, n'a donc pas porté ses fruits à Tokyo, et c'est peu de le dire. Pourtant, il semble urgent de ne rien changer, ou simplement à la marge.

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"On vous présentera des changements dans un mois, mais Florian restera aux manettes", a annoncé André Giraud. Un nouveau Directeur technique national devrait être nommé. Mais fondamentalement, la ligne tracée ne sera pas modifiée. Refaire la révolution moins de deux ans après le grand nettoyage reviendrait à reconnaître l'échec de la méthode. Mais la fédération n'aura peut-être pas le choix.
Dimanche, en dressant le bilan de cette quinzaine olympique, Claude Onesta, manager de la haute-performance à l'Agence nationale du sport, a d'ores et déjà prévenu : certaines fédérations en retrait à Tokyo ont une organisation qui "ne produit plus ses effets". L'ancien sélectionneur de l'équipe de France de handball n'a pas hésité à cibler l'athlétisme : "En athlétisme, le fait que le résultat soit faible va obliger à un bilan sans concessions."

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On ne peut pas dire qu'il n'y a pas une relève qui se prépare
S'il admet un échec comptable, le patron de l'athlé tricolore dresse un bilan plus gris que noir de ces Jeux de Tokyo : "J'avais annoncé deux objectifs. Le premier était sportif et nous sommes en deçà de nos espérances, il faut le reconnaître et on le regrette. On avait un potentiel entre quatre et six médailles et on n'en fait qu'une. Le deuxième était de retrouver après les Mondiaux de Doha un état d'esprit de confiance entre les entraîneurs, les athlètes et l'encadrement et là ça a été une réussite parce qu'on a passé des Jeux sereins à ce niveau."
Mais peut-on vraiment se satisfaire d'une bonne ambiance, d'un stage à Kobe qui "s'est très bien passé" et du fait que le groupe n'ait eu à déplorer "aucun problème d'ego ni le moindre conflit". Le groupe vit bien et c'est tant mieux. Sauf que dans un grand championnat, et a fortiori aux Jeux, la première base de jugement, ce sont les résultats. Dans trois ans, à Paris, l'athlé français sera attendu là-dessus, pas sur le degré de camaraderie entre les sélectionnés. Est-il déjà trop tard pour sauver ce qui peut l'être ?
La relève est là, assure-t-on. Et elle est prometteuse. "Il y a eu, il y a un mois, des Championnats d'Europe espoirs où on a battu un record de médailles, il y a eu des Championnats d'Europe juniors et dans quinze jours, il y a les Championnats du monde juniors. Des athlètes émergent, j'ai une liste d'une vingtaine d'athlètes qui sont de vrais potentiels pour 2024 que l'on n'a pas tous mis dans le bain. On ne peut pas dire qu'il n'y a pas une relève qui se prépare", se défend André Giraud.

Jeff Erius lors des championnats d'Europe juniors à Tallin.

Crédit: Getty Images

Paris 2024 comme Paris 2003 ?

Malheureusement, elle n'aura pas eu l'opportunité de se faire les dents au Japon pour emmagasiner une expérience précieuse à l'échelle olympique. "Cette sélection a été arrêtée il y a deux ans avec des règles très strictes, précise André Giraud. On a aussi été obligé d'appliquer le ranking de World Athletics. Cela ne nous a pas permis d'emmener à Tokyo des jeunes que l'on aurait aimé emmener. Le choix a aussi été fait par le Directeur de la haute performance de préserver nos jeunes talents. Certains vont faire les Championnats du monde juniors et il y aura l'an prochain les Mondiaux et l'Euro. On va tout faire pour accompagner ces jeunes, on ne va pas les enterrer maintenant."
Reste un motif d'espoir. Après le carnage de Sydney, la France avait organisé les Championnats du monde d'athlétisme… trois ans plus tard. Paris 2003 ne s'annonçait pas beaucoup mieux que Paris 2024 aujourd'hui. Pourtant, l'athlétisme français avait plus que réussi ses Mondiaux, terminant à la 3e place du tableau des médailles avec huit podiums, dont trois titres. "L'effet domicile" avait joué à plein. Mais compter uniquement là-dessus relève d'un dangereux pari pascalien. La réalité, c'est que l'athlétisme tricolore est dans un inquiétant état de délabrement.
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