Euroligue | Nando De Colo a vécu sa dernière grande compétition européenne, un ultime frisson avant la retraite d'un géant du basket français
Par Loris Belin
Mis à jour 26/05/2026 à 12:45 GMT+2
Nando De Colo n'est pas parvenu à décrocher un troisième titre en Euroligue, battu vendredi en demi-finale avec le Fenerbahçe. Son dernier défi n'a pas été couronné de succès, au contraire d'une brillante carrière qui prendra fin dans quelques semaines. De Colo restera parmi les plus grandes légendes du basket français, et un artiste presque anachronique à l'ère des "freaks".
Nando De Colo (Fenerbahçe) honoré par l'ASVEL le 16 avril 2026
Crédit: Getty Images
La Meilleraie peut parfois avoir des airs de cour des miracles. Dans le grand hangar de tôle qui sert d'antre à Cholet Basket, on a pu avec le temps y croiser un supporter grimé en chef indien ou un troubadour, canne à la main devant sa fanfare. Et puis d'autres artistes, sur le parquet eux. Peu laisseront une marque comme celle de Nando De Colo.
À Athènes, le vétéran tricolore a été un peu éclipsé par Evan Fournier, vainqueur de l'Euroligue avec l'Olympiakos en dominant notamment le Fenerbahçe de De Colo en demi-finale. Le meneur-arrière a ainsi fait ses adieux à la principale compétition européenne, dont il visait une troisième victoire pour boucler sa carrière en beauté. "Le moment est encore plus difficile quand vous regardez votre famille et qu'ils savent que c'est la fin" a-t-il évoqué à EuroHoops à sa sortie du parquet vendredi.
Le créateur absolu
Flashback, près de 20 ans plus tôt. Dans les travées de la Meilleraie, au milieu des centaines d'abonnés, une voix s'élève presque timidement. "Oui gros, c'est bien" lâche Nicole Letien-De Colo, maman d'un jeune prodige que les Mauges commencent à chérir depuis quelques semaines. "Allez gros" reprennent quelques jeunes - dont un que vous lisez en ce moment - assis un rang derrière elle. "Ah non, je suis sa mère, il n'y a que moi qui ait le droit de l'appeler comme ça" réplique aussitôt, entre sourire et fermeté, celle dont le fils n'était encore titulaire que d'un contrat stagiaire pro quelques mois plus tôt.
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Nando De Colo avec Cholet Basket lors de la finale de la Semaine des As contre Vichy, le 10 février 2008
Crédit: Getty Images
De Colo, c'est l'histoire d'un gamin précoce, envoyé 22 minutes dans le grand bain du championnat de France contre Reims, après seulement trois petits bouts de rencontre et dix minutes cumulées comme expérience professionnelle. Celle d'un esthète de la balle orange, de ceux qui donnent son sens au mot "créateur", à la passe comme à la finition. Ses qualités de tireur ne faisaient guère de doute quand il remportait haut la main le concours à trois-points du Cholet Mondial Basket, compétition internationale U18 en lâchant un 17/25 en finale. Le symbole d'une technique hors pair qui l'a emmené tout en haut du basket européen, quand bien même les superstars se devaient de devenir des athlètes surdimensionnés.
Du talent plein les mains dans un corps quelconque
La France n'a aujourd'hui d'yeux que pour l'alien Victor Wembanyama. Même au physique de simple mortel, Tony Parker avant lui jouissait d'un premier pas à la vitesse dévastatrice. Et nous ne parlons même pas d'autres contemporains de Nando De Colo, comme LeBron James bulldozer à l'agilité folle ou Giannis Antetokounmpo, illustration quasi-parfaite du "freak". Non, De Colo n'est rien de tout ça. Son gabarit (1,95m, 90kgs) est dans les standards de son poste, ses envolées aériennes pour ainsi dire inexistantes. Un humain comme un autre finalement, avec un truc en plus. Un joueur à part d'une élégance rare, qui crevait les yeux depuis ses premiers pas à Cholet jusqu'à sa dernière tentative de gloire à Istanbul.
Ce portrait physique lui a coûté une carrière plus prolifique en NBA, où il n'aura passé que deux saisons quelconques. Nando De Colo avait tellement plus beau, tellement plus grand à aller chercher sur le Vieux Continent. Combien dans l'histoire du basket français et européen peuvent légitimement s'estimer plus grands que ne l'a été le petit gars du Nord ? "Je pense que je prendrai davantage de recul, une fois que tout sera terminé pour me remémorer tout ce que j’ai accompli durant ma carrière" a-t-il expliqué alors qu'il peut encore ajouter un nouveau titre de champion de Turquie comme ultime ligne à son palmarès.
Deuxième meilleur marqueur de l'histoire de l'Euroligue
De Colo a mis sa magie au service du CSKA Moscou, avec qui il a remporté deux fois l'Euroligue (2016 et 2019). MVP et meilleur marqueur de la compétition en 2016, six fois dans un des deux meilleurs cinq de la saison dont trois fois d'affilée dans le cinq de l'année entre 2016 et 2018… L'Euroligue l'a consacré dans les 25 meilleurs joueurs il y a quelques mois, et il ne figurerait certainement pas au 25e rang si cette crème de la crème devait être hiérarchisée. Pas mal pour un "Monsieur tout-le-monde". C'est sans parler son palmarès tout aussi prestigieux avec l'équipe de France avec ses six médailles dont le titre historique de 2013. Et même s'il n'a jamais été le leader absolu des Bleus, pris entre les générations Parker et celle Wemby, il a été un lien essentiel, évidemment toujours tourné vers le collectif.
"Gros" (toutes mes excuses Nicole) est devenu grand, immense même. On ne devient pas le deuxième meilleur marqueur de l'histoire de l'Euroligue sans s'établir parmi les légendes. Ni le "deuxième basketteur français de l'histoire" selon Nicolas Batum, témoin privilégié d'un pareil classement, mettant derrière lui un Antoine Rigaudeau, autre petit génie de son sport sorti de Cholet et que l'on ne surnommait pas "Le Roi" pour rien. Aucun crime de lèse-majesté toutefois, Nando De Colo est à la cour des géants. De ceux qui font briller les yeux des gamins dans les travées de la Meilleraie et d'ailleurs.
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