Eurosport
Une Ligue NBA en Europe : Quand la chimère se concrétise
Par
Publié 24/01/2025 à 18:46 GMT+1
Les rumeurs enflent et elles ne laissent presque plus la place aux doutes : la NBA compte investir le paysage européen en créant prochainement une nouvelle ligue. Reste maintenant à savoir sous quelle forme, avec quels clubs, etc. Mais le projet est en marche et Paris pourrait être au centre de son développement.
Adam Silver, commisioner NBA
Crédit: Getty Images
David Stern avait un rêve, Adam Silver en fera peut-être prochainement une réalité. Enfin presque. L’ancien patron de la NBA évoquait déjà l’hypothèse d’une franchise implantée en Europe bientôt trente ans en arrière. Ce n’est pas tout à fait la voie suivie par son successeur, conscient du casse-tête logistique que cela représente encore aujourd’hui malgré l’évolution des technologies. "On pourrait avoir des franchises ici [en Europe] un jour mais ce n’est pas notre priorité pour le moment. On aurait besoin d’avions supersoniques pour ça", confie Silver. Pourtant, depuis plusieurs mois, les spéculations autour d’un intérêt grandissant de la NBA pour le marché européen se font de plus en plus pressantes. David Kahn, le président américain du Paris Basketball, précisait même qu’à ce stade il ne fallait "plus parler de rumeurs mais bien de projet."
Une ligue NBA en Europe, mais sous quelle forme ?
De passage en France à l’occasion des deux matches de saison régulière entre les Spurs de Victor Wembanyama et les Pacers à l’Accor Arena de Bercy, le boss de la NBA s’est à nouveau exprimé sur le sujet. Les informations filtrent pour l’instant au compte-goutte mais elles vont toutes dans le même sens : celle de la création d’un nouveau championnat sur le continent. "On réfléchit encore à la forme que ça prendrait. Mais on peut imaginer une ligue indépendante en partenariat avec la FIBA, comme on l’a fait pour la BAL [Basketball Africa League, lancée en 2020 – NDLR]."
La volonté d’associer la FIBA est primordiale. Parce que l’Europe est déjà divisée entre les compétitions de la Fédération Internationale et celles de l’Euroleague, qui refuserait pour l’instant de participer aux négociations. Le fait que les plus grandes instances locales soient inclues dans le développement du projet laisse penser que certaines traditions seront respectées, notamment en matière de règles et de calendrier. "On avance lentement pour s’assurer que tout ce que l’on fait est accepté par l’écosystème déjà en place. On a eu des conversations directes avec les actionnaires cette semaine. On veut respecter les traditions du sport européen, quelle que soit la direction que l’on prend", admet Adam Silver. En novembre dernier, le secrétaire général de la FIBA Andreas Zagklis évoquait les discussions avec la NBA et soulignait "la volonté de faire grandir notre sport tout en respectant nos fondamentaux." Il est donc probable que cette future ligue aille globalement dans ce sens.
Un immense marché à (re)conquérir
Pour la NBA, les motivations sont toutes trouvées. Le produit est déjà là. Il n’est juste pas assez bien vendu. Et c’est sur ce point que les Américains veulent apporter leur expertise. "C’est notre spécialité de diriger et de faire fonctionner des ligues", précise Silver en conférence de presse à Paris. "Je pense qu’il y a une opportunité massive de porter le basket vers un autre niveauici. (…) La qualité du jeu est fantastique. Plusieurs de nos meilleurs joueurs sont originaires du continent. Mais nous estimons que les opportunités commerciales n’ont pas évolué au même rythme que la popularité croissante du basket en Europe."
L’Euroleague, qui est actuellement le meilleur championnat au monde en dehors des Etats-Unis, est appréciée pour ses matches engagés, son niveau de jeu et ses ambiances incroyables dans les salles grecques, turques ou serbes. La NBA n’est pas insensible à tout ça. Elle voit le potentiel et les limites de son exploitation actuelle. Elle veut y mettre son grain de sel et sa touche marketing pour "aider le jeu à grandir" mais aussi évidemment en tirer un fort profit économique en misant sur les grands marchés que sont Paris, Londres, Madrid, Milan ou encore Berlin.
Les clubs, le nerf de la guerre
Des grandes villes toutes pressenties pour occuper une place centrale au sein de la nouvelle ligue. Et notamment la capitale française, qui serait au cœur du projet, que ce soit via le Paris Basketball ou non. Pour l’instant, Silver "n’exclut aucune possibilité" en termes d’équipes. Pas même une affiliation avec des clubs de foot comme le Paris Saint-Germain ou Manchester United. Il reste peu probable que ces institutions débarquent dans le monde de la balle orange mais l’idée reste évidemment d’attirer les plus grand clubs. Ça ne peut pas marcher sans eux. Le Real Madrid, onze fois vainqueur de l’Euroleague, garde des liens étroits avec la NBA. Le géant espagnol se mêlerait même déjà aux conversations.
Le Panathinaïkos a démenti avoir été approché mais son coach Ergin Ataman déclarait récemment que "l’Euroleague devait faire attention" parce que "la NBA pourrait inviter" le Pana "à rejoindre leur championnat." Si les meilleurs clubs décident de changer de direction, l’Euroleague risque d’être mise sous pression pour s’assoir à la table des négociations. 13 des 18 équipes ont aujourd’hui une licence permanente auprès de l’ECA, l’organisme qui gère la compétition. Mais le deal expire en 2026 et, même si les équipes ont un accord verbal pour continuer, rien n’a été signé. De quoi laisser une porte ouverte à un éventuel rabattement des cartes en Europe.
Coup d’envoi en 2026 ?
"Je pense que c’est important pour nous d’être associé à ce projet", avouait Tony Parker, légende du basket tricolore et président de l’ASVEL, l’un des trois clubs français engagé au plus haut échelon continental. La plupart des clubs penseront peut-être pareil. Parce que nombreux sont ceux qui perdent actuellement de l’argent. La perspective d’un investissement de la NBA peut les faire rêver de retombées financières bien plus intéressantes. Peut-être que ce nouveau championnat ne se limitera pas complètement à l’Europe.
La ligue américaine a regroupé ses intérêts européens dans une catégorie qui intègre aussi le Moyen-Orient. Dubaï dispose actuellement d’une équipe quatrième du championnat Adriatique, où évoluent notamment les clubs serbes et croates. Les Emiratis ont beaucoup d’argent à offrir et des matches de présaison sont régulièrement organisés à Abu Dhabi (qui accueillera la Final Four Euroleague en mai prochain). Il y a aussi des clubs historiques en Israël. Autant de marchés à investir pour la NBA. Si tout serait encore en conception, il est possible qu’une ligue soit finalement annoncée prochainement avec pourquoi pas même un coup d’envoi dès 2026.
Sur le même sujet
Publicité
Publicité