41 secondes de jeu pour des heures de palabre. Le basket français ne parle que de ça ou presque depuis dimanche dernier. A Cholet, une titularisation conclue fissa aux vestiaires a mis le feu à un contexte déjà des plus pénibles dans le milieu. Le covid-19 est le sujet sur toutes les lèvres tant les forfaits et contaminations pleuvent en hallebardes depuis le début de la saison en Jeep Elite et en Pro B. Mais ce Cholet – ASVEL, un match a priori comme un autre, a transformé la crise sanitaire en sérieuse crise de nerfs.

En cause, le meneur de jeu du club lyonnais Norris Cole, annoncé positif au covid-19 quelques minutes avant la rencontre mais maintenu dans le 5 de départ de sa formation pour des raisons réglementaires. L'Américain avait déjà touché les ballons du match à l'échauffement, tapé dans les mains de ses coéquipiers et salué ses adversaires, quand 41 secondes après le coup d'envoi, son après-midi se terminait dans les coursives de la salle de la Meilleraie. Depuis, cette situation ubuesque a cristallisé une gestion peu claire du coronavirus par les instances du basket français et la grogne des clubs, premières victimes au quotidien.

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L'ASVEL comptait déjà trois joueurs positifs au covid-19 quand la nouvelle est tombée en plein échauffement dimanche. Cole était le quatrième joueur de l'effectif rhodanien touché par le virus, peut-être même le 5e alors qu'Antoine Diot ne s'est pas présenté dans la salle à la surprise générale. Jeudi, deux nouveaux joueurs et deux membres du staff s'étaient ajouté à la liste de touchés (11 au total), obligeant Villeurbanne à faire l'impasse sur ses deux matches d'Euroligue de la semaine, faute d'avoir suffisamment de joueurs en état de jouer. Et la polémique Cole n'a fait qu'enfler un peu plus. Le maire de Cholet, le tempétueux Gilles Bourdouleix, a évoqué des plaintes à venir pour "mise en danger de la vie d'autrui" et a brandi - pour la deuxième fois en un mois de compétition - la menace d'une interdiction de la salle et donc de matches dans sa ville. Passée la colère, Cholet Basket a cherché avant tout des explications. Mais il n'a eu le droit qu'à un grand flou.

"Même une seconde aurait été de trop"

L'ASVEL, droite dans ses bottes, affirme avoir prévenu la Ligue, et met en avant sa politique de tests plus poussée encore que le protocole sanitaire imposé par les dirigeants du basket français. La Ligue, elle, renvoie indirectement vers le club villeurbannais, ou… vers elle-même. "Je n’ai pas de commentaires à faire. Demandez aux intéressés, appelez la ligue", a lancé, Jacques Boué, le délégué de la LNB présent à Cholet dimanche.

Il a fallu attendre trois jours pour qu'enfin, une voix s'élève. "Cette situation-là est regrettable, mais elle n’a duré que 40 secondes", minimise Michel Mimran, le directeur général de la Ligue Nationale à Europe 1 mercredi. "J’ai envie de dire que cette situation, c’est presque une opportunité, car elle s’est passée dans un temps très court, de prendre maintenant à chaque fois, encore plus de sécurité, insiste le dirigeant. La situation est complexe, à tous les instants et elle l’a été encore plus ce soir-là. On fera en sorte que cela ne se reproduise plus, mais il faut que le débat se calme." Opération ratée.

Du côté de Cholet, on l'a mauvaise, tant par la forme, par voie de presse plutôt qu'en réponse directe au courrier du club, que sur le fond. "Depuis le début de la saison, nous nous astreignons à respecter un protocole sanitaire validé par les ministères publics et la LNB, répond le président de CB, Jérôme Mérignac. On parle de 40 secondes, et alors ? Même une seconde aurait été de trop. Et dire que c'est une "opportunité"… Comment peut-on tolérer un manquement évident au respect du règlement édicté par la LNB elle-même ? Ce protocole sanitaire impose que "tout joueur asymptomatique testé positif doit être isolé sans délai."

