Basket, Cyclisme, Rugby... La sortie de Victor Wembanyama, marque d'une défiance envers les protocoles commotions
Publié 29/04/2026 à 23:33 GMT+2
Victor Wembanyama s'est agacé dimanche après le match 4 des playoffs d'avoir raté la rencontre précédente pour un défaut dans le système de son protocole commotion. Une sortie qui coïncide avec une certaine défiance des sportifs eux-mêmes mise en lumière deux semaines plus tôt par Antoine Dupont. Alors, trop restrictif ce cadre visant à protéger l'intégrité ?
Victor Wembanyama (San Antonio Spurs) a été victime d'une vilaine chute face à Portland
Crédit: AFP
Victor Wembanyama a la tête dure. Et quand il dispute les playoffs de NBA pour la première fois de sa carrière, le Français ne veut pas louper une miette. La frustration est peut-être la source de ses propos d'après le match 4 contre Portland, où la star des Spurs est revenue à la fois sur les parquets et sur le protocole commotion qu'il a subi. "La façon dont la situation a été gérée a été très décevante", a lancé "Wemby", fâché contre la ligue qui n'aurait pas donné son aval malgré l'avis positif d'un neurologue indépendant.
Le joueur de 22 ans n'a manqué qu'un seul match (le 3, remporté par les Spurs par ailleurs) mais surtout remis une pièce dans une machine complexe. Celle des commotions cérébrales des sportifs professionnels, dont les témoignages se multiplient autant qu'ils choquent les suiveurs, ces dernières années. Faut-il voir un décalage entre les alertes de certains acteurs quand d'autres, comme Victor Wembanyama, déplorent que quatre jours d'absence, c'est déjà trop long ?
Un cadre... trop restrictif ? Ou pas assez ?
Il y a deux semaines, lors d'une conférence de presse, deux figures du Stade Toulousain ont mis le doigt sur deux enjeux majeurs, différents aussi, sans pour autant se contredire. Ugo Mola et Antoine Dupont ont été amenés à commenter les propos de Sacha Valleau et Gaël Fickou dans le podcast Rugby Confidential, dans lequel ils reconnaissaient que certains joueurs pros trichaient lors des tests de début de saison (censé faire référence en cas de protocole commotion). "Je ne sais pas (si des joueurs faussent le test), ça me parait tellement gros de tricher sur sa santé… Je ne veux pas le croire, je ne sais pas si je ferme les yeux, répondait le manager des champions de France. Je me battrai tant que je serai sur le cul sur un banc pour protéger l'intégrité de mes joueurs."
Sans minimiser le problème, "il ne faut pas plaisanter avec", Antoine Dupont a lui pointé du doigt le fonctionnement même des protocoles commotions. "On doute un peu de la fiabilité de ces tests. On a eu des mecs pas commotionnés qui les ont manqué. Quand on sort d'un plein effort physique, et quand on fait ces tests de mémoire à froid au début de la saison, forcément il y a un delta", a reconnu le demi de mêlée international.
La gestion des protocoles commotions est largement détaillée sur le site de World Rugby. Le protocole HIA, qui inclut notamment des tests neurologiques de base comme le SCAT, y est expliqué dans de nombreux documents qui s'appliquent notamment en Top 14 et en Champions Cup. Malgré les avancées qui visent à rendre les diagnostics toujours plus précis, comme l'arrivée du protège-dents connecté en 2024, certaines zones de flou subsistent. "A partir du moment où il (Charles Ollivon) est apte, je considère que c'est de la politique", avait fustigé le manager du RCT Pierre Mignoni en décembre dernier après le forfait de Charles Ollivon décidé par un médecin extérieur lors d'un dernier test en visioconférence.
Pour d'autres, le cadre est jugé trop restrictif et pousserait à le contourner. "Par exemple, un gars qui a subi plusieurs commotions peut avoir envie de tricher pour ne pas devoir en déclarer une nouvelle qui l’obligerait à s’arrêter des mois", avouait le n°10 de Montauban Jérôme Bosviel à L'Equipe. Pareil du côté du vélo, dont le protocole est lui aussi amplement expliqué sur le site de l'UCI. Ensuite, tout est une question de confiance. "Le vélo est un sport individuel. Pendant la course, pour quelqu'un qui tombe, le réflexe, c'est de remonter sur le vélo et de continuer", expliquait en octobre dernier sur RMC le neurologue Jean-François Chermann.
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Dimanche, Kalvin Gourgues est sorti à deux reprises pour deux protocoles commotions passés avec succès.
Crédit: Getty Images
Je ne pensais qu'à une chose : remonter sur mon vélo
Et c'est ici que se joue un enjeu majeur, qui différencie le sport amateur du professionnel. L'image de l'athlète allant au bout de lui-même est encore vantée, et la performance reste primordiale, prenant le dessus sur le reste en cas de doute notamment de commotion. "J’étais tombé au GP de Denain en mars. J’avais une fragilité pas détectée. À la fin de la course, je me suis trompé de voiture. Et à l’hôpital, un médecin m’a dit que j’étais tombé sur la tête", racontait Marc Sarreau, ancien sprinteur de la Groupama-FDJ lors d'un témoignage au Parisien en octobre 2025 lorsqu'il annonçait sa retraite après plusieurs chocs à la tête.
"Quand j'étais jeune, tous ces dangers-là, je ne me focalisais pas là-dessus, j'étais focalisé sur la compétition. Je ne pensais qu'à une chose : remonter sur le vélo après une chute", avouait Nacer Bouhanni sur RMC. L'ancien coureur de la Cofidis a même participé à la Grande Boucle quelques semaines seulement après une commotion. Romain Bardet racontait un épisode du même genre sur le Tour 2020 et sa chute lors de la 13e étape. "J'ai titubé un peu en remontant sur le vélo, l'instinct primaire fait qu'on repart tout de suite. Surtout que je jouais le général [...] J'ai pu finir l'étape mais je ne m'en souviens plus", expliquait le grimpeur dans un documentaire L'Equipe.
Des propos choquants pour le public, face à ces sportifs qui serrent les dents parfois à l'extrême. D'où la nécessité d'un cadre, par le règlement, et les étapes parfois lourdes et fastidieuses de diagnostics à plusieurs échelles. "Les médecins ont la pression des équipes et des sponsors. Il ne faut pas croire que le médecin est celui qui prend… Il sait très bien que s'il y a un leader dans son équipe, l'objectif, c'est que le leader se remette sur pied le plus rapidement possible pour avoir des résultats pour l'équipe", ajoutait Bouhanni. La preuve que les failles restent bien enfouies, presque inhérantes au sport de haut niveau, et que Wembanyama ne sera pas le dernier à se sentir frustré.
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