En 2016, à Rio, l'athlétisme tricolore avait réussi une moisson inattendue, avec six médailles. Même s'il avait manqué de l'or pour parfaire la collection, ce bilan presque inespéré sera bien difficile à renouveler cinq ans plus tard à Tokyo. Entre absences, méformes et blessures, beaucoup de leaders tricolores s'avancent au Japon avec plus de doutes que de certitudes. Seuls trois athlètes français (Djilali Bedrani, Quentin Bigot et Renaud Lavillenie) figurent dans le top 8 mondial de leur discipline au bilan 2021.
Plus qu'une petite razzia à la brésilienne, la fédération espère sauver son bilan par un ou deux coups d'éclat. Privilégier la qualité (un titre) à la quantité, en somme. "L'athlétisme français compte seulement 11 champions olympiques dans son histoire, le dernier en 2012. Avant cela, il faut remonter à 1996 ! Si nous remportons une ou deux médailles d'or, nous pourrons considérer que nous avons rempli notre contrat", a ainsi annoncé le patron de la FAA, André Giraud. Avant le début des épreuves vendredi, tour d'horizon des chances de médailles françaises.
Tokyo 2020
"Courir en 9''80, c'était possible" : Bolt pense qu'il aurait pu remporter le 100 m à Tokyo
15/11/2021 À 09:11

Kevin Mayer (Décathlon)

Vice-champion olympique à Rio, champion du monde en 2017, recordman du monde, Kevin Mayer incarne la meilleure chance de médaille d'or pour l'athlétisme français à Tokyo. Peut-être même la seule, en se montrant raisonnable. Pour autant, le décathlonien s'avance lui aussi avec sa part d'interrogations. Sa préparation n'a pas été idéale et il reste sur deux échecs dans les grandes compétitions internationales (Euro 2018, Mondiaux 2019).
La concurrence, elle, sera vive, avec le Canadien Damian Warner, auteur du 5e total de l'histoire (8995 points) fin mai. Si l'ambition de Kevin Mayer est limpide, il n'oublie pas que, dans sa discipline, on se bat contre soi-même, pas contre les autres. "J'aimerais être champion olympique mais avant tout, j'aimerais faire un très beau décathlon, explique-t-il. Si quelqu'un est plus fort que moi et si j'arrive à optimiser mon potentiel, j'accepterai aisément de ne pas avoir l'or."

Mayer : "Il y a cette part de doute dans ma tête, c’est pourquoi je me prépare le plus possible"

Renaud Lavillennie (Perche)

Après l'or à Londres et l'argent à Rio, Renaud Lavillenie vise une troisième médaille olympique à Tokyo. Un objectif légitime alors que le Clermontois a retrouvé le plus haut niveau mondial cet hiver avec un saut à 6,06m en salle. Problème, sa préparation pour les JO a été largement perturbée par les blessures. La dernière en date, une entorse à la cheville contractée le 11 juillet, entoure sa participation aux JO de Tokyo d'une vraie interrogation.
L'ancien détenteur du record du monde a "retrouvé des bonnes sensations" mais garde "un peu d'inquiétude" avant les qualifications, samedi. Son état physique reste donc un immense point d'interrogation et son combat programmé en très haute altitude avec Armand Duplantis, qui devait être l'un des très grands moments de ces JO, reste en suspens.
Quoiqu'il arrive, pour battre le Suédois, recordman du monde et auteur des quatre meilleures performances de la saison en extérieur (6,10 m notamment début juin), il faudra franchir les 6 mètres. L'absence de Sam Kendricks, positif au Covid-19, rend l'accès au podium plus dégagé. Encore faut-il que la cheville tienne…

Londres 2012 : Lavillenie sur le toit de l'Olympe

Mélina Robert-Michon (Disque)

A 42 ans et pour ses 6es Jeux Olympiques, Mélina Robert-Michon vise l'or. Après l'argent décroché un matin de gloire à Rio avec record de France en prime (66,73m), la discobole française devra sans doute approcher les 70 mètres pour prendre le meilleur sur ses adversaires.
Avec la neuvième performance mondiale de la saison (65,30m) loin des favorites néerlandaise Jorinde Van Klinken (70,22m), américaine Valarie Allman (70,01m) ou cubaine Yaimé Perez (68,99m), elle ne part pas favorite. Mais son mental d'acier et son expérience après deux décennies de concours pourraient lui permettre de bouleverser la hiérarchie.

