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Il était une fois les Jeux
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Publié 23/08/2008 à 21:45 GMT+2
Chaque jour, nous vous proposons de revivre un grand moment de l'histoire des Jeux Olympiques. Direction Munich pour notre 13e épisode. En 1972, la finale de basket entre les Etats-Unis et l'URSS tourne à la controverse. Pour la première fois, les América
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Symboliquement, elles trônent derrière une vitrine, dans une salle du siège du Comité International olympique, à Lausanne. Jamais personne ne les a réclamées, depuis 36 ans. Et personne n'en voudra jamais. Ces médailles d'argent, celles que les Américains avaient refusé de recevoir à Munich, resteront donc en Suisse. A tout jamais. "J'ai même fait inscrire dans mon testament que ni ma femme ni ma fille ne devront jamais recevoir cette médaille ", raconte Kenny Davis. Il était le capitaine de cette équipe des Etats-Unis, entrée malgré elle dans l'histoire, comme la première à avoir perdu un match de basket aux Jeux Olympiques. Perdu? Ce n'est pas l'avis des joueurs américains. Pour eux, le terme "volé" est davantage approprié. Cette fin de match, ils ne l'ont jamais digéré. Victimes d'une arnaque, ils estiment avoir été spoliés de ce titre. Le débat n'est pas clos. Il ne le sera jamais. Mais ce scandale final a peut-être permis à certains de faire l'économie d'une analyse des raisons profondes de cet échec que personne, de l'autre côté de l'Atlantique, n'avait vu venir.
Il est vrai que depuis l'introduction du basket au programme olympique, en 1936, les Etats-Unis n'avaient connu que la victoire. Sept titres en sept éditions, et pas un seul match perdu. De quoi se croire imbattables. Certaines dents ont pourtant grincé quand Henry Iba a été reconduit à la tête de la sélection. Certes, il avait conduit la Bannière étoilée à la victoire à Tokyo et à Mexico, mais le jeu ultra-conservateur du vieux gourou d'Oklahoma State, en contradiction avec le style de ses joueurs, ne fait plus l'unanimité. Loin de là. Mais la grosse tuile, juste avant le tournoi, vient du forfait de Bill Walton. A 20 ans, le pivot de UCLA est la grande star du basket universitaire. Une arme fatale. Mais il ne viendra pas à Munich. Selon certains, il voulait bien disputer les JO, mais sans effectuer la préparation. Cela lui aurait été refusé. Selon d'autres sources, Walton aurait voulu marquer son opposition à la Guerre du Vietnam. Quoi qu'il ne soit, il n'est pas là, et c'est un souci.
Le match qui ne finit jamais
L'autre inquiétude vient du camp d'en face. L'URSS, menée par les deux Belov, Sergei et Aleksandr, n'a jamais aligné une équipe aussi forte, aussi talentueuse et aussi bien préparée qu'en cette année 1972. "Ils avaient une très grande équipe, se souvient John Bach, l'assistant d'Iba. Ils avaient de l'expérience, et un collectif beaucoup plus solide que le notre. Ils avaient joué près de 400 matchs ensemble. Nous, nous avions effectué 12 matchs de préparation avec nos joueurs." Malgré ces doutes, le Team USA dévaste tout sur son passage jusqu'à la finale, écrasant notamment l'Italie de 30 points en demies. La 63e victoire consécutive des basketteurs US aux Jeux Olympiques. Au matin du samedi 9 septembre, ils n'imaginent pas que leur série s'apprête à toucher à sa fin, au terme d'une finale qu'ils ne vont jamais maîtriser, et ce bien avant son épilogue.