Des matches trop rapprochés pour assurer l'efficacité des tests

Dans une situation similaire, Cholet avait dû se priver lors de la première journée de Lasan Kromah, positif dans la semaine avant un match à Orléans, puis négatif deux jours avant la rencontre mais laissé en civil par précaution. Le match entre Pau et Le Mans a pour sa part été reporté moins d'une heure avant son début après la découverte d'un cluster au sein du groupe palois suite à des tests fait le matin même de la rencontre. Alors le cas Norris Cole passe mal, et souligne les tâtonnements des patrons des championnats professionnels français face à cette situation.

Norris Cole, le meneur de l'ASVEL

Crédit: Getty Images

Les premiers tests effectués par les joueurs de Cholet Basket sont – heureusement – revenus négatifs. Mais dans les Mauges, on se méfie. Pire, on craint pour le prochain match du club à Roanne vendredi soir. "Pour être certain que les tests soient fiables et couvrent bien le délai d’incubation après le match contre l’ASVEL dimanche après-midi, il faut cinq jours, explique l'entraîneur Erman Kunter. Ça veut dire faire de nouveaux tests vendredi matin, mais nous n’aurions pas les résultats avant le match le soir."

Alors à défaut de la moindre assurance sanitaire, on se soutient entre adversaires. Et on se trouve un ennemi commun. "Je partage ce qu'a dit Erman Kunter après le match face à Villeurbanne. Actuellement, c'est conneries sur conneries, peste Jean-Denys Choulet, l'entraîneur de la Chorale, à Ouest-France. J’ai passé plus d’une heure au téléphone avec un dirigeant de la LNB. J’en ai ras la casquette. Cela fait plus de trois semaines que sont commercialisés des tests rapides où tu peux disposer des résultats en 20 minutes. Il faut qu’on arrête."

L'emblématique technicien roannais va retrouver pour la première fois de la saison sa salle de la Halle Vacheresse. Mais le covid-19 est la principale préoccupation du moment. La grogne couve et n'attend plus qu'à exploser. "Chez nous à la Chorale, nous n’avons dénombré qu’un seul cas. Il s’agit de Sylvain Francisco et il l’a attrapé où ? Au media day de la Ligue Nationale […] Si jamais nous avons des joueurs positifs à l’issue de cette rencontre – ce qui est une probabilité envisageable eu égard à l’histoire entre la JL Bourg et l’ASVEL – je vous prie de croire que ça va chier."

La solution d'une pause ?

L'ASVEL, comme Bourg-en-Bresse ou encore Nantes et Quimper en Pro B, est aujourd'hui à l'arrêt des professionnels aux espoirs, en passant par l'équipe féminine. Le calendrier perd en cohérence, les résultats en légitimité avec des états de forme disparates entre les différentes formations. Les différents reports, couplés à l'inactivité contrainte par le virus, font craindre une surcharge à la reprise pour les organismes. En sus de ce protocole qui suscite tant d'agacement, les nouvelles mesures gouvernementales dans certaines grandes agglomérations n'inspirent guère à l'optimisme quant à l'évolution de la situation. Au point de déjà soulever la question de la suite de la saison.

"Je pose la question : est-ce bien raisonnable de continuer dans ces conditions ?, demande Bernard Kervarec, président des Béliers de Quimper. Les dirigeants du club pensent, comme d'autres présidents de Jeep Elite, qu'il faut poser la question d'un arrêt temporaire de la compétition, afin de repartir sur des bases saines et que l'équité sportive soit assurée." En attendant, 7 des 18 matches de Jeep Elite et Pro B (+ trois chez les espoirs) prévus ce week-end ont été remis à une date ultérieure. Le répit n'est pas encore à l'ordre du jour.

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