Mélina Robert-Michon a remporté à 41 ans un vingtième titre estival de championne de France du lancer du disque - 26 juin 2021

Crédit: Getty Images

Yohann Diniz (50 km marche)

Au crépuscule de sa carrière, l'histoire serait sublime. Champion du monde et triple champion d'Europe du 50 kilomètres marche, Yohann Diniz entretient une histoire tortueuse avec les JO et il ne lui manque qu'une médaille olympique pour clore une carrière fantastique. En 2008, à Pékin, alors vice-champion du monde, il se présente blessé et ne finit pas le 50 kilomètres marche. A Londres, il termine 8e avant d'être disqualifié pour un ravitaillement hors-zone. A Rio en 2016, il est victime d'ennuis gastriques alors qu'il mène les débats. Diniz se bat, s'évanouit, chute à plusieurs reprises et finit, au bord de l'évanouissement, 8e.
Figure incontournable de la discipline dont il reste le recordman du monde, il espère enfin, à 43 ans, conclure pour la dernière course de sa carrière et l'ultime dans du 50 kilomètres marche, radié du programme olympique à Paris en 2024. A Sapporo, comme aux Mondiaux de Doha où Diniz avait abandonné, le principal adversaire du Français restera les conditions climatiques étouffantes et la chaleur accablante. Diniz n'a plus terminé de 50 km depuis la Coupe d'Europe 2019, où il avait réalisé les minimas. Difficile donc d'estimer au mieux ses chances de médailles. Mais Diniz connaît la distance par cœur…

Diniz, Felix, Abalo... Pour eux, c'est peut-être la dernière danse

Quentin Bigot (Marteau)

Une toute petite chance de titre, une vraie opportunité de médaille. Quentin Bigot, vice-champion du monde à Doha en 2019 (une des deux seules médailles du très maigre bilan français au Qatar), a plutôt très bien géré le retour à la compétition après la parenthèse du Covid. Lui-même a contracté une forme brève mais sévère au mois de mars dernier. Une page désagréable vite tournée.
Cette saison, le Lorrain a enchaîné les performances de haut niveau, battant à plusieurs reprises son record personnel, avec un dernier jet à 79,70m le 8 juin à Turku. Suffisant pour figurer au 5e rang du bilan 2021. Pour accrocher une médaille, sans doute devra-t-il aller chercher son record, au-delà des 80 mètres, tant le niveau est élevé cette année. Même si, sur un championnat, tout est possible. La preuve : Pawel Fajdek, quadruple champion du monde et star du marteau depuis de nombreuses années, avait échoué en qualifications à Rio en 2016...

Quentin Bigot

Crédit: Getty Images

Wilhem Belocian (110m haies)

Et si le discret Wilhem Belocian était un des rayons de soleil de l'athlétisme français au Japon ? Le hurdler a en tout cas été un des Tricolores le plus performants cette année. Si Pascal Martinot-Lagarde, avec son record personnel en 12"95 est intrinsèquement le plus rapide, son physique est un trop gros point d'interrogation pour l'envisager comme une réelle chance de médaille sur le 110 mètres haies.
Pour Belocian, le podium relèverait de l'exploit, mais avec le 9e chrono de 2021 (13"15 fin juin lors des Championnats de France, qui plus est dans une course où il a laissé traîner quelques scories), le Guadeloupéen a de réelles chances d'entrer en finale. Là, s'il parvient à améliorer sa meilleure marque et à sortir la course de sa vie, il pourrait constituer une très heureuse surprise. Vous nous direz, cela fait beaucoup de "si", ce qui n'est pas faux. Mais le potentiel est là, et lui est en phase ascendante, contrairement à beaucoup d'autres.

Wilhem Belocian (France) / Championnats d'Europe en salle 2021

Crédit: Getty Images

Alexandra Tavernier (Marteau)

Le marteau est devenu un point fort de l'athlétisme tricolore. Alexandra Tavernier, même si elle est un peu plus loin que son confrère Quentin Bigot dans la hiérarchie 2021 (9e au bilan), possède en revanche une solide expérience du haut niveau international. Médaillée de bronze aux Mondiaux en 2015 à seulement 22 ans, vice-championne d'Europe trois ans plus tard, elle aime la bagarre. Un atout indispensable dans un concours.
Cette saison, Tavernier a encore amélioré son record de France (75,38m) et elle a accumulé les performances solides. Mais elle a un peu le même souci que Bigot : une concurrence monstrueuse. Franchir les 75 mètres permet tout juste d'intégrer le Top 10 mondial. Mais le podium olympique risque lui de se jouer beaucoup plus loin.

Tavernier : "Allez-y, n'ayez pas peur du jugement ou quoi que ce soit"

Rénelle Lamote (800 m)

Rénelle Lamote est à Tokyo au sommet de sa forme. La demi-fondeuse française vient de battre son record personnel sur 800 mètres en 1'57"98 le 9 juillet dernier à Monaco. Un temps qui la place au 12e rang des bilans mondiaux. En l'absence de Caster Semenya, contrainte de monter sur 5000 m par décision médicale du World Athletics, le double tour de piste semble très ouvert cette année avec une grosse densité entre l'Américaine Mu, qui détient la meilleure performance de l'année (1'56"07), la Cubaine Almanza, la Jamaïcaine Goule ou les Britannique Muir et Reekie.
Mais si les planètes s'alignent, alors Lamote pourrait prendre sa revanche sur Rio. Candidate au podium en 2016, elle était tombée de très haut après une élimination dès les séries que personne n'avait vu venir. Bêtement enfermée, elle s'était fait surprendre en terminant à la 5e place de sa course. "J'ai honte", avait-elle expliqué du haut, alors, de ses 22 ans. Il est temps de remettre les pendules à l'heure.

Renelle Lamote

Crédit: Getty Images

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