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Les Américains vont d'abord perdre ce match tactiquement, en tombant dans le rythme soviétique. "Nous avions des joueurs qui aimaient courir, qui voulaient jouer vite. Or nous avons joué trop lentement, avec à chaque possession, six, sept, huit passes avant de prendre un tir. C'était une erreur et c'est pour ça que nous avons perdu", souligne Ed Ratleff, le meneur américain. Menés de six points à la pause, puis rejetés à 10 longueurs à 10 minutes de la fin, les Etats-Unis vont alors enfin jouer leur véritable jeu, en imprimant un tempo plus rapide. Et ça va payer. A une minute de la fin, les Soviétiques n'ont plus que trois points de marge. Puis un seul, après un tir à six mètres en première intention de Tom Forbes. 49-48. La pression monte d'un cran. Pour la première fois, les Soviétiques semblent douter, à l'image d'Aleksander Belov qui voit sa passe interceptée par Doug Collins. Ce dernier part en contre-attaque avant d'être victime d'une faute grossière. Il obtient deux lancers. Collins reste un long moment à terre avant de se relever. Malgré l'énorme pression qui pèse sur lui, le futur coach de Chicago et Washington rentre ses deux lancers. A trois secondes de la fin, les Etats-Unis prennent les commandes, 50-49.
C'est là, à cet instant précis, que débute la controverse de Munich. Il reste officiellement trois secondes à jouer. Ce seront les plus longues de l'histoire du basket. Remise en jeu ligne de fond. Puis le jeu est interrompu par les arbitres... deux secondes plus tard. Le tableau d'affichage n'indique donc plus qu'une seconde à jouer, et non trois. Ce détail, qui n'en est pas un, aura dans quelques instants toute son importance. Vladimir Kondraschin, lui, s'est levé. L'entraineur de l'URSS avait demandé un temps mort. Malgré les protestations des Américains, l'arbitre brésilien, M.Righetto, le lui accorde. 36 ans après, personne n'est toujours capable de dire avec certitude si ce temps-mort avait bien été ou non demandé. A l'issue de celui-ci, les Soviétiques effectuent une nouvelle remise en jeu. Le ballon vient heurter le panneau américain et ressort. Le buzzer retentit. Les joueurs et le staff américains, ainsi que les cameramen, envahissent le terrain. Scènes de liesse dans le camp US. Mais les arbitres interviennent une fois encore, dans la confusion la plus totale. La table de marque aurait dû remettre le chrono à trois secondes, pas à une. Il faut donc rejouer cette dernière action.
La thèse du complot communiste
Pour les Américains, le coup est rude. "Je n'y croyais pas. J'avais l'impression qu'ils allaient faire rejouer cette action jusqu'à ce qu'ils finissent par marquer", s'emportera après le match l'ailier Mike Bantom. Sur la troisième, et dernière remise en jeu, la longue passe d'Edeshko est captée à l'autre bout du terrain par Aleksandr Belov sous le panneau américain. Une feinte, et Belov marque. 51-50. Clap de fin. La sonnerie retentit une nouvelle fois. C'est maintenant au tour des Soviétiques d'envahir le terrain dans une ambiance complètement surréaliste et une pagaille gigantesque. Chacun a sa version sur cette fin de match. Pour Randy Harvey, journaliste au Los Angeles Times, il n'y a pas eu de scandale: "A partir du moment où le temps-mort a été accordé, les arbitres ont eu raison de remettre trois secondes. Les Américains pensent avoir été volés, mais ce n'est sans doute pas le cas, même s'ils ne le reconnaitront jamais."
En attendant, la nuit qui s'annonce va s'avérer interminable. Les Américains ont posé une réclamation. Elle est étudiée pendant six heures par un jury de cinq personnes. Trois membres vont voter contre: un Cubain, un Hongrois et un Polonais. En pleine Guerre froide, les Américains crient au complot communiste et refusent de se rendre à la remise des médailles. Le lendemain, la deuxième marche du podium reste donc vide. Entre vainqueurs pas clairs et mauvais perdants, cette finale laisse un goût amer. "Si nous avions été battus à la loyale, je serai le premier à montrer fièrement ma médaille, assure Bantom. Mais nous n'avons pas été battus. Nous avons été volés. " "Le plus dur, ajoute Collins, c'est d'avoir cru que nous avions gagné. Pendant quelques secondes, j'ai été champion olympique. J'ai ressenti cet immense bonheur. Puis on me l'a enlevé. C'est quelque chose de terrible." Lui, comme les autres, ne s'est jamais vraiment remis des trois plus longues secondes de sa vie.
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