Coupe du monde | Eric Perrot, le sacre d'un ambitieux qui ne s'est jamais excusé de l'être
Par Laurent Vergne
Mis à jour 20/03/2026 à 19:52 GMT+1
S'il avait pu quitter les Jeux de Milan-Cortina avec un soupçon d'insatisfaction, Éric Perrot est à présent un champion comblé. Vendredi, il a officiellement conquis le gros globe de cristal, remis au vainqueur de la Coupe du monde. À 24 ans, il est déjà au sommet. Là où il a toujours rêvé et surtout ambitionné de s'installer. Un prédateur derrière la douceur.
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Il y a chez Éric Perrot quelque chose d'étonnant. Comme s'il fonctionnait par oppositions. Presque par contradictions apparentes. Son apparence juvénile rattache ainsi à l'adolescence, mais elle se double d'une évidente maturité dès que des mots émanent de sa bouche. Il sait ce qu'il veut et ce qu'il dit. Il a l'air d'un vrai gentil, le type à qui on donnerait le bon dieu sans confession. Son sourire invite à la sympathique spontanée. Mais une fois les skis chaussés et la carabine sur le dos, il devient un carnassier. Un prédateur. Un chasseur impitoyable.
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- Le gros globe pour Perrot, le sprint pour Laegreid
Son histoire, c'est celle d'un ambitieux. En ce vendredi 20 mars 2026, le voici là où il a toujours voulu être. Où il s'est toujours imaginé. Tout en haut. Tous derrière et lui, devant. Le numéro un mondial, c'est donc lui désormais. À 24 ans, il tient officiellement sa première Coupe du monde, son premier gros globe, après sa troisième place dans le sprint d'Oslo, son neuvième podium cet hiver, hors Jeux Olympiques. Du boulot bien fait, jusqu'au bout, même si ce dénouement ne faisait plus guère de doutes. Encore fallait-il bien faire les choses. Cela lui tenait à cœur.
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Perrot, la fierté et l'exigence de "ne pas se laisser rouler jusqu'au gros globe"
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"J'avais envie de me battre pour le globe du sprint, dit-il. Cette dernière balle, elle va cliquer un peu par moments dans la tête, mais finalement, je suis tellement fier d'avoir remis encore une très belle course sur le tapis. J'ai envie de finir avec du gros biathlon, je ne voulais pas me laisser rouler jusqu'au gros globe." Même maintenant qu'il est à lui, il ne changera rien ce week-end pour la poursuite et la mass start, les deux ultimes courses de la saison. "Je suis un biathlète, un passionné, je courrais avec le cœur de la même manière. J'ai couru très libéré ces dernières semaines. Que j'ai un maillot jaune ou blanc sur le dos, j'ai toujours les mêmes crocs."
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Pas de cerise sur le gâteau : Perrot rate l'ultime cible et la victoire
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Il n'a jamais eu honte de dire tout haut ce qu'il n'avait pas honte de penser tout bas
Pourtant, on ressent encore chez lui cette disharmonie. Il y a, dans sa première réaction, un soupçon d'incrédulité de l'enfant qu'il fut et la simple satisfaction du champion qu'il est devenu. "J'ai toujours été passionné de biathlon, a-t-il rappelé au micro d'Eurosport. Je rêve de ça depuis toujours. J'avais le dossard jaune de Raphaël Poirée sur le bureau à la maison quand j'étais jeune. J'avais des histoires de biathlon d'avant que je sois né, racontées par mes parents. J'ai regardé Martin (Fourcade) à la télé. J'ai couru avec un Johannes, avec un Quentin… J'ai du mal à me rendre compte que ce que je regardais avec des yeux d'enfant et de rêveur, c'est finalement ce que j'arrive à réaliser aujourd'hui."
Voilà pour la part de l'enfant encore tapi en lui. Mais le champion s'est affirmé. "C'est exceptionnel, et en même temps, c'est juste mon rêve, juste ce vers quoi je me projette chaque année", résume le nouveau roi. Juste son rêve. Rien de plus. Il y a dans son avènement une forme de logique, comme si tout ce qui lui arrivait était attendu. Il n'est pas arrivé là par hasard, mais par envie. Perrot a toujours baigné dans le biathlon. Lui, le Franco-Norvégien, skis aux pieds presque dès la naissance, et la carabine à neuf ans, en club. Le plaisir, bien sûr. Mais les rêves de grandeur, très tôt.
