Coupe du monde - Lou Jeanmonnot et Eric Perrot sacrés - Le cristal est plus discret que l'or, mais il vaut encore plus cher
Par Laurent Vergne
Publié 20/03/2026 à 23:58 GMT+1
Lou Jeanmonnot est la numéro un mondiale 2026. Éric Perrot est le numéro un mondial 2026. Une première historique pour le biathlon français. Une de plus, quelques semaines après le carton des Jeux de Milan-Cortina. Même si l'impact auprès du grand public est bien plus faible que les 13 médailles des J.O., ce double gros globe de cristal est sportivement peut-être encore plus significatif.
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Video credit: Eurosport
C'est une toute petite chose, mais elle en dit très long. Vendredi matin, sur une station de radio généraliste, une des plus importantes de France, un mot est glissé sur le sacre de Lou Jeanmonnot. Il n'y est pas question de gros globe de cristal, pas même de Coupe du monde. "Un mois après les Jeux Olympiques, Lou Jeanmonnot est désormais championne du monde", lance la voix dans le micro. Pour le fan de biathlon, les oreilles saignent. Un peu comme quand le passionné de foot US entendant prononcée la formule fatale : la finale du Super Bowl. Il n'est pas faux de parler de championnat du monde en biathlon, cela existe. Mais pas en 2026. Ce sera pour l'année prochaine. Ou c'était pour l'année dernière. C'est bien la Coupe du monde que vient de remporter Lou Jeanmonnot.
Alors, oui, cette erreur est loin d'être gravissime, tant chacun s'accordera à admettra qu'il y a plus dramatique dans la vie et dans le monde tel qu'il tourne en ce moment, mais la confusion témoigne de ce qu'est, ou n'est pas encore, le biathlon aux yeux du grand public et des médias généralistes. Le retentissement des performances historiques des Bleus lors des Jeux de Milan-Cortina a été réel. Inédit, même. Les médailles, celles en or surtout, et la contribution plus que substantielle de la discipline dans le bilan français au tableau des médailles, tout ceci a joui d'un impact colossal. Mais c'était "L'effet J.O." plus que "L'effet biathlon".
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La niche est devenue chenil
Oui, ce sport connait une progression constante et importante depuis une grosse décennie maintenant, mais le biathlon n'est pas devenu le football. Tout ceci pour dire que le fait de gagner le classement général de la Coupe du monde ne possède qu'une caisse de résonance encore limitée. "Dans notre sport, un titre olympique, c'est tellement énorme par rapport à une Coupe du monde". Ainsi s'exprimait auprès de nous Sandrine Bailly il y a peu. La consultante d'Eurosport sait de quoi elle parle. En 2005, elle a ramené le gros globe de cristal chez elle. Mais elle n'a jamais été championne olympique.
La carrière de Martin Fourcade a certes changé partiellement la donne. Le biathlon aujourd'hui n’est plus ce qu'il fut il y a 20 ans. Le cercle des passionnés s'est considérablement élargi. La niche est devenue chenil, au moins. Mais la France entière n'est pas plantée devant son écran pour l'individuel d'Östersund ou la poursuite de Nove Mesto. À Anterselva, en février, c'était autre chose. Beaucoup ont d'ailleurs sans doute découvert le mois dernier le visage, voire le nom, d'un Éric Perrot, d'une Lou Jeanmonnot, ou d'une Océane Michelon. N'est pas (encore) Martin Fourcade qui veut. Le jour où ce sera le cas, plus aucun grand média ne confondra plus un titre de champion du monde avec la victoire en Coupe du monde.
Pourtant, du strict point de vue sportif, il n'y a rien de plus beau. Rien de plus haut. Le gros globe de cristal est l'accomplissement ultime du biathlète, quand bien même de tous les grands sacres (JO, Mondiaux, Coupe du monde…), il est le moins médiatiquement porteur. Une injuste dichotomie, peut-être, mais une réalité. Mais entre eux, ils savent. Pour schématiser, n'importe qui ou presque peut devenir champion olympique. C'est l'affaire d'une course. D'un jour. D'un coup d'éclat. Possiblement l'agrégat de circonstances heureuses. On ne fait pas d'un bourrin d'un âne un cheval de course et celui ou celle qui devient championne ou championne olympique n'est jamais mauvais. Mais il ou elle n'est pas forcément le ou la meilleure.
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Inédit et exceptionnel
N'importe qui, en revanche, ne remportera jamais la Coupe du monde. Cet accomplissement-là fait appel à des qualités autrement plus complexes et complètes. L'exigence de la constance sur des mois. La régularité technique, physique, mentale. Il faut tout cela. Martin Ponsiluoma est un bon exemple. Le Suédois a décroché lors des derniers J.O. l'or sur la poursuite, à plus de 30 ans. Il avait également été champion du monde du sprint voilà quelques années. Parce que, sur un jour, quand tous les éléments s'imbriquent, il a cette capacité à mettre tout le monde d'accord pour peu que d'autres se ratent. Mais le gros globe de cristal, c'est bien trop grand et dur pour lui.
En l'espace de 24 heures, Lou Jeanmonnot et Éric Perrot ont inscrit leur nom au palmarès de la Coupe du monde. Le mois dernier, ils avaient échoué dans leur quête d'un titre olympique en solitaire. Ce relatif échec prend d'ailleurs sans aucun doute en partie sa source dans la quête du gros globe, tant celle-ci est énergivore. Elle vous grignote de l'intérieur, quand elle ne vous dévire pas. Pour leur notoriété, leur gloire, leur envergure populaire et médiatique, il eut mieux valu chasser l'or que le cristal. Mais, d'une part, l'or, ils y ont eu droit via les relais. Surtout, ils sont aujourd'hui les meilleurs du monde dans leur sport, grâce à la Coupe du monde.
Pour le biathlon tricolore, un mois après la razzia de Milan-Cortina, qui a fait tant de bruit, à juste titre, ce double gros globe est un autre glorieux chapitre. Quatre hommes (Patrice Bailly-Salins, Raphaël Poirée, Martin Fourcade et Quentin Fillon Maillet) avaient goûté à cet honneur. Quatre femmes aussi (Anne Briand, Emmanuelle Claret, Sandrine Bailly et Julia Simon). En voici donc deux de plus, d'un coup et de concert. C'est inédit et c'est exceptionnel. Cela fera moins vibrer et moins causer que la lombarde profusion métallique. Mais ça n'en est pas moins grand. Il n'est même pas interdit de croire que ça l'est davantage.
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