A été unique, printemps d'exception. Alors que les pointes s'apprêtent à frapper le tartan et égayer la seconde partie des Jeux Olympiques, l'athlétisme n'a pas attendu ce moment pour tenir le haut du pavé. Parce qu'en amont des JO les plus baroques de l'histoire, les athlètes ont marqué leur territoire, avant même de mettre un pied au Japon. La saison outdoor a démarré comme aucune autre, avec des perf' de choix et des records du monde à la pelle.
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Le dernier en date, battu le 1er juillet, est le plus marquant. Parce que Karsten Warholm a effacé une marque qui datait de 29 ans. 46''70 pour un 400 mètres haies et Kevin Young, le roi de Barcelone en 1992, au placard. Le Norvégien a réussi ce tour de force à Oslo et au terme de son premier tour de piste de la saison. Quatre jours plus tôt, Rai Benjamin avait parcouru la distance et franchi les obstacles en 46''83. Autant dire que l'araignée Young sentait le vent du boulet se rapprocher de ses pattes. Et que, vu le plateau et les clients, le couperet allait finir par tomber.
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Le couperet n'est pas seulement tombé sur la tête de Kevin Young au printemps. Parce que d'autres records du monde ont été battus avant les Jeux. En vrac : Ryan Crouser s'est offert la marque de référence en lancer du poids (23,37m). Sydney McLaughlin le 400 haies féminin (51''90). Le 10 000 féminin a, lui, eu le droit à deux records du monde en deux jours : Sifan Hassan avait fait exploser les compteurs en 29'06''82 (soit près de onze secondes de mieux que l'ancienne marque de référence). Letesenbet Gidey lui a répondu... deux jours plus tard en 29'01''04.
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Ajoutez à cela quelques lignes droites supersoniques, comme celle de Shelly-Ann Fraser-Pryce en 10’’63 - ce qui fait d'elle la deuxième femme la plus rapide de l'histoire sur 100 mètres derrière l'intouchable, sulfureuse mais regrettée Florence Griffith-Joyner (10’’49). Et on ne parle pas de Sha'Carri Richardson, qui avait tout cassé avant de devoir renoncer suite à un contrôle positif au cannabis (10’’72).
Bref, tout ce petit monde va vite. Et on en a eu un premier aperçu à l'occasion du premier tour du 100 mètres féminin. Mais pourquoi donc maintenant ? Le report d'un an, l'entraînement, l'envie, tout ça joue, un peu. Forcément. "Une Olympiade, c'est souvent la fin d'une génération et le début d'une autre. Là, ça a été reporté d'un an. Certains ont envie de finir comme prévu, un an après la date prévue. Ce sont des gens qui se sont encore énormément investis pour être performant en 2021 alors qu'ils pouvaient mettre le clignotant en 2020", juge Stéphane Caristan, consultant pour Eurosport.
"Il y a aussi des jeunes qui étaient peut-être encore tendres l'année dernière et qui explosent l'année post-Olympique. On est une année post-Olympique, même si les Jeux ont été décalés. Ils ont pris de la maturité. Quand on voit Femke Bol sur 400 haies féminin... Il y a des gamins qui débarquent aussi dans toutes les disciplines, ils profitent de cette aubaine aussi."
L'explosion des perf' en 2021, c'est aussi l'efficacité technologique
L'entraînement, d'accord. L'envie, aussi. Mais pas seulement ? Non, évidemment pas. Un élément exogène a changé dans l'intervalle. Les chaussures de nouvelle génération. Dans la foulée de Nike et de sa Vaporfly, les autres s'y sont mis. Jusqu'à la surenchère. "Ce qu'il ne faut pas oublier, c'est que 2019 a été une année de transition au niveau des matériaux et des chaussures en particulier. 2020 a mis en évidence que les marques et leur investissement, leur travail technologique, ont payé, explique Stéphane Caristan. On l'a vu l'an passé avec la route, où c'est devenu d'une certaine manière indécent. L'explosion des perf' en 2021, c'est aussi l'efficacité de la technologie et du produit."
Vit-on en 2021 l'équivalent de la révolution (finalement avortée) de la combinaison en polyuréthane en natation ? Entre 2008 et 2010, date de sa mise au rebut, elle avait changé la vie dans les bassins. "C'était destiné à une minorité de gens. Ils ont vite arrêté. Mais le running, ça touche des millions de gens… il est impossible de revenir en arrière", juge notre consultant.
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La fédération internationale, dans l'impossibilité de stopper le mouvement, l'a accompagné en plafonnant la taille des semelles et le nombre des lames de carbone : "Sebastian Coe a ouvert la boîte de Pandore. Et là, ça se répercute sur les épreuves de vitesse et d'explosivité, et les sauts bientôt. Les performances sont corrélées à cette avancée technologique, analyse Stéphane Caristan. Si Warholm a battu le record du monde du 400 mètres haies avec des pointes classiques, MacLaughlin portait des New Balance et il me semble qu'ils ont sorti un modèle extraordinaire. Fraser ? Des nouveaux modèles. A 34 ans, elle n'a jamais couru aussi vite sur 200 et elle est toujours au top sur 100m après une maternité."

Dopage, la question qui fâche

Les chaussures, c'est bien. Mais impossible d'éliminer toute suspicion de cette flambée pré-tokyoïte. Avec le Covid, les compétitions ont été suspendues et près de 45 à 50% des contrôles n'ont pas été effectués en 2020. Pour vous donner une idée : en avril 2020, 578 prélèvements avaient été effectués, contre 25219 un an auparavant. En juillet 2020, on était à 11081 contrôles, c'était mieux mais peu comparé à juillet 2019 (28084).
Janvier 2021 a amorcé un retour à la normale, mais il y aura des doutes, forcément. "L'avancée technologique, c'est aussi le meilleur masquant de l'histoire pour les problèmes de dopage. Il y a plus de vingt ans, quand je disais à Séville qu'il y avait à mes yeux entre 10% et 75% de dopage en athlé, on m'a sauté à la gorge, je ne pourrais pas dire aujourd'hui dans quelle proportion il y a des gens qui se sont dopés ou non, explique notre consultant. Sur le terrain, je ne peux pas écarter ce facteur."
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