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Perrot, gachette en or pour petit globe de cristal : sa masterclass en individuel
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Dès son apparition en équipe de France, il a annoncé la couleur : les titres, les globes, les médailles, il veut tout ça. Éric Perrot est un ambitieux qui ne s'est jamais excusé de l'être. Et il n'a jamais eu honte de dire tout haut ce qu'il n'avait pas honte de penser tout bas. "On l'a vu arriver sur le circuit avec une envie débordante qui pouvait être vu comme un excès d'orgueil, mais qui était finalement juste en adéquation avec ce qu'il aspirait à devenir", a joliment soufflé son camarade en bleu, Emilien Jacquelin, chez nos confrères de L'Equipe.
En cela, il est à la fois le pur produit de la formation française, tant le biathlon national a accouché de talents multiples au fil des années, mais avec cette spécificité qui le caractérise, née de sa double origine. "Avec sa culture norvégienne, ça lui permet d'avoir ce petit truc en plus qui, parfois, manque chez nous, relève encore Jacquelin. C'est un exemple pour ça, pour les plus jeunes. Tout en humilité, croire en soi, vouloir viser haut et l'assumer. Même si ce n'est pas toujours un état d'esprit qui convient ou qu'on aime voir en France. Je l'ai vu évoluer toutes ces dernières années, élever les curseurs, vouloir toujours être à 100%, non seulement de ses capacités, mais aussi en termes de résultats, tous les jours. C'est ce qui fait qu'il est aussi régulier et que c'est un grand champion."
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Jacquelin : "Quand Laegreid vient me féliciter, je ne sais pas s'il se fout de moi"
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J'ai l'envie, j'ai la dalle, ce n'est pas ce qui manque
Gabarit atypique et talent hors normes, Éric Perrot n'est qu'au début de son chemin. L'avenir dira s'il peut s'approcher des plus grands gloutons historiques, les Bjoerndalen, les Poirée, les Fourcade, les Boe. Des Français et des Norvégiens. Sacrés modèles pour lui, qui puise sa personnalité et son biathlon dans ces deux pays. Ce globe a un goût de reviens-y. "Oui, ça, c'est sûr ! clame-t-il. J'ai l'envie, j'ai la dalle, ce n'est pas ce qui manque." L'ambition ne sera pas tarie par ce premier sacre. Aucun risque. La prochaine Coupe du monde, les prochains Mondiaux, et les Jeux, chez lui, en France, en 2030. Le très structuré Perrot a déjà tout cela rangé dans sa tête.
Son échec très relatif aux derniers J.O. va servir à attiser le feu de l'ambition, si besoin était. Avec trois médailles, dont deux titres en relais et de l'argent en individuel, c'est tout sauf une catastrophe, surtout pour des premiers Jeux. Mais il était venu pour autre chose et, comme toujours, il l'avait annoncé. Sans forfanterie mais sans faux-semblants. Si déception et échec il y a pu avoir, ils ne tiennent qu'aux standards qu'il avait lui-même voulu se fixer.
Mais à choisir, pour une première consécration, le gros globe lui correspond presque mieux. "C'est être bon de novembre à fin mars, c'est-à-dire sur 35 courses, être régulier à chaque fois, rappelle le Français. Ça veut dire qu'on ne peut pas se permettre d'être moins bon sur une course, on ne peut pas se permettre d'être moins bon pendant cinq minutes sur une saison entière. C'est un concours d'exigence, que ce soit au niveau du tir, que ce soit au niveau du ski (…) Il y avait beaucoup d'attentes, et d'avoir pu valider ça, course après course, valider cette exigence, c'est énormément de satisfaction." Grand gentil et vrai champion, à moins que ce ne soit l'inverse, Éric Perrot est à sa place ce vendredi. Héritier de ceux qu'il a admirés. Successeur de ceux dont il est digne.
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